Design

Vivre en voiture

Mots clés : Analyse de l'architecture - Architecte - Architecture - Architecture intérieure - Energie renouvelable - Informatique - Manifestations culturelles - Technique de construction - Télécommunications

Les rapports entre les métiers du design automobile et de l’architecture résident essentiellement dans une approche comparable des relations que l’homme entretient avec la société et dans les liens qu’il tisse avec son environnement. Par le biais de références et de codes souvent communs, habitat et automobile apparaissent comme des révélateurs des espaces physique et social. Se nourrissant l’une et l’autre de préoccupations contemporaines, les deux approches conceptuelles révèlent pourtant autant de similitudes que de contrastes. Les deux mondes se côtoient sans jamais vraiment se rejoindre :quand l’un crée un objet mobile, répétitif, l’autre imagine un espace immobile et singulier.

Les termes de monospaces, ou de ludospaces, employés pour définir les carrosseries automobiles contemporaines, retiennent la notion d’habiter. L’idée de voiture à vivre, empruntée au vocabulaire de l’architecture, révèle une nouvelle approche du concept automobile. C’est dans un nouveau vécu de l’objet industriel, plus social et moins utilitaire, où l’habitacle ne se réduit plus à deux sièges et une banquette fixés au plancher d’une coque d’acier que se rejoignent les préoccupations des designers automobile et des architectes :

L’habitacle est aujourd’hui travaillé avec d’autant plus de complexité que, comme le souligne Marc Pinson, responsable de gamme du Design Citroën, l’automobile est avec le logement un des derniers espaces privés. Un espace mobile qui s’apparente de plus en plus à un salon. Entre le boudoir d’un petit coupé urbain et le grand séjour du monospace familiale on y trouve, éclairé par de vastes baies vitrées, rangements, bar, écrans DVD, fauteuils cuirs, éclairage modulable, diffuseur de parfum et climatisation. Après la modularité, les nouveaux véhicules vont offrir dès les prochains mois des possibilités de customisation avec la personnalisation des équipements, des revêtements et des couleurs. L’inévitable interconnectivité numérique suivra de très près. Bureau, Home sweet home, salle de jeux, auditorium, la voiture moderne est habitée.

Dans un habitacle où le temps est souvent subi, les rapports entre l’homme et son espace de vie sont définis suivant des critères comparables à ceux qui déterminent l’espace architectural. Avec cette différence fondamentale que pour l’automobile, l’intérieur, espace en creux, est travaillé indépendamment du volume extérieur, objet plein. A la recherche du bien-être dans une relation au corps qui est ici tout en proximité, les designers automobiles travaillant l’ergonomie, les volumes et les rythmes, comme la couleur et la lumière. L’habitacle est pensé dans ses moindres détails, on privilégie le confort pour un espace de vie qui replace l’homme dans son environnement. Les monospaces modernes offrent ainsi un espace dynamique dans lequel on peut se déplacer. Plus haut sur la route, c’est un volume en lévitation qui permet un nouveau rapport au monde extérieur. Du cockpit on est passé à l’habitat.

La conception de ces espaces de vie est favorisée par des outils de réalité virtuelle rapides et performants. Logiciels de réalité virtuelle, photogrammétrie, outils de maquettisme à l’échelle grandeur, toutes les technologies de modélisation numérique sont utilisées dans un va-et-vient permanent. Le crayon du dessinateur, les maquettes grandeur en clay, argile ou mousse polyuréthane, n’ont pas disparu, bien au contraire, mais la numérisation autorise une précision et une réactivité inégalée. Une salle immersive comme le CAVE permet de tester virtuellement un espace qui ne s’est pas encore matérialisé industriellement. Ces outils, parfaitement adaptés au design industriel, feraient rêver bien des Architectes.

Avec pour point de départ une ligne définie par la Direction du Style et un cahier des charges issu d’une définition marketing, le designer précède la réalité mécanique et privilégie l’émotion. La définition sémantique prend forme bien avant la phase d’intégration d’une cellule technique. C’est un peu comme si l’architecte, en phase projet, pouvait totalement s’abstraire des contraintes du terrain et d’un schéma fonctionnel.

Le dessin automobile est néanmoins tributaire des codes sociaux et culturels proches de ceux qui caractérisent la...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 192 du 01/11/2009
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