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« Val-de-Reuil peut redevenir une ville- pilote »

Mots clés : Rénovation urbaine

Le récent article paru dans « Le Moniteur » du 6 février portant sur la rénovation du « centre-ville » de l’ancienne ville nouvelle du Val-de-Reuil, appelle quelques mises au point. Trois facteurs concordants vont susciter de nouveaux regards sur cette opération d’urbanisme volontaire conçue à la fin des années 60, et maintenant ancrée dans la réalité depuis juste quarante ans.

Le premier de ces facteurs touche précisément au recul dans le temps permettant de développer un processus de mémoire et d’analyse historique sur la politique des villes nouvelles en France et les différents processus de leur développement dont, Val-de-Reuil, la plus petite d’entre-elles mais aussi, sans doute, la plus particulière.

Ces recherches, intitulées «Histoire et évaluation des villes nouvelles», voulues et coordonnées par Jean Eudes Roullier, ancien secrétaire général du Groupe central des villes nouvelles, dans le cadre d’une mission qui lui fut confiée en 1999 par le Premier ministre, commencent à porter leurs fruits et permettent d’accumuler ce savoir indispensable pour fonder tout travail d’historien et le mettre à disposition d’un public le plus large possible.

C’est précisément maintenant que l’on reconstitue de manière très claire l’histoire de la naissance de Val-de-Reuil et les objectifs que ses concepteurs et les politiques de l’époque lui avaient assignés, qu’il paraît nécessaire, dans un souci de vérité, de préciser les concepts d’origine et les chiffres fixés pour les étapes de son développement.

Le « germe de ville » visait à fixer sur le site tous les éléments nécessaires à la vie urbaine d’une population de 15 000 habitants, dans une organisation spatiale complexe où se retrouveraient habitat de densité variée, équipements, commerces, lieux de travail et de loisirs, tentant d’exclure tout zoning. Cette structure urbaine serait développée sur une trame de circulation maillée séparant les circulations piétonnes de la circulation automobile par différenciation de niveaux.

Si le concept de germe de ville s’est montré opérant pour ce qui devait être la première phase de développement de Val-de-Reuil dans une perspective, fixée à l’époque, d’une ville de 80 000 habitants à l’horizon 2000, le maillage viaire développé sur le site en liaison avec les infrastructures existantes, comme la création d’une gare sur la ligne Paris-Rouen, ont été pensés en fonction de la mise en valeur globale d’un site de plus de 4 000 hectares, devant devenir le point d’ancrage principal de l’urbanisation prévue sur la zone amont du Grand Rouen. Ce site d’une grande beauté, géographiquement bien délimité dans cette typologie de confluence de rivières (Seine, Eure, Andelle), devait permettre de développer une vaste base de loisirs avec ses plans d’eau (celle-ci fonctionne de manière active aujourd’hui) et une ville pouvant atteindre 140 000 habitants, si la croissance démographique, économique et urbaine suivait les mêmes pentes ascendantes des années 50-60.

Si l’on revient à ce qui s’appelle aujourd’hui le germe de ville et qui ne concerne que les deux premières tranches de construction portant sur environ 2 000 logements en petits collectifs et individuels groupés, mettant en place la rue Grande, ses boutiques et son centre commercial qui n’a cessé de croître doucement depuis 20 ans, aucun espace, ni aucun équipement n’a été ici surdimensionné ; sinon, dans le détail des ruelles piétonnes qui innervent ce qui est dans le langage – et de fait – devenu le centre-ville, par rapport au développement pavillonnaire qui, par étapes successives, l’a entouré.

L’opération de renouvellement urbain aujourd’hui bien amorcée sur ce secteur ne peut que servir l’image de marque de la ville et tendre à fixer une population de classes sociales plus diversifiées sur le site de Louviers-Val-de-Reuil, surtout si elle s’accompagne d’une nécessaire densification en y fixant les activités tertiaires qui lui ont toujours fait défaut mais qui sont devenues possibles aujourd’hui.

La deuxième raison de s’intéresser aujourd’hui à Val-de-Reuil touche à des problèmes d’aménagement du territoire et des rapports qui ont toujours existé entre la zone amont de l’agglomération rouennaise et la zone avale de l’agglomération parisienne, le long de l’axe majeur de la vallée de la Seine.

Au moment où le schéma d’organisation de la région parisienne, dit plan Delouvrier, va être remis à l’étude, après ses 40 ans d’âge, la grande couronne du Bassin Parisien où Val-de-Reuil se situe de fait, est appelée à jouer un rôle important dans cette perspective d’aménagement du territoire où les valeurs qualitatives touchant aux modes de vie vont prendre le pas, un demi-siècle plus tard, sur les données quantitatives. Comment mieux organiser en mettant en interrelation les éléments de l’existant et des atouts à développer sur un espace géographiquement élargi, où doit vivre une population qui se stabilisera autour de douze millions d’habitants ? Vaste territoire métropolitain où Val-de-Reuil, avec sa rente de situation aux qualités si évidentes, peut jouer un rôle certes modeste, mais démultiplié, dès lors que l’on s’attachera à lui donner cette identité singulière, encore sous-exploitée, lui permettant d’échapper à cette triste banalisation de l’urbanisation galopante. Oui, avec intelligence, il y a matière à donner une deuxième chance à cette ville.

La troisième raison de faire de Val-de-Reuil un sujet d’observation hors du commun serait de lui restituer, en fait de fiche identitaire, son statut d’origine de ville-pilote en matière de qualité environnementale, d’économie d’énergie, de gestion parcimonieuse des sols, d’innovation dans les procédés de construction et de lutte contre les nuisances. Ceci pourrait contribuer à donner un caractère plus concret aux grandes phraséologies des politiques du développement durable, thème très actuel s’il en est. Les investissements en recherches, expérimentations, portant sur de nombreux domaines évoqués plus haut, en plus sur ceux spécifiques au site, comme l’hydraulique, ont été considérables, sans jamais vraiment avoir fait l’objet d’études d’évaluation sur des résultats observables et analysables en vraie grandeur.

Que ce soit en matière de théorie urbaine et d’analyse préalables au lancement d’une vaste opération d’urbanisme, ou en matière de politiques de l’environnement au sens large, peu de lieux ont fait l’objet d’une telle concentration d’efforts de recherches pluridisciplinaires. Au moment où sous l’aiguillon de l’Europe, le thème vaste du développement durable devient, en France, à la mode et où, par ailleurs, le thème de la Recherche émerge à nouveau pour réclamer des crédits mais aussi avouer des gaspillages d’énergie et des manques d’organisation, Val-de-Reuil peut reconquérir son statut d’origine de ville-pilote en redevenant ce lieu d’investigation, d’observation, d’évaluation qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.

Dans la perspective d’une politique européenne de développement de la Recherche qui devrait porter ses fruits dans les années à venir, cet espace de confluence géographique sur la vallée de la Seine pourrait aussi jouer sa carte comme espace de confluence de la Recherche, non seulement comme objet d’études ou lieu de nouvelles expérimentations à promouvoir, mais aussi comme lieu d’implantation d’instituts ou de laboratoires universitaires ou privés jouxtant un tissu d’activités déjà riche et varié solidement installé sur place, preuve de la vitalité économique du site. En accueillant cette diversité de population liée au tertiaire ou au quaternaire dont la vie urbaine a besoin, Val-de-Reuil doit forger progressivement son appartenance active à un réseau européen de pôles de Recherches. Là aussi, une seconde chance peut être donnée à cette ville.

Alors, oui, l’opération de renouvellement urbain sur le « germe de ville » vaut la peine d’être menée si elle s’inscrit dans une vision ambitieuse et bien plus large de l’avenir du Val-de-Reuil, et si ce second souffle tend à la faire renouer avec les exigences qualitatives de ses racines.

Comme à grande échelle métropolitaine pour la région parisienne, à petite échelle ici, le temps d’une réflexion globale est revenu.

PHOTO : Suite à notre article du 6 février, le concepteur de la ville nouvelle plaide pour une nouvelle chance.

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