Architecture Technique Maison d’accueil

Une douce enveloppe protectrice

L’établissement lorrain a été pensé pour les besoins spécifiques de ses patients épileptiques.

La maison d’accueil spécialisé (MAS) de Dommartin-lès-Toul (Meurthe-et-Moselle) est le lieu de vie de 48 adultes atteints d’épilepsie. Quarante personnes y vivent en permanence, tandis que huit peuvent être accueillies pour des séjours temporaires. Dans ce bâtiment, inauguré en juillet dernier et qui n’est que le deuxième établissement spécifiquement conçu pour les personnes touchées par cette maladie en France, toute l’intelligence et toute l’âme se trouvent donc concentrées dans la qualité de ses espaces intérieurs généreux, lumineux et protecteurs.

De prime abord, l’établissement est « un objet rationnel, très simple », explique Marc Chassin, architecte associé de l’Atelier Martel, qui a mené le projet. La MAS forme ainsi un carré de 60 mètres de côté, d’un seul niveau, posé sur une prairie en pente. Le terrain est situé à la périphérie de Toul, entre l’ancien hôpital Jeanne-d’Arc, aujourd’hui désaffecté, et une zone commerciale située en contrebas. Le plat parallélépipède aurait pu paraître bien basique, un peu abrupt même avec sa peau de béton, si ses façades porteuses n’avaient été attendries par un motif de pointillés en creux. Cette touche de douceur apportée par l’artiste Mayanna von Ledebur, qui a été largement associée au projet (lire p. 25), exprime tout le soin apporté à la conception d’ensemble de l’établissement.

Un équilibre à établir

. Pour répondre avec justesse aux besoins particuliers de ses résidents, le projet de la MAS a notamment fait l’objet de discussions entre le maître d’ouvrage du projet, l’OHS Lorraine, et les instances médico‑sociales ainsi que les familles. Pour le directeur des lieux, Olivier Génin, « l’objectif, ici, était de casser l’organisation des MAS traditionnelles, souvent constituées de maisonnées. Nous avons opté pour un seul bâtiment. Ainsi, tous les résidents vivent ensemble, même s’ils ne présentent pas le même degré de pathologie et de dépendance. »
Le travail a dès lors consisté à organiser ce volume unique avec l’Atelier Martel, désigné maître d’œuvre du projet dans le cadre d’une procédure négociée. « Ce mode de sélection est plutôt pertinent dans un tel cas, puisque cela favorise le dialogue », observe Marc Chassin. Le débat a notamment porté sur l’équilibre à établir, entre la protection de personnes très fragilisées et l’ouverture de leur cadre de vie. Si des dispositifs ont été évidemment mis en place pour assurer la sécurité des habitants (lire page 24), « nous avons voulu éviter d’être dans la surprotection », poursuit l’architecte. En se référant au principe formulé au XVe siècle par le peintre, philosophe et architecte Alberti, selon lequel « la ville est comme une grande maison, et la maison comme une petite ville », l’Atelier Martel a imaginé les chambres et les salles de vie communes comme des habitations et des places, desservies par des rues et bordées par des jardins. L’agence a d’ailleurs emprunté au modèle du cloître, pour créer quatre patios de tailles variables. Ouvert en son cœur, le bâtiment est inondé de lumière naturelle. C’est ainsi le cas de ses couloirs, de large dimension, où les résidents ont d’autant plus la liberté d’aller et venir que ces cheminements sont dénués d’obstacles, et notamment de culs-de-sac. « Quand il s’est agi d’arbitrer sur la répartition des surfaces, nous avons constaté que les occupants passent finalement peu de temps dans leur chambre. Nous avons privilégié les circulations, car elles forment des lieux de sociabilité », poursuit Marc Chassin. Les chambres, d’une surface de 22 m², sont néanmoins de taille confortable.
Ce plan maîtrisé a été mis en œuvre dans des matériaux sobres et simples, avec un souci d’efficacité économique. Mais cette contrainte n’a pas empêché d’introduire quelques détails subtils. Le bâtiment, par exemple, a d’abord été construit sans fenêtre. « Après que les murs ont été coulés en place, les baies ont été sciées », explique l’architecte. Ses façades ne sont donc pas qu’une surface au motif élégant. Elles sont aussi une épaisseur, une matière, une texture.

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : OHS de Lorraine. Maîtrise d’œuvre : Atelier Martel, architecte ; Mayanna von Ledebur, conception artistique. BET : Egis Bâtiments. Principales entreprises : Peduzzi Bâtiment (gros œuvre), Wucher (menuiseries extérieures), GVA (menuiseries intérieures), Meuse Paysages (plantations), Néolice (tapisseries), RBC (mobilier). Surface : 3 200 m² Shab. Coût travaux : 5 M€ HT.

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Intervention artistique - Le motif et la couleur, subtils objets de sérénité

Dans chacun de ses projets, l’Atelier Martel aime faire intervenir un artiste et ce, dès la phase de conception. Pour la maison d’accueil de Dommartin-lès-Toul, l’agence parisienne a donc choisi de travailler avec l’Américaine Mayanna von Ledebur. C’est elle qui a façonné les petits cratères qui donnent au béton des façades son aspect molletonné et changeant sous le soleil. Il fallait en effet éviter que les résidents se sentent menacés, voire stressés, par la dureté du matériau. Au contraire, il s’agissait de leur donner l’envie de caresser cette matière.
Ce béton matricé présente un motif aléatoire, avec des trous de différentes dimensions et de profondeurs variables, que l’artiste a créé elle-même en cherchant à limiter au maximum l’effet de répétition. Mayanna von Ledebur est aussi l’auteur de la grande tapisserie qui, divisée en plusieurs panneaux, orne les circulations. Ces taches de couleurs jouent également le rôle utile de repères pour les résidents.

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Aménagement - Le bannissement de la dureté et de l’angle aigu

A Dommartin-lès-Toul, les résidents de la maison d’accueil sont des personnes épileptiques résistantes aux traitements, ou souffrant de lésions cérébrales et sujettes à des crises fréquentes. Les aménagements intérieurs ont donc été pensés pour limiter les risques de blessures, notamment en cas de chute. Créer un bâtiment sur un seul niveau, et par conséquent dépourvu d’escalier et d’ascenseur, était ainsi une condition sine qua non. Par ailleurs, et jusque dans les patios, les sols sont en matériaux souples. D’une manière générale, les concepteurs ont traqué les obstacles et les angles aigus, pour les gommer. Les plinthes ne sont pas saillantes, et l’établissement bénéficie d’une dérogation qui a permis de positionner les extincteurs dans des niches. Autre précaution : les portes des chambres s’ouvrent vers l’extérieur pour qu’elles ne soient pas bloquées, si jamais un résident est tombé derrière. Quant au mobilier – choisi sur catalogue -, il se distingue par ses formes arrondies.

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