Enjeux

« Valoriser la transmission orale dans les TP »

Mots clés : Etat et collectivités locales - Travaux publics

Le nouveau président de l’Ordre des tuteurs des travaux publics livre les ambitions qu’il nourrit pour son mandat.

Christian Tridon, président de l’Ordre des tuteurs des travaux publics.

Après un début de carrière chez Spie Batignolles, Christian Tridon a créé sa propre entreprise à Toulouse, en 1985, dans le domaine du génie civil. Une structure qui évoluera jusqu’à regrouper neuf sociétés et compter quelque 200 salariés. Aujourd’hui président du Syndicat des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et de renforcement des structures (Strres), Christian Tridon a également pris, en mars dernier, les rênes de l’Ordre des tuteurs des travaux publics. Il souhaite insuffler une dynamique pour renforcer la place de la transmission orale sur les chantiers.

Quelles sont les principales missions de l’Ordre que vous dirigez depuis sept mois ?

Cette institution a été créée en 1996 pour valoriser l’exercice de la fonction tutorale en entreprise. La profession souhaitait motiver les tuteurs à réussir l’accueil, la formation et l’intégration des nouveaux salariés. Cette structure est gérée par un conseil paritaire composé de représentants des employeurs et de syndicats de salariés. En vingt ans, près de 7 000 tuteurs se sont inscrits à l’Ordre. Ce dernier a créé différents outils, notamment des livrets d’accueil pour les jeunes. Un tuteur va donc bien sûr accueillir la nouvelle recrue, la mettre à l’aise, mais pas seulement. Il doit surtout y avoir une transmission orale entre la personne expérimentée et le nouveau salarié. Or, nous avons, à mon avis, un peu perdu cette dimension relationnelle liée à l’esprit du compagnonnage.

Quelle part de la dimension relationnelle a disparu ?

J’ai le sentiment que nous nous sommes trop peu intéressés à la strate « production » dans l’acte de construire. L’avènement de la qualité, ces vingt ou trente dernières années, a bien entendu apporté un plus. Mais on s’est surtout préoccupé des fonctions de direction et de maîtrise, sans décliner suffisamment cette démarche sur le terrain. On implique trop souvent les compagnons sous le seul angle de la sécurité, et pas assez sur la technicité du travail. Et ce malgré l’existence de formations dispensées au bénéfice des ouvriers, mais qui, souvent, loupent leur but. C’est vrai pour toutes les familles des travaux publics, à l’exception peut-être du terrassement, qui compte essentiellement sur le terrain des conducteurs d’engins. Dans le cadre de mon expérience d’entrepreneur, je me suis aperçu que la grande majorité des désordres provenaient d’un mauvais geste lors de la mise en œuvre. Les ouvriers ont besoin de comprendre ce qu’ils font, et tout autant de considération. Il s’agit dès lors de les initier davantage à la production. L’Ordre des tuteurs honore la profession des travaux publics, mais il faut lui redonner un coup de neuf.

Quelles ambitions portez-vous dans le cadre de votre mandat ?

Je souhaite redynamiser cette transmission orale. Avec un enjeu en termes d’emploi : avec le redémarrage de l’activité envisagé, nous allons manquer de personnel dans les TP, à tous les niveaux. Nous avons donc engagé une réflexion au sein de la FNTP sur l’avenir de la formation, métier par métier. Le tutorat s’y inscrit pleinement. Je souhaiterais notamment voir élever la strate du tuteur jusqu’à la fonction de chef de chantier, voire jusqu’au niveau ingénieur. Il faudrait aussi réfléchir à matérialiser davantage le lien concret entre les tuteurs, afin de les fédérer davantage. Les outils numériques offerts par Internet vont sans doute nous permettre de créer des canaux de communication entre eux.

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