Architecture Technique Logements

Une tour aux multiples visages

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel

A Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), cette tour d’habitation est fragmentée en plusieurs volumes.

Signe le plus visible du renouveau d’un quartier en pleine requalification-densification, le bâtiment signé de l’architecte Gaëtan Le Penhuel se situe entre deux ensembles de logements labellisés « Patrimoine du XXe siècle », la Maladrerie de Renée Gailhoustet et les Courtillières d’Emile Aillaud. Il doit contribuer à donner un véritable statut de place à un carrefour passant et très bruyant, au niveau de la station de métro Fort d’Aubervilliers. « Nous avons travaillé sur le skyline dynamique présent à l’échelle du secteur élargi, explique l’urbaniste Nathalie Quiot, et surtout nous ne pouvions pas nier la forme existante avec les tours d’Emile Aillaud » qui se dressent de l’autre côté de la route nationale. Sans oublier « une présence forte de la strate végétale » avec, au-delà de la place, le fort d’Aubervilliers et, à ses pieds, des jardins ouvriers. L’insertion dans le maillage de cette banlieue au tissu hétérogène n’avait rien d’évident. Gaëtan Le Penhuel compose ici une forme « mixte », constituée d’un bâtiment horizontal R + 3, qui esquisse une transition avec l’environnement construit de faible hauteur, au nord et à l’ouest ; et d’un immeuble R + 13. Ouvert sur l’arrière, à l’abri des nuisances de la ville, un patio végétalisé dessert par des coursives les logements des premier et deuxième étages, qui abritent les rares studios. La demande de l’office public de l’habitat (OPH) de la ville visait, en effet, à atteindre 80 % de grands appartements pour les familles nombreuses. « Nous avons voulu verticaliser la tour, c’est pourquoi elle est formée de deux volumes », explique l’architecte. Le premier, en stratifié composite noir mat, et l’autre en métal blanc laqué brillant, dont le sommet tronqué épouse la ligne des gabarits autorisés. Les circulations se glissent dans la césure, en creux, éclairées naturellement derrière une cotte de maille. Ainsi les habitants voient-ils l’extérieur depuis les parties communes, ce qui contribue à atténuer le sentiment d’évoluer dans une tour.

L’éternelle question des loggias.

Détachés des immeubles afin d’éviter les ponts thermiques, de grands balcons complètent chaque appartement. « Je préfère offrir des espaces extérieurs, en prenant le risque que les habitants y entassent des choses », souligne Gaëtan Le Penhuel. Il travaille cependant le premier plan à l’aide d’une double peau vitrée mobile à l’aspect miroitant, qui dissimule les loggias dont la partie basse est également occultée par un garde-corps en béton. De cette manière, les habitants profitent du panorama vers Paris tout en voyant leur intimité préservée.

Les vitrages mis en œuvre, non jointifs, pivotent sur un axe central : 80 % reviennent sur leur pas d’origine tandis que 20 % peuvent rester bloqués pour la ventilation naturelle en été. « Sans cela, j’avais peur que tous les vitrages soient mis en drapeaux et que l’on voie trop ce qui se passe sur ces balcons », explique l’architecte. Les lames de verre, longues de 3,60 m, ont fait l’objet d’un traitement autonettoyant. Epaisses de 2 cm dans les étages courants, elles atteignent 4 cm au dernier niveau. Peints en blanc, les poteaux structurels qui supportent les balcons dessinent un motif qui accentue encore la verticalité de l’édifice. Avec son esthétique glacée, en décalage avec son programme et son contexte, l’immeuble évoque davantage l’univers du bureau. Une ambiguïté qui ne gêne en rien l’architecte : « J’assume le fait que ce ne soit pas clair, que les choses soient plus floues dans la ville nouvelle », se justifie- t-il.

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ENCADRE

Maître d’ouvrage : OPH Aubervilliers. Maîtrise d’œuvre : Gaëtan Le Penhuel Architectes (Joao Saleiro, études et chantier). O’Zone/Nathalie Quiot, urbaniste. BET : Khephren (structure), Eléments Ingénieries (HQE), Bethac (fluides), IC.tec (économiste), VS-A (façades vitrées). Entreprise générale : Demathieu et Bard. Surface : 5 075 m2 Shon (logements), 695 m2 Shon (commerces). Montant des travaux : 10,4 millions d’euros HT.

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