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Vladimir Kalouguine Habiter une architecture-sculpture

Mots clés : Architecture - Bâtiment d’habitation individuel - Béton - Gouvernement - Logement social - Manifestations culturelles - Politique de la ville - Rénovation d'ouvrage

L’architecte français Vladimir Kalouguine conçoit, entre 1973 et 1976 dans la banlieue d’Angers, une opération de logements sociaux aux formes souples considérée alors comme de l’architecture-sculpture. Issus d’un projet lauréat du premier Programme d’architecture nouvelle (PAN) lancé par le ministère de l’Équipement en 1972, les neuf bâtiments aux façades irrégulières en béton projeté sont organisés autour d’un terrain paysager. Devenue l’œuvre de sa vie, la résidence a rapidement pris le nom de l’architecte ; cependant, pour les Angevins, elle reste les immeubles « Barbapapa ». L’idée originelle de -Vladimir Kalouguine consistait à créer une « architecture accueillante aux plantes », mais elle ne le deviendra vraiment que -quarante ans plus tard, après la réhabilitation des bâtiments, achevée en 2015 et accompagnée, enfin, d’une végétalisation des façades.

De ses voyages de jeunesse en Italie, Vladimir Kalouguine retient sa lassitude face aux colonnes et aux frontons. Très tôt, il manifeste son refus de l’orthogonalité, d’une architecture angulaire. En 1952, il entre aux Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Louis Arretche. Pendant ses études, il travaille dans l’agence de Paul Bossard, mais les deux hommes ne s’entendent pas. Kalouguine oriente ses recherches vers des formes qu’il juge plus naturelles. « Pour construire des choses souples, courbes, je devais sortir de la préfabrication, il me fallait une pâte qui permettait de modeler. Avec le béton projeté, rien ne peut jamais être pareil, ce procédé laissait la place aux aléas dans tout ce que je fabriquais. » (1) La technique du voile de béton projeté se développe en France dans les années 1960 et 1970, grâce à une poignée d’architectes rebelles. Les plus importantes réalisations restent les maisons de -Pascal -Häusermann, le village de vacances Le Renouveau de Pierre Székely et Henri Mouette à Beg-Meil (Finistère), l’école maternelle de Douvaine (Haute-Savoie) de Claude Häusermann-Costy, ou les villas labyrinthiques d’Antti Lovag dans les Alpes-Maritimes.

Une première maison-rocher

Le premier chantier personnel de Vladimir Kalouguine, à Dieulefit (Drôme), date de 1971. Pour un psychiatre–psychanalyste de 60 ans, il invente avec le sculpteur Maurice Chaudière et l’ingénieur Claude Bancon une maison individuelle sur deux niveaux en voile de béton. Son objectif consiste à dresser « un rocher dans les rochers » qui sera rapidement recouvert de plantes. L’intérieur très utérin rappelle les habitations troglodytiques. « La recherche du terrier relève du cerveau reptilien, c’est un phénomène fondamental pour l’être humain, explique l’architecte. C’est ce que mon client a voulu expérimenter. » La majorité du mobilier, du divan aux placards, est ferraillé en même temps que les parois. Malgré l’obtention sans réserve du permis de construire, un prix peu élevé et plusieurs publications dont une dans L’Architecture d’Aujourd’hui (2), personne ne le contactera pour réaliser d’autres maisons en béton projeté.

Lauréat du premier PAN

Après Mai 68, les politiques se mettent à écouter les voix qui s’élèvent, depuis quelques années déjà, contre la rectitude des barres et des tours construites à partir de la fin de la guerre. En 1971, le ministère de l’Équipement et du logement lance le premier concours Programme architecture nouvelle (PAN), destiné à faire connaître des projets novateurs et à faciliter l’accès de leurs auteurs à la commande publique. En mars 1972, une cinquantaine d’opérations de logements sociaux sont présentées, parmi lesquels onze seront sélectionnés. L’alternative aux grands ensembles et autres « boîtes monotones » proposée par Kalouguine, alors âgé de 41 ans, s’inspire de son expérience de Dieulefit. C’est un habitat aux formes souples et irrégulières, obtenues grâce au béton projeté et couvertes de végétaux. « Je voulais créer un paysage à l’endroit où je construisais », explique-t-il. La commission du PAN retient l’« application de la technique des matériaux projetés et la création d’un habitat en « collines »». Elle recommande : « que l’architecte tire le meilleur parti possible de la plasticité permise par la technique de mise en œuvre ». L’office municipal HLM d’Angers choisit le projet de -Kalouguine. Avec le PAN, la subvention est immédiate : peu de temps s’écoule entre le concours et le moment où le projet est exécuté. « Il faut une partie expérimentale dans l’architecture avec des processus beaucoup plus courts », martèle -Kalouguine, regrettant que ce soit rarement le cas en France.

Des émergences dans un parc

Le terrain se trouve au milieu d’une zone pavillonnaire, séparé des barres d’habitation du quartier Monplaisir par la ligne de chemin de fer. Un prototype d’une dizaine de mètres carrés est d’abord construit, puis le chantier débute en septembre 1973. Mais après l’élévation du premier bâtiment, les travaux sont arrêtés pendant deux mois car les essais d’étanchéité ne sont pas concluants. « On me demandait de couvrir avec du multicouche mais ça ne marchait pas », détaille Kalouguine. L’architecte choisit alors une résine étanche qui enrobe les formes, puis les travaux reprennent. Trois premiers immeubles sont finalement livrés durant l’été 1975 ; les six autres, jusqu’à l’automne 1976.

Les neuf immeubles, de cinq à neuf niveaux, se répartissent dans un généreux parc, accessible aux habitants et à tous ceux qui le souhaitent. Pour ne pas être visibles au pied des immeubles, les voitures sont reléguées dans un parking souterrain de 220 places. La qualité exceptionnelle du traitement des deux hectares et demi participe pleinement à la réussite des lieux, produisant un véritable dépaysement dans la ville. Le terrain est modelé pour former des buttes constituées par les restes des terrassements, une prairie au centre et des bois avec autant d’arbres que d’appartements, sur les côtés. L’étang, dont les eaux de pluie récupérées devaient être pompées puis réexpédiées sur le toit des immeubles pour pulvériser les plantes, est finalement comblé au bout d’un an...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 249 du 14/03/2016
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