Architecture Technique Etablissements de santé

Vol au-dessus de l’espace psychiatrique

Mots clés : Établissements de soins - Risque sanitaire

Les bâtiments dédiés à la santé mentale peuvent combiner sécurité et ouverture sur l’extérieur.

«J’ai la conviction que ces aliénés ne sont intraitables que parce qu’on les prive d’air et de liberté », affirmait Philippe Pinel (1745-1826), médecin aliéniste à l’hôpital Bicêtre (ancien hôpital du Kremlin-Bicêtre), précurseur de la psychiatrie moderne, qui œuvra à améliorer le sort réservé aux malades mentaux. Deux siècles plus tard, l’air et la lumière sont rentrés dans les bâtiments psychiatriques, bien que beaucoup plus tard que pour d’autres types de programme. Indispensables à la vie, ils pénètrent notamment par les façades ouvertes sur l’extérieur qu’offre la nouvelle architecture dédiée à la psychiatrie et, souvent, par des patios. Quant à la liberté, elle dépend encore du bon vouloir des chefs de service lors de la phase de programmation qui précède la conception. Certains sont de véritables obsessionnels de la sécurité et veulent des espaces sous haute surveillance, étanches, sans possibilité de libre déambulation ; pour d’autres, enfermer les patients ne les empêchera pas de se suicider, bien au contraire, comme en attestent les bâtiments pénitentiaires. D’où l’importance d’associer l’architecte à la programmation qui détermine les espaces et le fonctionnement du bâtiment. « Ce dialogue avec les utilisateurs est extrêmement important, car il est l’outil de travail à partir duquel se cale le degré d’ouverture des espaces. Car il faut bien savoir qu’aujourd’hui toute la sécurité passe par la technologie : par exemple des verrouillages actionnables à distance et des systèmes d’alertes manipulables très rapidement par le personnel », témoigne l’architecte Emmanuelle Colboc, intervenante au colloque « Architecture et psychiatrie », organisé ce 20 mai 2016 à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Val de Seine.

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Bures-sur-Yvette (Essonne) - Dans la villa blanche

Pour abriter la nouvelle unité de psychiatrie infanto-juvénile du domaine du Grand Mesnil à Bures-sur-Yvette, l’agence Samuel Delmas a réalisé une sorte de grande villa contemporaine sur deux niveaux, aux façades blanches, organisée autour d’un patio central. Objectif : offrir aux enfants un espace d’apaisement protégé mais ouvert, où ils se sentent en sécurité mais pas enfermés. En s’encastrant dans la pente, le bâtiment s’abstrait naturellement de son environnement, l’ancien parc d’un château du XVIIe siècle où plusieurs bâtiments neufs sont venus s’agréger au fil du temps à côté de l’édifice historique. Au rez-de-chaussée, les 12 chambres sont disposées autour d’un patio central de forme organique, planté d’un unique olivier, symbole de paix. Traversantes, elles ouvrent de l’autre côté sur un jardin extérieur périphérique, délimité par des murs de soutènement végétalisés. Individuelles, elles sont conçues à l’échelle de l’enfant, l’espace du lit formant une alcôve, le bureau un coin en retrait, et le placard une grande surface colorée. Dans cette vaste maison, l’espace extérieur est capté en profondeur à travers des petits patios minéraux bordés de baies vitrées pleine hauteur sur lesquelles s’impriment les lumières changeantes du ciel. Emergeant du socle, l’étage partiel, en balcon sur le patio, abrite l’hôpital de jour. Il est prolongé par une terrasse offrant une vue dégagée sur la forêt.

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Maîtrise d’ouvrage : C.H. d’Orsay. Maîtrise d’œuvre : a + samuel delmas, architecte mandataire. BET : PhD Ingénierie (économiste), Ibat (structures), Bethac (fluides, vrd). Principales entreprises : Boyer (gros œuvre, structure), Allavoines (aménagements extérieurs). Surface : 1 270 m2 Shon. Coût des travaux : 3,2 M€ HT.

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Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) - Dialogues avec la ville

« Luxe et modestie », ainsi le chef de projet de l’agence SOA qualifie-t-il cette opération de réhabilitation-extension d’une antenne de soins psychiatriques de l’Etablissement public de santé de Ville-Evrard située à Aubervilliers. De fait, cette réalisation vient rehausser un environnement grisâtre de tours, barres, petits collectifs, pavillons avec, sur le terrain même de l’opération, un bâtiment existant des années 1970 de forme circulaire. Dans cette disparité, les architectes ont parié sur l’insertion en mixant deux typologies. Ainsi, trois plots de type maisons en bande sont adossés à un bâtiment linéaire qui vient s’articuler à l’existant dont la rondeur prend dès lors valeur de rotule. A l’autre bout du terrain, un quatrième corps de bâtiment couvert de briques blanches recrée une frontalité claire sur la rue. Voici pour la modestie du bâtiment qui redonne à son environnement fragmenté du chic et de la cohérence. Le luxe réside dans le traitement de l’enveloppe (bardages en cuivre perforé et Inox poli miroir) et le soin apporté aux intérieurs dont témoignent les halls d’accueil à double hauteur en interface avec la rue.

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Maîtrise d’ouvrage : EPS Ville-Evrard. Maîtrise d’œuvre : SOA, architecte mandataire. BET : SNC-Lavalin (lots techniques), M. Forgue (économiste), Atelier Jours (paysagiste), Orfea (acousticien). Entreprises : Urbaine de Travaux/Groupe Fayat (gros œuvre), Alufer (menuiseries extérieures), Batex (façades, bardages). Surface : 1 958 m2 Shon (existant réhabilité ), 5 549 m2 (extension). Coût travaux : 10,152 M€ HT.

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Rennes (Ille-et-Vilaine) - Atmosphère balnéaire

Le centre hospitalier Guillaume-Régnier à Rennes, dédié à la psychiatrie infanto-juvénile, se présente sous la forme de quatre barrettes parallèles habillées de briques claires et de bois (les unités d’hébergement), reliées entre elles par un socle commun où sont abrités les espaces d’accueil, de soins et de vie collective. Les architectes, Antonio Lazo et Edouard Mure, ont cherché à déjouer l’atmosphère de l’hôpital par un bâtiment qui évoque davantage un hôtel balnéaire qu’un centre de soins psychiatriques. Même les volumes linéaires des chambres, d’ordinaire rigides, prennent un caractère ludique grâce à un jeu de porte-à-faux de différentes longueurs en périphérie du bâtiment. Traversant le parvis engazonné, une allée axiale conduit au hall d’entrée. Doté de façades entièrement vitrées, il offre depuis l’entrée du site une longue percée visuelle jusqu’à l’un des trois patios plantés autour desquels le bâtiment se développe, telles trois maisons accolées disposant chacune de son propre espace extérieur. Cette subdivision permet de créer un lieu de vie et de soins à la fois accueillant, à échelle humaine, économe en distances à parcourir grâce à la faible longueur des barrettes, et où le repérage spatial est favorisé par les percées visuelles qu’offrent les patios.

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Maîtrise d’ouvrage : C. H. Guillaume-Régnier. Maîtrise d’œuvre : Lazo & Mure, architecte mandataire. BET : Betom (économiste), Cap Terre (HQE), Impédance (acousticien), Isabelle Boulanger (paysagiste). Entreprises : Angevin (clos couvert, aménagements ext.), Gouelle (menuiseries int.). Surface : 3 847 m2 SD. Coût des travaux : 6,9 M€ HT.

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