Architecture Chambres à part 1/6

Variations sur le bleu par Gio Ponti

Mots clés : Hôtels et pensions de famille

Dans la baie de Naples, le Parco dei Principi a été l’un des tout premiers concept hotels au monde.

«Ma maison est jaune; l’hôtel à Sorrente est bleu; et un autre hôtel qui ouvrira à Rome sera vert. » En 1964, l’architecte italien Gio Ponti (1891-1979) avouait une certaine inclination pour la monochromie. Pour l’établissement qu’il avait achevé deux ans auparavant à Sorrente, à la pointe sud de la baie de Naples, le choix avait relevé de l’évidence. Bleus étaient la mer, le ciel, les contours des îles de Capri ou d’Ischia à l’horizon, ou la silhouette plus sombre du Vésuve, sur la terre. Ouvert en 1962, le Parco dei Principi jouait sur les nuances du bleu et du blanc, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, dans son architecture et dans sa décoration.

Certes, en jetant son dévolu sur Gio Ponti pour faire bâtir cet établissement sur le site d’une ancienne résidence luxueuse, ayant appartenu en dernier lieu à une famille princière russe, l’ingénieur napolitain Roberto Fernandes avait fait appel à l’un des bâtisseurs italiens les plus prolifiques l’époque. Mais le maître d’ouvrage s’assurait aussi là les talents d’un designer, d’un peintre, d’un poète, d’un éditeur… Aujourd’hui encore, la notoriété de Gio Ponti tient autant à l’édification de la tour Pirelli de Milan qu’à la création de la revue « Domus ».

Aussi frais que désuet. A Sorrente, l’architecte posa le nouvel hôtel au plus près de la mer, au sommet de la falaise. Ainsi, depuis les balcons et les loggias, les clients profitent-ils de la fameuse vue sur l’azur. Les occupants des chambres situées à l’opposé ne sont guère en reste puisque leurs fenêtres donnent sur un parc luxuriant de 2,7 hectares. D’un blanc lumineux, l’établissement se dresse ainsi sobre et sculptural tandis qu’en son intérieur, il a conservé le décor qu’avait conçu Gio Ponti, en parfait état et dans son intégralité. Le Parco dei Principi veille en effet jalousement sur cet aménagement qui allie une joyeuse fraîcheur au charme désuet des sixties.

Du bleu et du blanc, Gio Ponti en avait effectivement mis partout, recouvrant le mobilier et ornant les surfaces des sols aux murs avec des compositions de carreaux et de galets de céramique. L’architecte racontait avoir souhaité, « bien que cela ne fût pas indispensable […], que chacune des 100 chambres ait un sol différent ». Un tel sens du détail a fait du Parco dei Principi de Sorrente l’un des premiers concept hotels , avec le Radisson de Copenhague, au Danemark, livré quelques années avant par Arne Jacobsen. Et ce décor total joue apparemment pour beaucoup dans les choix de la clientèle.

« Chaque année, nous recevons beaucoup d’architectes ou de passionnés de cette époque, des experts en œuvres d’art… en somme, des connaisseurs du travail de Gio Ponti qui désirent habiter dans des espaces qu’il a conçus et meublés », a-t-on observé du côté de Royal Group Hotels & Resorts, dont dépend désormais le Parco dei Principi. Pourtant, il arrive encore « que certains clients soient désorientés par la présence de meubles en stratifié et de carreaux de céramique dans un cinq-étoiles. » Un malaise vite dissipé, puisque l’hôtel se fait fort d’expliquer combien son patrimoine est extraordinaire.

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