Architecture Technique Equipement

Une robe de béton brut au palais

Mots clés : Béton - Technique de construction

La façade est habillée de blocs de béton préfabriqué texturé de différentes tailles, et creusée de redans.

Face à la façade chahutée du centre commercial Polygone, le palais de justice de Béziers impose une présence presque silencieuse. Ce bâtiment massif, qui semble fait d’un empilement de blocs de pierre, abritera, à partir de la mi-2016, les tribunaux d’instance et de grande instance, le conseil de prud’hommes et le tribunal de commerce. « Nous devions imaginer un bâtiment contemporain qui exprime la symbolique de la justice, explique l’architecte Christine Edeikins (agence 2/3/4/Architecture). Compte tenu du site, des vis-à-vis et de la contrainte climatique, j’ai choisi la métaphore de la carrière, avec ses blocs rugueux entre lesquels s’infiltrerait la lumière. Le projet est fabriqué autant par ces blocs que par les vides qui les séparent. »

Les blocs sont disposés en trois lits réguliers, avec des affleurements différents de bloc à bloc et de niveau à niveau. Chaque bloc est matérialisé par un assemblage de panneaux préfabriqués en béton matricé suspendus au voile béton périphérique, une solution préférée à celle de la pierre agrafée. La façade ne comporte aucun ouvrant. Elle est creusée de redans qui laissent entrer la lumière dans les bureaux par des vitrages latéraux, tout en les protégeant des vues extérieures et de l’ensoleillement direct. Les vitrages placés en fond de redan éclairent les circulations. A l’intérieur du bâtiment, la lumière est introduite par cinq patios, dont le plus vaste descend jusqu’au rez-de-chaussée, où il éclaire la salle des pas perdus. Les autres s’arrêtent au niveau R + 1, puis se fragmentent en interstices qui diffusent la lumière dans les salles d’audience, toutes situées au rez-de-chaussée.
Pour respecter l’image des blocs de carrière séparés par des failles, l’architecte s’est attaché à effacer les menuiseries extérieures. Les panneaux préfabriqués s’alignent ainsi sur les clairs de vitrage, puis sur les faux plafonds et sur les fenêtres des patios. « Certains alignements traversent les 60 mètres du bâtiment et font intervenir tous les corps d’état, ce qui a nécessité un gros travail de synthèse », précise Guillaume Sévely, ex-responsable du projet chez Sogea Sud.
Même souci d’alignement dans les salles d’audience. La lumière du jour, amenée par les patios, y pénètre par de fines ouvertures verticales toute hauteur, qui s’alignent d’une salle à l’autre et se prolongent à l’intérieur par des gorges lumineuses creusées dans les faux plafonds. « Même si l’œil ne le reconnaît pas, ce travail géométrique produit une sensation de confort et de stabilité », estime Christine Edeikins. La recherche de sérénité s’exprime aussi par le choix de la monochromie : sols, plafonds et parois intérieures présentent des tons sable, proches de ceux des panneaux de façade. « Un palais de justice est un lieu où l’on traite des sujets sensibles. L’architecte doit contribuer à en adoucir l’ambiance, indique Christine Edeikins. Je n’ai pas voulu un bâtiment autoritaire mais un bâtiment protecteur. »

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Maître d’ouvrage : Apij. Architecte : 2/3/4/Architecture. BET : CET Ingénierie. Entreprise générale : groupement Sogea Sud-Snef-Thermatic. Panneaux préfabriqués : Delta Préfabrication. Shon : 8 057 m². Coût des travaux : 16,9 M € HT. Livraison: 1er semestre 2016.

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Matière - Un béton texturé et sablé pour évoquer la pierre

Les panneaux préfabriqués qui habillent les façades, ainsi que certaines parois intérieures du rez-de-chaussée, évoquent des blocs bruts de carrière, marqués par des traits de scie. Pour obtenir cet effet, l’architecte a fait réaliser une matrice spécifique. La conception en a été confiée à un plasticien textureur, Romain Taieb. L’artiste a d’abord travaillé dans son atelier de Montreuil (Seine-Saint-Denis), puis dans les locaux de l’entreprise Delta Préfabrication, à Privas (Archèche), où deux matrices en élastomère de 6,50 m x 4 m (l’une en format portrait, l’autre en format paysage) ont été coulées. « Nous voulions des griffures et des stries qui évoquent la vérité de la matière, mais en évitant les éléments singuliers qui auraient pu produire un effet “papier peint“ », explique Franck Tillequin, architecte chez 2/3/4/Architecture. Après de nombreux essais, la teinte du béton a été obtenue par un mélange de ciment, 40 % de gris et 60 % de blanc, avec un granulat calcaire clair, un sable silico-calcaire et un pigment coloré jaune. Une fois fabriqués, les panneaux ont été sablés, opération qui, en révélant les agrégats, produit une rugosité qui rappelle la pierre.

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Mise en œuvre - Une façade suspendue par des bretelles

Les panneaux sont suspendus à la façade béton, dont ils sont écartés de 16 à 30 cm. La peau extérieure présente en effet trois nus différents, avec un écart de 7 cm de l’un à l’autre, à quoi s’ajoutent une isolation extérieure de 14 cm et une lame d’air de 2 cm. Chaque panneau est tenu par deux suspentes en Inox, de marque Halfen, boulonnées sur deux tiges filetées ancrées dans le voile béton. Ces suspentes sont constituées d’une bretelle réglable et d’un étrier de suspension ancré dans le panneau préfabriqué. Dans certains cas, l’entreprise a dû effectuer un carottage dans le voile béton pour fixer et régler la bretelle, en s’aidant d’une caméra. La composante horizontale de l’effort est reprise par des vérins distanceurs, associés pour certains à un ancrage-vent. Chaque panneau est en outre séparé de son voisin par un profilé acier chevillé dans le voile béton, un système parasismique destiné à éviter que les panneaux ne s’entrechoquent en cas d’effet vibratoire.

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Calepinage - Un puzzle de 339 pièces

La peau extérieure du bâtiment forme un puzzle de 339 panneaux préfabriqués, tous différents, pesant de 400 kg à 9,4 tonnes. Certains ont été réalisés en 3D : pour donner à la façade une impression d’épaisseur, les panneaux d’angle comportent un ou plusieurs retours de 60 cm. La fabrication s’est étalée sur six mois. « Nous avions parfois deux à trois jours d’intervention de moulistes, serruriers et menuisiers pour un seul jour de coulage », témoigne Frédéric Heyraud, directeur de Delta Préfabrication. La pose a duré trois mois.
« Elle a été réalisée une fois le bâtiment fini et les fenêtres posées, indique Guillaume Sévely, ex-responsable du projet chez Sogea Sud. Il a donc fallu réaliser un relevé de la façade en 3D et recalculer chaque préfabriqué. Les panneaux étant alignés sur les clairs de vitrage, nous devions travailler au centimètre. Un travail d’horloger avec des pièces de 9 tonnes ! » La plupart des panneaux ont été posés à l’aide d’une grue mobile à double moufle. Certains, placés en sous-œuvre, ont été glissés horizontalement à l’aide d’un camion bras spécialement adapté.

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