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A Brest, le tramway redessine toute la ville

Jean-Philippe Defawe |  le 15/02/2013  |  TransportsFinistèreHérault

Infrastructures -

Avec ses 14 km de ligne et 28 stations, le tramway devient la nouvelle colonne vertébrale de la cité océane. Son arrivée a permis de revitaliser le centre-ville et de désenclaver certains quartiers.

L’histoire du tramway à Brest est mouvementée. Si deux lignes furent exploitées de 1898 jusqu’aux bombardements de 1944, il faudra attendre les années 1980 pour que soit lancée l’idée d’un nouveau tramway. D’abord rejeté par référendum en 1990, le projet fait son chemin jusqu’à être porté par l’actuel maire, François Cuillandre, à partir de 2001. « Je suis persuadé que le tramway sera plébiscité dès sa mise en service et que la demande d’une deuxième ligne sera immédiate », déclarait l’élu lors du vote du Conseil communautaire en septembre 2009.

Pari gagné. Le tramway, inauguré le 23 juin 2012, est déjà une réussite et l’objectif initial de 50 000 passagers quotidiens en passe d’être tenu. Cet aménagement a même été récompensé en octobre dernier par l’Association britannique des tramways qui lui a décerné le deuxième prix du « Meilleur projet international de tramway de l’année » lors de la cérémonie Light Rail Awards.
« Nous avons mené ce projet en coproduction avec les Brestois et c’est certainement l’une des raisons de ce succès », analyse Victor Antonio, responsable de la mission tramway à Brest Métropole Océane (BMO). De fait, de la concertation publique (qui a réuni 3 600 personnes) au design des rames, en passant par les noms des stations, les habitants ont été appelés à donner leur avis.
Pour autant, l’arrivée du tramway était un choix politique fort dont les objectifs étaient à la fois de redonner une nouvelle ampleur au transport en commun (la fréquentation a augmenté de 30 % sur l’ensemble du réseau), tout en lançant une véritable opération de requalification urbaine. « Le tramway est la seule solution pour faire évoluer à la fois l’urbanisme et la circulation dans l’agglomération », explique Alain Masson, vice-président de BMO, chargé des grands projets. Un travail de revitalisation du centre-ville a ainsi été entrepris dans le but d’y faire revenir les habitants. Grâce au tramway, Brest, qui ne disposait d’aucune rue piétonne, possède désormais 1,8 km de voiries dédiées entièrement aux piétons, dont la fameuse rue de Siam, un des axes majeurs de la ville reconstruite par Jean-Baptiste Mathon.

Du béton et de l’herbe

Au-delà du centre-ville, le tramway est la colonne vertébrale d’un projet urbain ambitieux. Les espaces traversés sont rénovés ou développés en cohérence. « Cette nouvelle infrastructure fédère tous les autres projets et la plupart de nos grandes opérations à venir verront le jour le long de son trajet », explique Jean-Philippe Lamy, directeur du pôle développement économique et urbain de BMO. Autre élément fédérateur : le paysage. « Le béton et l’herbe sont les deux éléments fondateurs du projet », résume Vincent Cottet, paysagiste-urbaniste chez Richez_Associés. « Nous avons voulu affirmer la minéralité du centre-ville avec du béton de kaolin et des lignes de granit, et inscrire un ruban végétal dans les autres quartiers », poursuit-il. La plate-forme est ainsi végétalisée à 55 % avec des couvertures végétales sobres et une plantation généreuse (plus de 1 500 arbres et des milliers d’arbustes).
Cette végétation poussera tranquillement durant les études pour une deuxième ligne, qui devrait voir le jour vers 2020 et dont la construction a déjà commencé. En effet, prévoyants, les Brestois ont fait poser des rails au carrefour de l’avenue Clemenceau et de la place de la Liberté afin d’éviter de couper la circulation lors de la future construction.

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Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Brest Métropole Océane. Maîtrise d’ouvrage déléguée : SemTram (avec Egis rail) Maîtrise d’œuvre : Groupement Téo (Systra - Richez_Associés - Atelier de l’Ile - B3I). Fabricant des rames : Alstom. Exploitant : Keolis. Entreprises : Eurovia Bretagne (mandataire), Marc SA, Kerleroux TP. Sous-traitants : Jardin Service, Paysage d’Iroise, Bellocq Paysages, Proxima Energie. Chiffres clés : 14,3 km de ligne, 28 stations, 20 rames, quatre parcs relais, un pont, un centre de maintenance, 1,8 km de voies piétonnes. Coût : 383 millions d’euros HT. Livraison : juin 2012.

Paysage - Un ruban vert pour désenclaver les quartiers

En soi, le tramway est la plus grande opération d’aménagement jamais menée depuis la reconstruction, mais « c’est surtout un projet structurant dont l’effet de levier se ressent à l’échelle de l’agglomération », affirme Jean-Philippe Lamy, directeur du pôle développement économique et urbain de BMO. Le chantier de l’Arena (salle de spectacles sportifs et événementiels), desservi par le tramway sur la rive droite, rééquilibrera ainsi une agglomération dont le développement économique se fait à l’est. Le tramway facilite aussi l’intervention sur les opérations de renouvellement urbain. « Nous avons choisi de faire un crochet pour désenclaver le quartier de Pontanezen désormais desservi par deux stations », explique Jean-Philippe Lamy. Plus de 500 logements seront démolis puis reconstruits et une avenue sera créée, ouvrant le quartier sur la ville. Résultat : les promoteurs privés qui boudaient ce quartier réputé difficile répondent aux consultations. Autre symbole de l’effet tramway, la place de Strasbourg, jadis cauchemar des automobilistes, devient la nouvelle porte d’entrée d’un centre-ville élargi.

Espaces publics - Un centre-ville élargi, en attente de son téléphérique urbain

La transformation de la rue de Siam dans le centre-ville, rive gauche, en artère piétonne saute aux yeux, mais c’est à l’échelle d’un centre élargi sur la rive droite de la Penfeld que le projet trouve tout son sens. Réaménagée comme les voies du centre-ville, en béton désactivé, la place de la Recouvrance devient ainsi le prolongement naturel de la rue de Siam grâce à la rénovation du pont levant, dont le tablier, redessiné par AOA Architectes, a été élargi pour supporter le tramway, les voitures et les circulations douces. « Notre souhait était de gommer cette frontière naturelle que forme la rivière en respectant le paysage », explique Jean-Philippe Lamy. Ce nouveau trait d’union contribue aussi à ancrer dans le centre-ville l’opération phare de reconversion des anciens ateliers de l’arsenal du plateau des Capucins (560 logements, équipements culturels…), confiée à l’architecte urbaniste Bruno Fortier. L’accessibilité à ce site de 16 ha reste toutefois encore difficile. D’où l’idée de le relier à la rue de Siam par un téléphérique. « Ce projet de 15 millions d’euros devrait être livré mi-2015, en même temps que la médiathèque des Capucins », assure Victor Antonio, responsable de la mission tramway.

Matériaux - Effets de matières et coûts maîtrisés

« Cette ville a une vraie qualité avec une architecture très claire, à l’origine du vocabulaire que nous avons développé pour les espaces publics », explique Vincent Cottet. Et le paysagiste-urbaniste de Richez_Associés de détailler les « sols de béton à pâte de kaolin rehaussée d’éclats de verre bleu et des lignages de granit gris calepinés en parquet », qui caractérisent les nouvelles ambiances urbaines. Hors centre-ville, le tramway déroule un ruban végétal sur le thème de la ville-jardin. Après plus de 40 planches d’essai, des substrats appauvris sur du granit concassé où poussent vivaces et couvre-sols ont été sélectionnés sur de nombreuses séquences afin de limiter la consommation d’eau. « On a voulu faire chic et pas cher », résume Victor Antonio. « Pour le mobilier urbain, une partie a été choisie sur catalogue, et nous avons remis en concurrence notre contrat avec Decaux. Clear Channel a été très compétitif en nous proposant de recycler le mobilier des stations du tramway de Montpellier dessiné par Garouste et Bonetti. »

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