Territoires Cherbourg-en-Cotentin

Une commune nouvelle citée en exemple

«Vous allez à Cherbourg ? Il s’y passe actuellement des choses très intéressantes en termes de fonctionnement des institutions », nous avait prévenus le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, qui fut maire de cette ville de 2001 à 2012. Le 1er janvier dernier, la communauté urbaine de Cherbourg et les cinq communes la composant donnaient, en effet, naissance à la commune nouvelle de Cherbourg-en-Cotentin, la plus grande de France avec ses 83 000 habitants, et désormais la quatrième ville de la Normandie réunifiée, après Le Havre, Rouen et Caen.

Une évolution naturelle.

« La commune nouvelle de Cherbourg-en-Cotentin n’est pas une révolution mais une évolution naturelle, modère Benoît Arrivé, élu maire à 40 ans par un conseil de 163 élus. Cela fait de nombreuses années que nous avons des débats sur le Grand Cherbourg. La création d’une communauté urbaine, dès 1971, était un préalable. La fusion de Cherbourg et Octeville en 2000 en était un autre. Très rapidement après les élections municipales de 2014, nous avons compris que nous allions devoir bouger encore pour pouvoir continuer à fonctionner en régie et à répondre au développement de notre territoire, fait de grandes et de petites communes mais également de riches et de pauvres. Il y avait pour Cherbourg un risque réel d’isolement dans un Grand Cotentin qui se constituera en intercommunalité au 1er janvier 2017. Il fallait anticiper les évolutions du cadre législatif : le transfert des compétences, la baisse des dotations de l’Etat, la réunification de la Normandie et la loi Notre. Le passage en commune nouvelle ne doit, en effet, pas s’effectuer au seul motif du bonus financier. Si l’objectif est uniquement de contrer la baisse des dotations, je ne saurais que conseiller de s’abstenir. »

Dans un discours remarqué au Salon des maires et des collectivités locales (SMCL), Benoît Arrivé a mis l’accent sur la finesse de l’exercice : « La commune nouvelle n’est surtout pas la négation du fait communal. Notre charte de gouvernance repose sur des grands principes, qui sont : l’union – et non la fusion -; le respect des communes historiques ; le maintien des missions des maires délégués, qui doivent continuer à jouer un rôle central dans leur commune ; une progressivité et le refus de l’uniformisation. En même temps, il faut trouver des élus capables de scier la branche sur laquelle ils sont assis ! »
Cherbourg est désormais souvent citée en exemple par les maires de France pour sa méthodologie de mise en œuvre du processus, facilitée par une mutualisation de ses services techniques qu’elle a engagée très tôt. 60 groupes de travail, impliquant 300 personnes, ont été mis en place dès juillet 2015. Résultat : un premier budget de 300 millions d’euros voté en l’espace de six mois, 2 400 fonctionnaires qui, dès la fin janvier, reçoivent en temps et en heure un bulletin de salaire au logo de la commune nouvelle et, déjà, un centre communal d’action sociale (CCAS) unique. « La proximité, ça s’organise, poursuit Benoît Arrivé. C’est ce qu’a su très bien faire Jean-Marc Ayrault à Nantes Métropole. »
Et, sur ces bases, c’est tout le programme qui s’en trouve revitalisé. « Quand on prend un peu de hauteur, cela devient forcément plus intéressant en termes d’aménagement, souligne l’élu. Des projets qui n’étaient pas possibles le deviennent. C’est le cas de l’agrandissement des ports de Querqueville et Tourlaville, qui s’inscrivent désormais dans un plan d’eau à l’échelle de la rade. Le raisonnement est également valable pour nos entrées de ville. On n’est plus dans l’addition. C’est un autre fonctionnement, qui met tout à niveau pour garder des forces et pouvoir, demain, agir, au lieu de subir. »

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ENCADRE

Une bouffée d’air venue d’Australie

En travaux depuis dix ans, Cherbourg voit le bout de sa gigantesque opération de renouvellement urbain. Actuellement en construction, la passerelle – signée Dietmar Feichtinger -, qui enjambera à l’automne le bassin du commerce, sera le symbole de la nouvelle image que veut se donner la ville. Le prochain grand chantier aura trait à la mise en place à horizon 2020 d’un bus à haut niveau de service (BHNS), dont le projet doit être revu à l’échelle de la commune nouvelle.
Et puis Cherbourg-en-Cotentin va s’attaquer rapidement à la rénovation de ses logements anciens pour répondre à la nouvelle ère industrielle qui s’ouvre avec le développement des énergies marines renouvelables (éolien et hydrolien) et le mégacontrat passé par le groupe DCNS avec l’Australie (12 sous-marins pour 34 milliards d’euros), qui devrait attirer des Australiens et des Américains durant vingt ans. Dans cette perspective, la Cité coloniale, un temps vouée à la démolition, pourrait faire l’objet d’une réhabilitation.

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