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48 heures dans la vie d'Emmanuel M.
Dominique Perrault, architecte, urbaniste - © BRUNO LEVY / LE MONITEUR
Le Moniteur 2038

48 heures dans la vie d'Emmanuel M.

Par Dominique Perrault |  le 25/10/2018  | 

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Urbanisme
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Entre Paris et Séoul, « Le Moniteur » a pu suivre dans ses déplacements l'ancien président, âgé de 60 ans.

Paris, lundi 18 octobre 2038

« Bonjour, il est 6 h 30, il fait 23 °C à Paris. Votre navette vous attendra dans 45 minutes quai Saint-Michel, embarcadère C. Les asperges et kiwis commandés à la ferme Groundscape du niveau - 2 vous ont été livrés. N'oubliez pas de confirmer votre inscription au centre de bien-être, l'accès au bassin principal de votre nappe phréatique se fera au niveau - 18 à partir de 17 h. L'info du jour : la présidente des Etats-Unis est attendue à New York pour l'inauguration de la nouvelle prolongation de l'Hyperloop jusqu'à Miami. La connexion en moins de deux heures trente entre l'Etat de New York et la Floride, en passant par Washington, constitue une étape historique… » La voix de l'assistant virtuel d'Emmanuel M. le tire doucement de son sommeil. Elle l'informe du déroulé de sa journée et lui présente les options de transport. Dans deux heures, Emmanuel M. doit se présenter au Palais-Royal pour sa première réunion au Conseil constitutionnel.

Taxis autonomes et partagés. Dehors, la ville est calme comme à son habitude. Cela fait plus de quinze ans que les heures de pointe ont disparu. Dans le Super Grand Paris de plus de 14 millions d'habitants, les métropolitains sont rares à effectuer matin et soir le trajet entre leur domicile et leur travail. Plus personne ou presque ne possède son propre véhicule. Lorsqu'ils doivent se déplacer en surface, la plupart des citadins utilisent des taxis autonomes et partagés, mutualisant les itinéraires. Son café à la main, Emmanuel M. sourit en pensant qu'il fait partie de ceux, de plus en plus rares, à posséder un permis de conduire. A vrai dire, il ne se sert plus qu'occasionnellement de sa voiture, le week-end, pour regoûter au plaisir de conduire, possible uniquement dans quelques espaces réservés en dehors du Paris en Grand.

Déambuler au bord de la Seine est aussi un plaisir sans égal. Certains habitants profitent du beau temps pour travailler en plein air. Des stations de travail avec sièges, prises et connexion wifi sont réparties le long des berges. En face du quai de Montebello, les premiers touristes arrivent déjà sur le parvis de Notre-Dame, où les travaux viennent de s'achever. L'embarcadère principal, en contrebas, accueille les visiteurs à leur descente des navettes fluviales, alors que d'autres sortent directement face à la crypte archéologique de la cathédrale, par le forum sous-terrain connecté à la station Saint-Michel. Dévoilée par le sol de verre qui couvre le parvis, la crypte constitue la nouvelle attraction du site.

La ville se déploie sous terre, dégageant toujours plus d'espace en surface pour les logements et les loisirs.

Sous-couche. Partout dans le Super Grand Paris, le déploiement de la ville sous terre permet de connecter les bâtiments entre eux, dégageant toujours plus d'espace en surface pour insérer des logements, des espaces verts ou de loisirs. En liant le dessus et le dessous, la sous-couche de la méta-pole a développé un nouvel urbanisme, créant à la fois plus de connectivité et plus de proximité. La majorité des parkings, devenus obsolètes, ont été transformés en ateliers de production robotisés, en fab labs, en jardins collectifs ou encore en fermes urbaines.

Comme prévu, la navette fluviale autonome attend Emmanuel M. pour le conduire jusqu'au quai François-Mitterrand, un court trajet lui offrant juste le temps de relire l'ordre du jour de la réunion transmis par son assistant virtuel.

Séoul, mardi 19 octobre 2038

Par le hublot, la vue est incroyable sur Séoul et ses 30 millions d'habitants. Même si ce n'est pas le moyen de transport le plus rapide, Emmanuel M. tenait à rejoindre l'Asie en avion solaire. Son nouveau luxe est d'avoir le temps, et il en profite car la journée s'annonce chargée. Cet après-midi se tient la cérémonie des dix ans de la réunification des deux Corée. Depuis l'aéroport, un train l'emmène directement au cœur du hub du quartier de Gangnam, construit il y a une quinzaine d'années.

Train électrodynamique. Dire qu'à l'époque le projet semblait fou ! Construire en sous-sol une surface équivalente à la gare Montparnasse et aux Halles de Paris, éclairée par une faille de verre laissant passer la lumière du jour, et surmontée d'un espace public large comme les Champs Elysées… Cet immense parc du Greenland, qui recouvre le Transit Center, a été choisi pour l'événement. Il est devenu un repère dans la ville et un symbole des prémices de la métapole résiliente. En surface, le parc se noircit peu à peu de monde, mais c'est dans les profondeurs que la fourmilière urbaine s'active vraiment. A une cinquantaine de mètres sous terre, Emmanuel M. descend de son train électrodynamique. En tant qu'ancien président, il est attendu par le cortège diplomatique franco-coréen.

Cette journée anniversaire débute par le vernissage de la nouvelle exposition du Gangnam Forum. Au niveau - 3 s'ouvre en effet Monumenta 2038, trente et un ans après sa première édition à Paris dans la nef du Grand Palais. Les proportions comparables de l'espace se prêtent merveilleusement à l'accueil de grandes pièces. Pour appuyer ses propos, le guide emploie des structures holographiques, que tous les participants perçoivent à l'aide des lentilles de réalité augmentée proposées par le musée. Mais déjà, la délégation s'éloigne.

A travers le grand hall baigné de lumière naturelle, les gens circulent, affairés, ou flânent, se retrouvent pour travailler ou dîner entre amis. L'espace est une prolongation souterraine de la ville verticale qui a poussé tout autour en surface. Aujourd'hui connecté aux différentes tours du quartier, le Transit Center en constitue la base, le système racinaire, qui en enrichit la substance urbaine. Sous l'épiderme de la ville, c'est un cocon protégé par le sol qui l'accueille. Box individuels, espaces dédiés au travail en équipe, aux universités ou aux colloques virtuels, lieux de détente ou salles de sports… L'espace compose un paysage foisonnant et durable. Il n'est pas climatisé, mais ventilé naturellement.

Poutre de verre. Depuis le hall, de grands escalators conduisent le petit groupe au niveau supérieur, sur la plate-forme d'échanges principale. Il se retrouve dans une ambiance magique, à l'intérieur d'une immense poutre de verre à travers laquelle, au fil de la montée, se reflètent tantôt le jardin, tantôt les lumières de la ville. Emmanuel M. se presse. La sortie se fait au centre du parc. La foule s'est regroupée dans cet immense paysage préservé, tel un Times Square transposé dans la nature. Les projections sur les façades permettent l'intervention en direct des personnalités n'ayant pu se déplacer, alors que les autres sont déjà installées. Le silence se fait, la cérémonie va pouvoir commencer.

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