Architecture Technique Prix

Une première œuvre et après ?

Mots clés : Architecte

A quelques années de distance, quinze architectes récompensés pour leur première réalisation mesurent l’impact de ce prix sur leur carrière.

Ils ont commencé leur carrière en construisant un atelier d’artiste, un boulodrome, une cité artisanale ou un hangar ostréicole. Aujourd’hui, ils bâtissent des tours de logements, des collèges, des équipements culturels et des bureaux un peu partout en France. Quinze architectes primés par le Groupe Moniteur pour leur première œuvre – il y a parfois trente ans – évoquent le chemin parcouru depuis l’attribution de cette distinction. « Etre repéré comme un architecte ayant du potentiel, c’est un encouragement très utile dans ce métier, qui est aussi fait de beaucoup de déceptions, et où il faut savoir être offensif », estime le lauréat 1997, Dominique Coulon.

Gage de qualité.

Lauréate en 1992, Suzel Brout considère la Première œuvre comme son « vrai diplôme », puisque son projet était « bien construit » et « reconnu par ses pairs ». A l’agence Raum, Julien Perraud, Thomas Durand et Benjamin Boré, lauréats en 2010, pensent que les maîtres d’ouvrage perçoivent le prix comme un véritable « gage de qualité » qu’il convient de valoriser. « La Première œuvre est un peu comme un télé-crochet ; le vainqueur n’a ensuite qu’une année pour concrétiser ses projets, en attendant le suivant », tempère Joe Vérons, lauréat en 2008 avec Marjan Hessamfar. « On ne peut pas jouer le rôle du jeune architecte toute sa vie », confirme Suzel Brout. Il faut penser à décrocher le prix des plus grands : l’Equerre d’argent.

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Suzel Brout (Paris), lauréate en 1992

« Le groupe scolaire Alain-Savary, qualifié par un riverain de plus beau bâtiment d’Evry (Essonne), a peu bougé. Je l’avais réalisé avec l’architecte Laura Carducci. Nous voulions vraiment construire. Car c’est en construisant que l’on devient architecte. On a eu la Première œuvre. Des promoteurs venaient nous chercher, mais pour travailler à leur façon. Alors on leur répondait : « Non, au revoir ! » Ensuite, il y a eu la crise de 1994 et les concours se sont raréfiés. Comme d’autres, l’agence a éclaté. Mon activité alterne toujours entre périodes de calme et vagues de livraisons. Deux beaux chantiers ont été terminés cette année à Paris : un hôtel-résidence à Montparnasse (XVe) et une opération mixte Ehpad-logements sociaux-commerces dans la ZAC Clichy-Batignolles (XVIIe). L’agence n’a pas conçu de forme a priori mais a élaboré des réponses spécifiques à des programmes complexes et des sites contraints. »

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Pascale Dalix et Frédéric Chartier (Paris), lauréats en 2009

« Le boulodrome de Meaux (Seine-et-Marne) a fait l’objet d’une extension ; c’est la vie des bâtiments. Cette Première œuvre a été pour nous un jalon, démontrant que, même avec peu de moyens, nous maîtrisions la construction. Elle a facilité les contacts avec des maîtres d’ouvrage, qui nous ont accordé leur confiance peut-être plus facilement. D’autant que, au même moment, nous étions lauréats d’un foyer de jeunes travailleurs pour la Régie immobilière de la Ville de Paris, Porte des Lilas (XXe), en collaboration avec l’agence Avenier-Cornejo. Ce projet nous a d’ailleurs valu une nomination à l’Equerre d’argent 2014. Aujourd’hui, alors que l’agence n’a pas dix ans d’existence, nous avons déjà livré une dizaine d’opérations aux programmes très différents : des équipements scolaires et sportifs, des logements, des bureaux, des foyers d’accueil médicalisés, des archives départementales… Quelle que soit l’échelle des projets, nous portons toujours une attention particulière à la qualité de la réalisation, comme nous l’avions fait dès nos débuts pour le boulodrome de Meaux. »

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Thomas Durand, Julien Perraud et Benjamin Boré (Nantes), lauréats en 2010

« Le hangar ostréicole et lieu de repos, dans le Morbihan, a résisté aux tempêtes et fonctionne toujours bien. Ses façades noires en bois ont pris une teinte grisonnante ; c’est l’âge. Nous avons réalisé d’autres projets similaires dans le département pour des espaces de vie optimisés, utilisés quelques jours par semaine. Puis nous sommes passés à autre chose en remportant, quelques mois après la Première œuvre, notre premier concours public, un équipement culturel pour la Ville de Nantes. La réalisation était nominée cette année à l’Equerre d’argent. Depuis le prix, l’agence a déménagé d’un petit appartement vers d’anciennes écuries où nous avons installé un atelier de prototypage, avec l’envie de raconter d’autres histoires : centre d’interprétation du littoral, centre de travaux routiers, logements… »

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Philippe Gazeau (Paris), lauréat en 1985

« L’extension de l’école de la rue Gerbert à Paris (XV e ) était un programme modeste reposant sur une idée simple : restituer en terrasse l’espace de la cour sur laquelle on empiétait. L’explication de ma démarche a dû convaincre le jury de la Première œuvre qui, à l’époque, faisait passer un oral. Cette idée de restituer l’espace pris par ailleurs est réapparue dans l’extension de l’hôpital Broussais à Paris (XIVe). Trois bâtiments ont été respectivement nominé, mentionné et récompensé par l’Equerre d’argent : des logements à Rennes (2012), à Paris XIXe (1994) et un centre sportif à Paris XVIIe (2000). Les prix d’architecture focalisent les regards sur les réalisations, mais les architectes pensent aussi la ville. Leur démarche urbaine mériterait plus d’intérêt. »

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Pierre-André Comte et Stéphane Vollenweider (Nice), lauréats en 2007

« La cité artisanale de Valbonne (Alpes-Maritimes) est un lieu de production respecté par ses utilisateurs, qui l’exploitent désormais au maximum de sa capacité. Dans la région, nous avons construit plusieurs opérations de logements et des équipements plutôt atypiques : des terrains de tennis à Cannes (2009), un pôle d’aviation d’affaires à Cannes-Mandelieu (2013) et une école de design à Nice (2015). La Première œuvre nous a entrouvert les portes de maîtres d’ouvrage à Paris. Avec l’agence Hamonic + Masson, nous avons livré à Bouygues Immobilier le premier immeuble de logements réalisé dans la capitale depuis les années 1970 à atteindre les 50 mètres de haut. Cette opération interroge la hauteur comme nouveau gabarit de la ville contemporaine. Elle était nominée cette année à l’Equerre d’argent. Preuve que notre agence a mûri. »

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Marjan Hessamfar et Joe Vérons (Bordeaux), lauréats en 2008

« L’école maternelle Jean-Jaurès à Cenon (Gironde) mène sa petite vie. Elle sert de bureau de vote, donc la mairie en prend soin. A l’époque nous avons fait la une du journal local. Nous étions les champions de Bordeaux pour avoir remporté la Première œuvre. Le bâtiment est même passé de citrouille à carrosse aux yeux des gens. Ce prix a permis de mettre le turbo au moteur de notre agence, qui était déjà en marche. Sans lui, nous n’aurions jamais eu la chance d’être retenu pour un centre d’accueil d’urgence à Paris (XXe), livré en 2013. Puis, un lieu d’enseignement en a entraîné un autre. L’école maternelle nous a conduits vers un centre de formation des apprentis à Mont-de-Marsan (2013) et un collège à Pau (2014). L’agence s’est aussi diversifiée : centre technique à Cenon (2008), aérogare à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac (2010), pôle éducatif et culturel à Pau (2012-2013), logements à Floirac (2013) et dans l’écoquartier Ginko à Bordeaux (2015). A part les hôpitaux, nous couvrons tous les sujets de la ville. L’étiquette de jeune architecte est aujourd’hui décollée. »

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Dominique Coulon (Strasbourg), lauréat en 1997

« Le collège Louis-Pasteur à Strasbourg s’est bonifié avec le temps. Le bâtiment en béton disparaît sous une impressionnante vigne vierge et s’intègre au paysage comme je le voulais. Le prix m’a donné suffisamment confiance pour ne pas rester un architecte local, mais aller candidater dans toute la France. Aujourd’hui, 90 % de mon chiffre d’affaires est réalisé hors d’Alsace. L’éventail de la production, quasi uniquement des marchés publics, comprend des équipements scolaires, culturels et sportifs. Aucune course à la quantité, mais à la qualité. Les trois nominations à l’Equerre d’argent, en 1999, 2002 et 2003, ont confirmé que la Première œuvre n’était pas un accident. A présent, je ne suis plus seul, trois associés partagent avec moi les commandes. Le travail en équipe est plus intéressant, plus dynamique, plus fort qu’avant. »

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Nicholas Gilliland et Gaston Tolila (Paris), lauréats en 2012

« L’atelier d’artiste Mosquito Coast Factory à Campbon (Loire-Atlantique) s’est pleinement épanoui dans son usage, à la fois lieu de création, d’exposition et d’habitation. La Première œuvre a renforcé notre crédibilité auprès des maîtres d’ouvrage avec lesquels nous étions déjà en relation. Par exemple, avec le promoteur immobilier Cogedim, nous allons prochainement réaliser 113 logements à Massy (Essonne). L’agence travaille à toutes les échelles, des boutiques Aesop, à Londres, Genève et Paris, aux tours de logements de 50 mètres à Paris (XVIIe), conçues avec l’agence TVK pour LinkCity et Nexity, en chantier début 2016. Nous profitons aussi de la double nationalité franco-américaine de l’agence pour construire aux Etats-Unis. A Miami, nous essayons d’apporter une touche de « glamour à la française » dans le Design District, avec la création d’un bâtiment contenant cinq boutiques et un restaurant. A chaque situation, sa réponse locale. »

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Eric Lapierre (Paris), lauréat en 2003

« Le siège social du Monde diplomatique”, à Paris (XIII e ), est une construction qui vit et vieillit bien. Au moment de sa réalisation, on me voyait plus intellectuel que bâtisseur. La Première œuvre m’a apporté une crédibilité dans le champ de l’architecture, en parallèle de l’écriture. Encore aujourd’hui, le prix figure dans mon CV, il n’y a pas de péremption. La preuve : je vais lancer l’an prochain le chantier de 365 logements situés au-dessus d’un centre-bus parisien de la RATP, une opération pour laquelle j’avais été invité à concourir par un membre du jury en 2003. Le logement est, pour moi et mon agence, un sujet de recherche architecturale. Avec Nexity Apollonia, le premier promoteur immobilier qui m’ait fait travailler, nous menons des expérimentations sur les plans et les typologies pour sortir ce programme de l’ordinaire. »

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