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30 milliards de francs pour traiter 10 000 bâtiments

BERNARD ALDEBERT, BERTRAND FABRE, PATRICE DROUIN |  le 10/01/1997  |  EducationBâtimentCommande publiqueResponsabilités et assurancesEntreprises

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- Le parc immobilier floqué ou calorifugé à l'amiante est estimé à 100 millions de m2. - Le traitement représente un marché considérable pour une filière du désamiantage en pleine mutation. - Elle voit arriver sur ce nouveau secteur la plupart des grands groupes du BTP. - Tour d'horizon des besoins, de la réglementation, des acteurs et des procédés.

-1997 a toutes les chances d'être une année décisive pour le marché français du désamiantage. Il suffit de voir l'actualité ou le calendrier du premier trimestre pour s'en convaincre : publication du décret relatif à l'interdiction de produire, d'importer et de commercialiser de l'amiante ; fin du chantier-test de Jussieu ; poursuite de l'« auscultation » des bâtiments scolaires par l'Observatoire national présidé par Jean-Marie Schléret ; homologation et agrément des laboratoires et organismes chargés d'effectuer des analyses ou des prélèvements ; allongement de la liste d'entreprises qualifiées 1513 (traitement de l'amiante en place - flocage et calorifugeage) par Qualibat, etc.

Le problème de l'amiante est en train de devenir un sujet d'une actualité permanente. Il est vrai que les décrets 96-97 et 96-98 du 7 février 1996, qui s'appliquent à tous les immeubles bâtis, exceptés les immeubles d'habitation ne comprenant qu'un seul logement, qu'ils appartiennent à des personnes privées ou publiques, obligent les propriétaires à rechercher la présence de calorifugeage contenant de l'amiante dans leurs immeubles, sans limite de date, et de flocage dans les immeubles construits avant le 1er janvier 1980. Il est vrai également qu'un rapport de l'Inserm, rendu public en juin dernier, a révélé que l'amiante devait aboutir au décès d'au moins 1 950 personnes en 1996 et que la barre des 10 000 victimes annuelles pourrait être franchie en l'an 2010. On comprend mieux l'intérêt porté désormais par les pouvoirs publics à ce problème majeur de santé publique et à la psychose qui s'est emparée de la population française.

2001 : un délai jugé irréaliste

L'industrie de transformation de l'amiante (14 entreprises, 3 500 salariés, près de 3 milliards de francs de chiffre d'affaires) n'est pas la seule à faire grise mine. Les propriétaires des immeubles contenant de l'amiante (10 000 bâtiments, environ 100 millions de m2) ne sont pas non plus au bout de leur peine. Car les risques liés à la présence d'amiante dans ces bâtiments à usage professionnel doivent être évalués et faire l'objet de mesures radicales.

Les délais sont particulièrement draconiens (voir tableau). Théoriquement, l'ensemble du parc immobilier concerné devrait être décontaminé et réhabilité avant le 1er janvier 2001. Une date irréaliste compte tenu du nombre actuel d'entreprises spécialisées. « Les diagnostics et les travaux ne seront pas tous terminés aux dates initialement prévues, pour des raisons techniques et financières », remarque à cet égard Gérard Cottenet, rapporteur du groupe de travail « amiante » à l'Observatoire national de la sécurité des établissements scolaires et d'enseignement supérieur. Avant d'ajouter : « 70 % du parc contenant de l'amiante appartiendrait à l'Etat ; celui-ci aura probablement bien du mal à financer le désamiantage de ses bâtiments dans un laps de temps aussi réduit ».

Outre ces délais très serrés, bon nombre de propriétaires/maîtres d'ouvrage découvrent à cette occasion un monde nouveau et une « filière » qui, pour reprendre l'expression de Jacques Ricour, directeur de l'environnement et des industries d'Antéa (groupe BRGM), « est tout sauf structurée ». En effet, la méthode proposée aux propriétaires consiste à consulter, dans un premier temps, les documents relatifs à la construction ou à la rénovation des locaux. Les propriétaires devront ensuite faire appel à un contrôleur technique ou à un technicien ayant contracté une assurance professionnelle spécifique pour trois missions successive s :

- procéder à une recherche de la présence de flocage ou de calorifugeage, si la première analyse des documents n'a rien révélé. Les lieux les plus « exposés » sont les : plafonds, murs, cloisons, structures métalliques ou en béton, locaux techniques, cages d'escaliers, parkings en sous-sol et toutes les installations présentant une hauteur sous plafond importante ;

- prélever ou analyser les matériaux, en cas de présence d'amiante ou en cas de doute ;

- vérifier, le cas échéant, l'état de conservation des flocages ou des calorifugeages.

Ce diagnostic débouchera ensuit e :

- soit sur le contrôle périodique des bâtiments, afin de surveiller l'état de conservation des matériaux ;

-soit sur une mesure et une surveillance du niveau d'empoussièrement ;

-soit sur des travaux d'enlèvement de l'amiante avant douze mois (enlèvement obligatoire lorsque le niveau des 25 fibres par litre est atteint ou dépassé).

Mais le « gymkhana », pour reprendre l'expression d'Etienne Aubourg, président de l'Association Solam (solutions pour l'amiante), n'est pas terminé pour autant. Le bâtiment défloqué ou décalorifugé doit ensuite être réhabilité et les déchets éliminés.

Tous ces chaînons de la filière amiante ne sont pas évidents à maîtriser pour les propriétaires publics et privés qui, comme on vient de le voir, doivent s'adresser à une multitude d'intervenants. Jusqu'à présent, aucune entreprise n'était en mesure de proposer une offre globale - allant du diagnostic au transport et à l'élimination des déchets amiantifères en passant par les prélèvements, les contrôles, les travaux de déflocage ou décalorifugeage et la réhabilitation. Mais les ténors du BTP, qui s'intéressent de très près à ce nouveau marché, sont en train d'élaborer une stratégie qui devrait éviter aux propriétaires qui le souhaitent un tel parcours du combattant.

20% du parc immobilier contenant de l'amiante

L'année dernière, le marché public du désamiantage aurait généré, selon une étude très complète d'Octaèdre Conseil (1), un volume d'affaires de 522 millions de francs HT, avec la répartition suivante : 166 millions pour le diagnostic (15 000 sites concernés), 182 millions pour les travaux de désamiantage (200 sites) et 174 millions pour la réhabilitation (100 sites).

Ce chiffre d'affaires de la profession devrait croître d'une manière spectaculaire en 1997 et les années suivantes. Aujourd'hui, on estime à au moins 30 milliards de francs le marché potentiel du désamiantage en France. L'estimation d'Octaèdre est même très précise puisque les auteurs du rapport estiment que la taille du parc à désamianter ne devrait pas dépasser les 20 millions de m2 (soit 20 % seulement du parc immobilier contenant de l'amiante). Ils prévoient un marché du diagnostic de 600 millions de francs (pour 100 millions de m2 à diagnostiquer), un marché du désamiantage de 12 milliards de francs (20 millions de m2 à traiter, le coût au m2 étant de 600 francs), un marché de la remise en état/réhabilitation de 14 milliards (20 millions de m2 à réhabiliter, à raison de 700 francs/m2) et un marché du traitement des déchets d'environ 1 milliard de francs (20 millions de m2, à raison de 50 francs/m2). Soit globalement 28 milliards de francs hors taxe.

Bon nombre d'analystes basent leurs prévisions sur des données initiales de l'Observatoire national de la sécurité des établissements scolaires et d'enseignement supérieur. En juillet 1996, Jean-Marie Schléret, le président de cet Observatoire, estimait que 5 % seulement des bâtiments scolaires contiennent de l'amiante et que 20 % des établissements amiantés doivent faire l'objet de travaux de décontamination. Le 18 décembre dernier, en présentant le premier rapport annuel de l'Observatoire, il reconnaissait que « le chiffre de 5 % était largement dépassé et qu'il atteignait en fait 13,2 % pour les lycées et 5,3 % pour les collèges, soit une moyenne de 8,2 % ». Ce qui revient à dire que l'addition que devront payer les communes, les départements et les régions pour désamianter leurs établissements respectifs pourrait être largement supérieure au chiffre initialement avancé : 1,86 milliard de francs (390 millions pour les écoles primaires, 670 millions pour les collèges et 800 millions pour les lycées).

Toujours est-il que le marché du désamiantage devrait être très porteur entre 1997 et 2002/2003, avec quatre clientèles successives : les établissements scolaires et universitaires, les établissements de santé, les autres bâtiments publics et, enfin, le parc privé (avant les décrets de février 1996, le marché français du désamiantage était essentiellement tiré par la demande privée ; la nouvelle réglementation a entraîné une hausse importante de la demande publique).

Fourchette de coûts très étendue

Pour ce qui est des coûts du désamiantage pour les maîtres d'ouvrage concernés, force est de reconnaître que les tarifs varient beaucoup d'une expertise à l'autre. Les auteurs d'une étude réalisée pour le groupe Bourdais (conseil en immobilier d'entreprise) et portant sur « l'amiante dans les bâtiments à usage professionnel » affirment que « la dépose de l'amiante à elle seule varie de 800 francs HT, pour 1 m2 de plafond, à 1 500 francs HT/m2, lorsqu'il s'agit de la structure. A ce premier coût, il faut d'ailleurs ajouter les coûts de gestion des déchets, qui peuvent atteindre 1 000 à 1 500 francs HT la tonne pour un stockage dans un centre d'enfouissement technique, voire 5 000 à 9 000 francs HT la tonne de déchets pour une vitrification ».

Pour sa part, Christian Lejeune, ingénieur au CSTB, estime que le coût parfois avancé de 2 000 francs/ m2 désamianté est passablement exagéré. « Si l'on se base sur des exemples de chantiers déjà terminés, on aboutit à 1 000 francs/m2, y compris la réfection de la protection incendie ».

L'étude d'Octaèdre avance des chiffres quelque peu différents, mais encore plus détaillés. Les auteurs de cette imposante enquête écrivent notamment : « demain, c'est-à-dire à l'horizon 1998, les techniques de maintien de l'amiante devraient se développer et les déchets d'amiante devront être stabilisés avant stockage. Ce qui devrait donner la décomposition suivant e :

-diagnostic : 5 à 10 francs (HT le m2)

-désamiantage : 300 à 500 francs

-remise en état : 500 à 1 000 francs

-traitement des déchets : 300 francs ».

Soit un coût global de 1 100 à 1 810 francs hors taxe le m2.

La réhabilitation, dans tous les cas de figure, représente environ la moitié du coût global du désamiantage. -

20 millions de m2 à désamianter en cinq ans

-taille du parc immobilier français : 2,2 milliards de mètres carrés

-taille du parc contenant de l'amiante : 100 millions de mètres carrés

-taille du parc à désamianter : 20 millions de mètres carrés

-marché global du désamiantage : au moins 30 milliards de francs 2,5 % pour le diagnostic, 43 % pour le désamiantage, 51 % pour la réhabilitation et 3,5 % pour le traitement des déchets

-coût global du désamiantage (du diagnostic au traitement des déchets) pour le maître d'ouvrage : de 1 000 à 2 000 francs HT le mètre carré

(1) « Le marché français du désamiantage » (l'état du marché, la filière, les perspectives), 4, rue Théron- de-Montaugé 31200 Toulouse. Tél. : 05.61.48.74.06. Prix : 7 500 francs HT.

Calendrier des dates limites de diagnostic par types de bâtiments

Au total, c'est près de 10 000 bâtiments (entre 80 et 100 millions de mètres carrés) qui doivent être auscultés d'ici au 1er janvier 2000 pour respecter la réglementation actuelle. Sont notamment concernés les établissements d'enseignement (écoles maternelles, écoles élémentaires, collèges, lycées, universités, enseignement supérieur, enseignement général, technique ou professionnel ; crèches et établissements hébergeant des mineurs) et les établissements sanitaires et sociaux ainsi que les établissements pénitentiaires et les locaux à usage de bureaux.

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Entretien ALAIN MAUGARD, président du CSTB * « La priorité est au diagnostic»

Dans quelle mesure la réglementation et les obligations issues de l'interdiction de l'usage de l'amiante ne sont-elles pas allées au-delà de ce qui aurait été suffisant pour juguler le risque sanitaire ?

ALAIN MAUGARD. Le problème de l'amiante a pris un nouveau tournant dès que l'on a eu des doutes sur l'impact des faibles doses et des risques passifs que cela pouvait entraîner pour les occupants. Dans ces conditions, il était raisonnable de stopper l'utilisation de l'amiante dans le bâtiment sous toutes ses formes pour ne pas aggraver ces risques.

Pour l'amiante-ciment, on ne peut pas parler de risques pour l'habitant. Cependant, il faut faire preuve de précautions notamment pour les ouvriers lors des travaux de réparation ou de maintenance.

N'a-t-on pas ouvert la boîte de Pandore avant de s'être doté du réseau suffisant de compétences (laboratoires, entreprises qualifiées, etc.) ?

Il faut être clair, les délais imposés pour les diagnostics d'une part et pour les travaux d'autre part ne sont pas les mêmes. La priorité porte sur le diagnostic. En ce qui concerne les travaux, il faut se donner le temps de la réflexion pour choisir la meilleure solution d'autant qu'une opération de déflocage réalisée inconsidérément peut aboutir à une situation beaucoup plus grave du point de vue de la teneur en fibres dans l'air. Et il est parfois difficile de retrouver des taux de concentration acceptables. Partout où le flocage n'est pas en mauvais état, il peut être raisonnable d'améliorer le degré de cohésion du flocage d'amiante par imprégnation ou encoffrement.

Si l'on se donne ces délais, je crois que se mettront en place une maîtrise d'oeuvre, des entreprises et des laboratoires qualifiés.

Des produits incorporant de l'amiante ont bénéficié depuis de nombreuses années d'ATec favorables du CSTB. Est-ce à dire que ces avis ne prennent pas en compte l'impact sur la santé humaine ?

Nous entendons bien que l'Avis Technique prenne en compte les impacts sur la santé humaine. S'agissant des produits contenant de l'amiante, nous avons établi l'inventaire des Avis Techniques portant sur ce type de produit dès que nous avons eu connaissance des conclusions du monde médical c'est-à-dire au début de l'année 1996. Nous avons également indiqué les précautions à prendre lors de leur mise en oeuvre notamment dans les opérations de réhabilitation.

Il faut rappeler que les produits contenant de l'amiante visés par les Avis Technique sont des produits durs où l'amiante est en faible quantité et dont la matrice ne favorise pas le relarguage de fibres. En aucune façon, il ne s'agit de flocages.

On peut dire que la procédure d'Avis Technique s'est adaptée en permanence et sans délais aux conclusions que le monde médical a fourni aux Pouvoirs Publics.

* Centre scientifique et technique du bâtiment.

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Les principaux chaînons de la filière

Les quatre étapes de la filière amiante sont toutes aussi importantes les unes que les autres. L'organisme chargé de faire un diagnostic n'a pas forcément pour objectif d'encourager systématiquement le désamiantage d'un bâtiment. Par contre, lorsque des travaux se révèlent nécessaires, ils doivent être effectués avec la plus grande sécurité, afin de ne pas mettre en danger la santé des ouvriers et des utilisateurs (futurs) du bâtiment décontaminé. Idem pourrait-on dire des deux dernières étapes : la réhabilitation doit notamment permettre au bâtiment concerné de continuer à résister au feu ; le traitement de déchets est également une affaire de spécialistes, les déchets d'amiante ne pouvant plus être accueillis, dans quelques années, dans les décharges de Classe 1.

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