Evénement

XIAMEN, VITRINE DU « RÊVE URBAIN ET ENVIRONNEMENTAL » CHINOIS

Mots clés : Démarche environnementale - Gouvernement

Dans la province côtière du Fujian, Xiamen, ville-pilote de la Chine pour le développement durable, compte quelque 4 millions d’habitants, contre 300 000 en 1990. Une stratégie de projets a été mise en œuvre, dynamisant son économie tout en intégrant les préoccupations environnementales. Au-delà du « rêve urbain » prôné par le gouvernement central, un nouveau modèle de planification y est expérimenté.

Villes nouvelles lancées par la municipalité, patrimoine sauvegardé à l’initiative des habitants, recherches et innovations portées par des universitaires notamment… Xiamen, dans la province du Fujian en Chine, ressemble à un vaste chantier. Des projets emblématiques aux caractéristiques et acteurs distincts y sont testés, qui esquissent de nouvelles pratiques et un nouveau modèle urbain.

Si, à l’origine, le projet expérimental entrepris par le gouvernement visait à accentuer le développement économique, sa réussite en fait un exemple du « rêve urbain chinois », une « preuve » de la capacité de l’Empire du Milieu à s’engager en faveur du développement durable. A ce titre, la ville a d’ailleurs été distinguée au titre de « Ville honorifique de ONU-Habitat » en 2004.

Zone économique spéciale

C’est en 1990 que Xiamen, cité maritime de 300 000 habitants, est désignée première ville-pilote chinoise en matière d’environnement. Les autorités souhaitent la transformer en une vaste « cité-jardin », profitant de la désindustrialisation de son île centrale (d’une taille équivalente à celle de Paris) et du développement de ses territoires périphériques, majoritairement ruraux. Aujourd’hui, Xiamen accueille près de 4 millions d’habitants, grâce à une stratégie de projets d’avant-garde, qui a dynamisé son économie tout en intégrant les préoccupations écologiques.

L’ancien port colonial baptisé « Amoy » au XIXe siècle, puis transformé en pôle militaire et commercial au XXe siècle, présente un atout géographique essentiel : sa position stratégique sur la côte maritime, entre Hong Kong, Shanghai et Taïwan. En 1980, la ville devient l’une des cinq « zones économiques spéciales ». Son site, un archipel, possède par ailleurs d’abondantes ressources naturelles et de magnifiques paysages montagneux qui participent à sa richesse et à sa notoriété.

Dès les années 1990, la municipalité bénéficie de la part du gouvernement central d’une relative indépendance politique et juridique, ainsi que d’une certaine liberté urbanistique pour l’élaboration des plans directeurs. En 1995, quatre objectifs prioritaires sont définis : délocaliser les usines loin du centre, moderniser les moyens de transport, améliorer les aménagements publics et augmenter le nombre d’espaces verts. Pour la première fois en Chine, le bureau d’urbanisme décide de rendre les plans directeurs et les propositions de projets accessibles au public par le biais d’expositions, de publications et de journées ouvertes à la concertation ; experts universitaires et représentants des communautés locales sont également invités lors des phases décisionnelles. En 2013, pas moins de 32 000 suggestions et commentaires ont ainsi été intégrés dans la version actualisée du master plan de la ville.

La municipalité décide d’organiser une série d’événements internationaux, afin de financer une partie des projets. Elle avait déjà procédé de la sorte, en 2003, pour l’aménagement d’une promenade sur plusieurs kilomètres en bord de mer, avec des pistes cyclables et des franges végétales créées pour le marathon international de Xiamen qui accueille chaque année quelque 70 000 participants de toutes nationalités. Autre projet d’envergure : le BRT (Bus Rapid Transit), réseau de bus électriques mis en service en 2008, qui traverse l’île centrale par des voiries aériennes, évitant les embouteillages et la pollution de l’air. Cette année, juste avant le sommet des Brics(1) , qui s’est déroulé à Xiamen du 3 au 5 septembre, 17 km de pistes cyclables également perchées au-dessus de la ville ont été réalisés. Pour cet événement majeur, de nombreux travaux ont été lancés : rénovation des ponts, autoroutes, jardins, trottoirs, éclairage et mobilier urbains, ou signalétique.

Interventions chirurgicales à grande échelle

De leur côté, les urbanistes de la ville promeuvent une vision globale du territoire et des questions environnementales par le biais d’une stratégie d’intervention à grande échelle réunissant l’ensemble des projets. En ce sens, l’élaboration du master plan, le « Xiamen Eco-City Master Plan » dont la première ébauche date de 2005, introduit trois idées directrices concernant le développement durable. La première est de considérer la ville comme un « grand corps malade », sur lequel des opérations locales soignent les problèmes de grande échelle – pollution, pauvreté, etc. -, et d’envisager une croissance future saine et durable.

La planification s’appuie ainsi sur le concept de « City Repair » pour développer un réseau diffus d’interventions, non seulement au niveau de la ville mais également de ses voisines comme Zhangzhou et Quanzhou, des zones naturelles (montagnes et mer), ou en direction de l’île de Taïwan. Des « projets-pilotes » sont élaborés, qui permettent d’intervenir de manière à la fois chirurgicale et globale. Les sites...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 263 du 16/10/2017
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