Architecture Réhabilitation

Une médiathèque qui prend de la hauteur

Mots clés : Aménagement paysager - Architecture - Bibliothèques, centres de documentation et de consultation d'archives - Établissements industriels, agricoles, ICPE - Manifestations culturelles - Rénovation d'ouvrage - Transport fluvial

Dans l’écoquartier des Capucins, à Brest, l’agence Canal Architecture a fait d’un ancien bâtiment industriel un lieu où le savoir est aussi ludique.

Un équipement culturel sur une ancienne friche industrielle : le pari était risqué. A Brest, la médiathèque François-Mitterrand s’est fait une place au cœur des Ateliers des Capucins, 25 000 m2 qui appartenaient à l’arsenal et qui ont donc été longtemps fermés au public. Si la mise en service du téléphérique urbain, dont les cabines arrivent quasiment devant l’entrée du lieu, contribue à son succès public, elle n’est pas l’unique raison.

Avec ce projet d’un genre nouveau, qui s’intègre dans un pôle culturel et un écoquartier, l’agence Canal Architecture est parvenue à domestiquer la « bête ». Patrick Rubin et Annie Le Bot ont inséré sous l’immense volume de la nef de pierre un espace de 9 700 m2 (dont 6 000 m2 ouverts au public), clair et aéré, qui ressemble à tout sauf à l’idée que l’on se fait d’une bibliothèque. Derrière sa façade de verre et d’acier, l’entrée, qui fait la transition entre les Ateliers et la médiathèque, traduit une double volonté : respecter la mémoire du lieu et abriter de nouveaux usages. Surmonté par l’imposante structure d’un ancien pont roulant, cet espace d’accueil haut de 15 m reste connecté visuellement avec la grande nef et sa rue haute grâce à sa façade et ses deux tympans vitrés.

Lumière zénithale sous verrières. Les tentatives pour aménager « ce hall de gare » avec du mobilier conventionnel se sont révélées peu concluantes… Aussi l’équipe de maîtrise d’œuvre a-t-elle imaginé trois structures en bois à la croisée du mobilier surdimensionné et de la micro-architecture. Pour filer la métaphore du jeu, Patrick Rubin les compare volontiers à des pièces d’échiquier géantes et se réjouit de voir les visiteurs rêvasser dans les loges en balcon ou lire la presse installés sur les gradins.

Probablement la future marque de fabrique de la médiathèque…

Une fois passé les arches de pierre, l’espace des collections s’annonce. Le regard est alors naturellement réorienté, par les points de fuite des ouvertures, vers le parvis des Ateliers et la vue sur la Penfeld. « Nous avons proposé de restituer l’axe d’origine de la toiture, initialement perpendiculaire à la nef, explique l’architecte. Cette décision autorisait l’installation des quatre départements des collections sur deux niveaux publics (le rez-de-chaussée et un étage) avec des extensions en mezzanine, profitant de la lumière zénithale grâce au rythme retrouvé des verrières. » Cette attention portée à l’architecture originelle a été l’argument-clé pour convaincre la maîtrise d’ouvrage, la Ville de Brest. Retravaillée, la façade ouest de la médiathèque, visible depuis le centre-ville, sur l’autre rive de la Penfeld, se singularise du reste du bâtiment rénové par l’agence Bruno Fortier.

La scénographie respecte l’histoire du lieu et évite l’effet «parc d’attractions ».

La connaissance décloisonnée. A l’intérieur, le parcours traverse différentes échelles et matières : du monumental au détail, de l’open space au cabinet de curiosités, de l’acier au velours, du verre au béton, etc. Aucune porte ni cloison ne s’interpose entre le visiteur et l’offre culturelle proposée. L’usager est roi au cœur d’un espace de gratuité : livres et revues à portée de main, bien sûr, mais aussi outils numériques en libre accès, tables de jeux familiaux, salle d’arcades pour les ados, toboggan pour les tout-petits, salle du trésor pour le fonds patrimonial, carrels (espaces d’étude clos) ultra design, etc.

Témoin du passé, un four massif de chaudronnerie a été conservé et trône dans la galerie jeune public. La scénographie, qui joue sur la surprise et l’abondance, aurait pu verser dans l’effet « parc d’attractions ». Les architectes ont su trouver le bon dosage et les respirations nécessaires pour éviter cet écueil. Aux Capucins, on peut même lire face à la mer…

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Brest. Maîtrise d’œuvre : Canal Architecture (Patrick Rubin, Annie Le Bot), architecte. BET : Ingérop (généraliste), Itac (acoustique), Yves-Marie Ligot (structure bois), Thanh Phong Lê (signalétique). Principales entreprises : Bouygues Construction (macro-lot clos-couvert), Dourmap et Cegelec (électricité), CSO (chauffage, ventilation, plomberie, sanitaires). Surface : 9 700 m2 Shon (dont 6 000 m2 accessibles au public). Montant des travaux : 17,5 M€ HT (agencements, mobilier et signalétique inclus).

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