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60 milliards pour les rénover

PATRICE DROUIN |  le 11/07/1997  |  SportRénovationCollectivités localesEtatNormes

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-Les installations sportives françaises sont souvent vieillottes et mal adaptées aux attentes des différentes clientèles. -D'où la nécessité de les rénover et de les mettre aux normes actuelles, une opération nécessitant plus de 60 milliards de francs de travaux.

Va-t-on assister à une relance de l'activité du BTP par la réhabilitation-extension des équipements sportifs et de loisirs de l'Hexagone ? Même si la réponse est incertaine, la question mérite en tout cas d'être posée dans la mesure où il s'agit, globalement, d'un patrimoine à la fois important (8 000 gymnases, 1 600 piscines couvertes, 2 000 piscines en plein air, 19 000 terrains de grands jeux, 140 patinoires, etc.), souvent vieillot (la plupart de ces installations ont été construites dans les années 70 ou au début des années 80), n'étant pas ou plus aux normes actuelle en matière de sécurité, d'hygiène, de confort et, plus grave encore, ne répondant pas aux attentes nouvelles des différentes clientèles (les scolaires, les clubs ou associations sportives et le grand public).

Les experts de ce secteur estiment qu'il faudrait réaliser entre 60 et 100 milliards de francs de travaux pour une mise à niveau des quatre principaux types d'équipements : gymnases, piscines, patinoires et stades.

Une association créée en avril 1995, baptisée Aires (Association pour l'information et la recherche sur les équipements de sport et de loisir qui regroupe aujourd'hui plus d'une centaine d'adhérents), a été mandatée par l'ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Guy Drut, pour étudier la faisabilité d'une opération nationale de modernisation de ce patrimoine sportif. Comme l'explique Edouard Landrain, député-maire d'Ancenis et vice-président du Conseil général de Loire-Atlantique et président d'Aires (voir entretien), « avec l'appui du Certu (Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques), nous devrions être en mesure très prochainement de fournir aux financeurs potentiels - Etat, régions, départements, communes, Union Européenne, etc. - les éléments nécessaires pour se déterminer sur cette opération que nous appelons OPMOD : opération nationale de modernisation des installations sportives ».

A l'automne, le Certu, organisme dépendant du ministère de l'Equipement et implanté à Lyon, devrait en effet remettre un rapport-étude de faisabilité portant sur trois points essentiels : l'état des lieux du patrimoine des installations sportives ; l'analyse des enjeux et besoins en matière d'activités et loisirs sportifs ; des propositions concernant l'organisation ultérieure de l'opération OPMOD. Responsable de cette étude de faisabilité, Monique Novat, TPE et ingénieur des Ponts, estime que « sécurité, hygiène, santé, insertion urbaine et mise au goût du jour, etc. devraient être les maîtres mots de cette étude de faisabilité ».

Dans le meilleur des cas, le démarrage d'OPMOD ne devrait pas pouvoir s'opérer avant le premier semestre 1998. Les responsables d'Aires comptent d'ailleurs beaucoup sur une aide de l'Etat - en l'occurrence du nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, Marie-George Buffet - pour aider les collectivités concernées à co-financer les études préalables. Son prédécesseur avait apparemment décidé de dégager en 1998 près de 100 millions de francs à cet effet. Il faut en effet savoir que le coût d'un diagnostic pour un gymnase est d'environ 100 000 francs et qu'il varie de 50 000 à 500 000 francs pour une piscine (cela dépend, bien sûr, de sa taille et de l'importance des installations annexes). Des « investissements » qui dépassent souvent les capacités financières des petites communes. Il est bien évident que le financement de la réhabilitation-extension des équipements sportifs et/ou de loisirs va devoir être étudié de très près par les pouvoirs publics et les collectivités concernées.

Président du Comité régional olympique des Pays-de-la-Loire, membre du CNOSF (Comité national olympique et sportif français) et président de la commission Equipements du CNOSF, Marcel Retailleau estime que « l'Etat doit donner l'exemple et contribuer au co-financement de ces opérations de rénovation qui porteront aussi bien sur une mise aux normes - notamment sportives - et sur une amélioration du confort souhaitée par des pratiquants plus exigeants que leurs aînés ».

Les collectivités régionales et départementales sont également appelées à aider les communes qui sont presque toujours propriétaires des installations sportives. « Pourquoi également ne pas inscrire ces réhabilitations dans les futurs contrats de Plan Etat/Régions ou pourquoi ne pas mettre en place des prêts bonifiés, voire un système s'inspirant de l'ANAH créée il y a une dizaine d'années pour faciliter l'amélioration de l'habitat », s'interroge de son côté Denis Cheminade, chargé de mission au CNOSF.

Pression des enseignants et des parents d'élèves

Longtemps parents pauvres du patrimoine communal, les installations sportives et de loisirs ont été considérées comme moins prioritaires que les dépenses sociales et celles relatives à l'entretien des équipements scolaires. Il est vrai que pour ces derniers, la pression des enseignants et des parents d'élèves a toujours été très forte. Pendant longtemps, le sport a été rangé au rayon du « confort ». Aujourd'hui, cette époque semble révolue. De plus en plus nombreux en effet sont les élus qui considèrent que le sport ou plutôt les installations sportives constituent de bons investissements sur le plan de la cohésion sociale et de l'insertion urbaine.

Une ville comme Amiens, par exemple, n'a pas hésité à « repenser » totalement une de ses piscines - «le Nautilus» en l'occurrence - et à l'adapter au quartier et aux habitants concernés. Roger Bonnenfant, chef de bureau des filières de construction au ministère de l'Equipement et secrétaire général d'Aires, n'est pas seul à estimer que «le sport est un bon moyen de lutter contre le désoeuvrement et de favoriser l'insertion» .

Il va sans dire que de nombreuses communes n'ont pas attendu le lancement d'OPMOD et une aide éventuelle de l'Etat pour rénover - parfois lourdement - certaines de leurs installations sportives. Outre les exemples (voir ci-dessous) de Beauvais, Bourg-lès-Valence, Cholet et Evreux, rares sont les propriétaires d'équipements sportifs municipaux qui n'ont pas un, voire plusieurs projets de réhabilitation-extension en tête ou en projet.

L'architecte parisien Yvon Carduner, a été le premier concepteur français à « produire» un piscine à vagues. «Elle a été construite à Saint-Quentin-en-Yvelines, en 1976. A l'instar des autres piscines nées dans les années 70, elle doit aujourd'hui être modernisée et adaptée à un environnement social qui a beaucoup évolué », remarque-t-il. Coût de cette transformation : 22 millions de francs.

La réhabilitation-extension de la piscine d'Auxerre, située au bord de l'Yonne, a représenté l'année dernière un investissement encore plus important : près de 35 millions de francs. «La création de plusieurs bassins et la mise en place d'installations ludiques permettent d'élargir la clientèle, donc de faire progresser le taux de fréquentation », constate à ce sujet Yvon Carduner.

Nous pourrions multiplier les exemples à l'infini tant ce marché de la rénovation semble déjà très porteur. Un marché que les artisans et les entreprises du bâtiment et des travaux publics de l'ensemble des régions françaises souhaitent voir grossir dans un proche avenir. Ainsi d'ailleurs que les équipementiers qui, comme l'explique Gérard Decarpigny, ancien président de la Fédération nationale des constructeurs d'équipements de sports et de loisirs (Fncesel) et directeur général du groupe BSM, « comptent beaucoup sur cette "relance" pour sortir d'une période passablement difficile sur le plan conjoncturel». POUR EN SAVOIR PLUS...

-Aires (Association pour l'information et la recherche sur les équipements de sport et de loisir), 3, rue des Grands-Augustins, 75006 - Paris, tél. : 01.43.26.62.90. Contact : Roger Bonnenfant (secrétaire général)

-Certu (Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques), 9, rue Juliette-Récamier, 69456 - Lyon Cedex 06, tél. : 04.72.74.59.41. Contact : Monique Novat (responsable du groupe technique et conception)

-CNOSF (Comité national olympique et sportif français), 1, avenue Pierre-de-Coubertin, 75640 - Paris Cedex 13, tTél. : 01.40.78.28.31. Contact : Denis Cheminade (chargé de mission)

-CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale), Centre Midi-Pyrénées, Direction de la formation, 9, rue Alex-Coutet, BP 1012 31023 - Toulouse, tél. : 05.62.11.38.05 Contact : Patrick Bayeux (coordinateur national sports)

-FNCESEL (Fédération nationale des constructeurs d'équipements de sports et de loisirs), société BSM, rue de l'Energie, 59560 - Comines, tél. : 03.20.39.28.28. Contact : Gérard Decarpigny (ancien président de la fédération, responsable des ensembliers/équipementiers à Aires).

PHOTO : Un rapport-étude du Certu portera notamment sur l'état des lieux du patrimoine des installations sportives.

Entretien EDOUARD LANDRAIN, député-maire d'Ancenis et président d'Aires « Il faut aider les communes »

Quels sont les objectifs d'Aires ?

EDOUARD LANDRAIN. Cette association a été créée afin de réfléchir à l'évolution des pratiques sportives en France. Véritable lieu de rencontres, elle s'est notamment penchée sur la question des équipements sportifs et sur le problème de leur renouvellement ou de leur réhabilitation afin de mieux répondre aux attentes des différentes clientèles sportives.

Ces équipements ne sont-ils plus adaptés à la situation actuelle ?

Ils sont souvent quelque peu «dépassés », pour ne pas dire plus. Il faut en effet savoir que la plupart des installations sportives ont vu le jour dans les années 70 et 80, à une époque où le quantitatif primait le qualitatif. Aujourd'hui donc, nombreux sont les gymnases, les stades, les piscines, les patinoires, etc. qui ne correspondent plus aux normes sportives, sanitaires, d'hygiène, de sécurité .... Ou qui n'attirent plus les pratiquants, faute d'un confort élémentaire.

Il faut mettre en place une politique nationale de rénovation d'équipements sportifs. On peut estimer à 25 000 ou 30 000 le nombre d'installations sportives à réhabiliter. Soit près de 60 milliards de francs de travaux à travers l'Hexagone. Soit également le maintien ou la création d'environ 60 000 emplois dans le BTP !

Les communes, qui sont presque toujours propriétaires des équipements sportifs, peuvent-elles consacrer 60 milliards de francs à leur réhabilitation ?

Bien sûr que non ! Mais elles pourraient être aidées par l'Etat - au moins pour le financement des études - et par les autres collectivités locales : régions, départements, districts, communautés de communes, etc. Sans oublier, bien sûr, l'Union Européenne. Pourquoi, également, ne pas imaginer des incitations financières spécifiques et la mise en place de contrats Etat/région ou Etat/département, à l'image d'ailleurs de ce qui a été fait il y a une dizaine d'années pour le logement dans le cadre de l'ANAH (agence nationale pour l'amélioration de l'habitat).

PHOTO : EDOUARD LANDRAIN

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Piscines : 4 000 francs/m2 pour la mise en conformité

La France compte aujourd'hui environ 4 000 piscines publiques, dont près de la moitié sont des bassins couverts. La plupart de ces équipements ont plus d'un quart de siècle, avec un parc important datant des années 70, époque de la mise en oeuvre du programme «1 000 piscines» . Selon les spécialistes du Certu (Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques), les principales pathologies rencontrées sont dues :

aux contraintes d'exploitation particulières (chaleur et humidité) qui, combinées accélèrent le vieillissement des ouvrages ;

aux dispositions constructives (toitures et parois verticales, fixes ou mobiles) qui sont souvent des structures légères et de grandes portées, donc vulnérables. Une des causes fréquente d'intervention est la mise en conformité des ouvrages avec les règles d'hygiène, en particulier celles du décret du 7 avril 1981 qui prévoit notamment la récupération des eaux en surface, la séparation des flux eaux de baignade/eaux des plages, les capacités de filtration, etc.

On estime que la mise en conformité au décret de 1981 coûte de l'ordre de 4 000 francs/m2 de bassin, toutes dépenses confondues. Soit au moins un million de francs pour un bassin de 25 mètres par 10.

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