Architecture Technique Hommage

Zaha Hadid ou la mécanique du fluide

Mots clés : Architecte

Elle courbait l’espace et insufflait le mouvement dans ses bâtiments. L’architecte anglo-irakienne s’est éteinte le 31 mars, à l’âge de 65 ans. Témoignages.

«Le monde de l’architecture a perdu une star. » Jane Duncan, présidente du Royal Institute of British Architects (Riba), a réagi ainsi au décès de l’architecte d’origine irakienne Zaha Hadid, 65 ans, dont l’agence est installée à Londres depuis 1979. La notoriété de celle que l’on surnommait parfois la « diva », tant elle savait se faire désirer, était planétaire. L’annonce de sa disparition, le 31 mars, a donc rapidement fait le tour du globe et du Web. Ce jour-là, nombre de confrères, maîtres d’ouvrage, usagers ou simples admirateurs lui ont rendu hommage, évoquant une femme « visionnaire », à la fois « inspirée et inspirante ». Elevée au grade de « Dame Commander » dans l’Ordre de l’empire britannique, Zaha Hadid a été la première femme à recevoir, à titre individuel, le Pritzker Prize (2004) et la Royal Gold Medal (2016) pour son influence sur le monde de l’architecture.

Née en 1950 à Bagdad (Irak), Zaha Hadid a d’abord étudié les mathématiques à l’Université américaine de Beyrouth (Liban), avant de s’initier à l’art de l’architecture à l’Architectural Association de Londres. Au début de sa carrière, elle dessine plus qu’elle ne bâtit. Dans la mouvance déconstructiviste, elle peint des formes géométriques, souvent colorées, qui semblent éclater dans l’espace. « Pendant longtemps, j’étais connue comme celle qui ne construisait pas ou qui ne pouvait pas le faire », rappelait Zaha Hadid. Son premier bâtiment majeur ne voit le jour qu’en 1993. Il s’agit de la caserne de pompiers Vitra à Weil-am-Rhein (Allemagne), un édifice qui rompt avec la tradition moderne des angles droits.
Tout au long de sa carrière, épaulée par son associé Patrik Schumacher et avec l’aide de logiciels de conception assistée par ordinateur, Zaha Hadid ne cessera d’arrondir les angles jusqu’à les abolir définitivement. Ses constructions en courbes et contre-courbes sont qualifiées d’organiques, d’ultra-féminines. Vus de l’intérieur, sols, murs et plafonds forment une surface continue, souvent monomatière et monochrome. Vues de l’extérieur, toitures et façades fusionnent dans un même mouvement qui, en général, se poursuit jusqu’aux abords du bâtiment. Une mécanique du fluide pour cette créatrice de « paysage artificiel ». Une débauche de formalisme pour les réfractaires aux géométries non-euclidiennes.

Du virtuel au réel.

Concevoir est une chose. Construire du Zaha Hadid en est une autre. Frédéric Ferrari, directeur délégué de Vinci Construction pour la région Languedoc-Roussillon, se souvient du chantier « exceptionnel » de Pierresvives à Montpellier (Hérault). Cet équipement public, conçu en 2002 mais livré en 2012, accueille les archives départementales, la médiathèque et l’office des sports. « Pour pouvoir comprendre, chiffrer et réaliser un bâtiment si expérimental, il faut le découper en un maximum d’éléments simples, explique-t-il. C’est pourquoi les façades en forme d’arbre couché ont été réduites à un puzzle de 1 000 pièces en béton à assembler. » L’entreprise de BTP a dû innover dans sa pratique en utilisant pour la première fois la modélisation 3D, outil de prédilection de l’architecte. De son côté, celle-ci a dû adapter son projet aux normes françaises. « Zaha Hadid avait le souci du détail, se souvient Frédéric Ferrari. Pour les fenêtres, elle voulait un joint doré qui s’accorde aux brise-soleil dorés. Je lui ai répondu que ça n’existait pas. Elle m’a dit que j’allais trouver. Ce qui a été le cas. Elle avait ses exigences mais savait les exprimer calmement, ajoutant toujours un mot gentil pour l’entreprise. »

Expérience exaltante.

En Italie, les Romains ont longtemps polémiqué sur l’aspect irréalisable et inutilisable du Maxxi. Le projet de ce Musée national des arts du XXIe siècle, inauguré en 2010, était lauréat du concours en… 1999. « L’innovation architecturale, surtout lorsqu’elle est radicale, provoque des résistances mais Zaha Hadid était déterminée à porter son projet à terme », raconte Margherita Guccione. Architecte de formation, l’actuelle directrice du Musée d’architecture moderne et contemporaine au sein du Maxxi a suivi le chantier côté maîtrise d’ouvrage. « Le ministère italien des Biens culturels, plus habitué à la période antique, a dû se confronter à la culture contemporaine, c’était un grand défi, souligne-t-elle. L’architecte a bousculé nos certitudes sur la manière de faire un musée. » Ici : pas de pièces fermées mais un espace ouvert où zigzaguent les corps de bâtiment et les corps humains. Utilisatrice des lieux, Margherita Guccione confirme qu’arpenter l’architecture de Zaha Hadid est « toujours une expérience exaltante ».

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Ses dates clés

1950 : naît le 31 octobre à Bagdad.
1979 : crée l’agence Zaha Hadid Architects à Londres.
2001 : Prix spécial du jury de l’Equerre d’argent pour le terminal de tramway à Strasbourg.
2004 : lauréate du Pritzker Prize pour l’architecture.
2016 : décède le 31 mars à Miami.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X