Technique et chantier Réhabilitation

Une ferme du XIXe siècle à basse consommation

Mots clés : Architecture - Efficacité énergétique - Établissements industriels, agricoles, ICPE - Produits et matériaux - Rénovation d'ouvrage

Restaurée dans le respect de son architecture d’origine, cette bâtisse en pierre fait appel au duo chanvre-chaux pour améliorer sa performance hygrothermique. Résultat : une consommation prévue de 25 kWh/m².an.

En réhabilitant une bâtisse en ruine du XIXe siècle, Alexis Allard, directeur de l’entreprise de maçonnerie charentaise Domus Ars, a voulu montrer qu’il est possible de concilier restauration du patrimoine et optimisation énergétique. Cette maison de Dordogne de 230 m² habitables, restaurée avec des matériaux locaux traditionnels, devrait consommer 25 kWh/m².an d’énergie primaire malgré une exposition est-ouest peu favorable.

Acheté par l’entrepreneur en 2008, le corps de ferme a d’abord fait l’objet d’un diagnostic complet. Les façades en pierre hourdée à la terre ont été purgées des ajouts en ciments du XXe siècle avant d’être revêtues d’un enduit à pierres vues à la chaux aérienne en deux couches, réalisé avec un sable local trouvé à trois kilomètres du site. Les linteaux et tableaux en béton ont été remplacés par des éléments en pierre coquillère extraite à 1,5 kilomètre.
Pour résoudre le problème d’humidité (la nappe phréatique est à 4 m) et assurer l’isolation du bâti, un matériau unique a été retenu : le mortier de chanvre-chaux. Un doublage isolant de 25 cm proposé par BCB (mélange de chaux aérienne Tradical et de granulats de chanvre Chanvribat) a été projeté sur la face intérieure des murs périphériques, sans lame d’air. Le sol du rez-de-chaussée est couvert d’un dallage en béton de chanvre-chaux de 20 cm intégrant un plancher chauffant, coulé sur 25 cm de hérisson de cailloux drainant et revêtu de pierre ou de tomettes. Avant de reposer la couverture en tuiles, 30 cm de ce mortier isolant ont été mis en œuvre en toiture sur un voligeage qui assure le parement de finition en sous-face. Enfin, 7 à 8 cm de mortier de chanvre entre les lambourdes supportant le parquet de l’étage apportent un complément d’isolation acoustique.
La restauration du bâti a été complétée par la pose de fenêtres en bois à double vitrage (Uw = 1,6 W/m²K), fabriquées et posées par un menuisier local. Un contrôle à la caméra thermique n’a pas détecté de fuites d’air.

Régulation hygrométrique

Le duo chanvre-chaux aérienne a fait disparaître l’humidité : « Plus une trace de salpêtre, se félicite Alexis Allard, car le mortier de chanvre qui fait corps avec les murs, sans lame d’air, absorbe jusqu’à trois fois son volume en eau. » Grâce aussi à la ventilation mécanique double flux qui évacue l’humidité restituée par le mortier de chanvre, même si l’entrepreneur juge qu’elle n’était pas indispensable d’après la simulation thermique dynamique réalisée par son bureau d’études thermiques intégré à l’entreprise. « L’air plus sec est plus facile à chauffer, et l’absence de paroi froide réduit les besoins de chauffage, poursuit-il. 18 °C suffisent au confort au lieu des 21 °C qui auraient été nécessaires avec un doublage classique. » BCB, fournisseur de l’enduit chanvre Tradical, connaît bien le principe de perméance et d’amélioration de la température surfacique des murs : « Quand la température ambiante diminue, l’eau se condense dans le mur en eau liquide, entraînant une libération d’énergie dans l’enduit, donc une augmentation de sa température de surface. A l’inverse, quand la température ambiante augmente, l’eau contenue dans le mur s’évapore en consommant de l’énergie, donc en réduisant la température de l’enduit. »
Du côté des équipements techniques, une pompe à chaleur de 4 kW et deux panneaux solaires thermiques intégrés sur le versant ouest de la toiture sont associés à la VMC dans un équipement unique signé Stiebel Eltron.

Machine à projeter

Si Alexis Allard défend les matériaux anciens et milite pour « un habitat patrimonial qui prend de la valeur à l’inverse d’un habitat consommable », il est aussi ouvert aux techniques modernes. Pour mettre en œuvre les 150 m3 de mortier de chanvre-chaux, il a expérimenté une machine de projection qui a permis à quatre maçons de projeter 12 m3 par jour, contre 1,6 m3 par jour avec la technique manuelle du jeté à la truelle. Autre avantage : une économie de 80 % d’eau de gâchage qui entraîne ainsi moins de retrait au séchage. Il n’existe aujourd’hui dans l’Hexagone que deux ou trois exemplaires de cette machine, mise au point et brevetée par l’entrepreneur breton Laurent Goudet au sein de sa société Développement Chanvre. Alexis Allard compte bien développer son usage dans tout le sud-ouest de la France.

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