Architecture Equipement culturel

Une caverne pour le trésor de Lascaux

Mots clés : Manifestations culturelles

Snøhetta a conçu un bâtiment qui restitue l’expérience de la découverte de la grotte.

Le 12 septembre 1940, sur la colline boisée qui domine Montignac (Dordogne), au creux d’une excavation formée par un vieil arbre déraciné, quatre adolescents intrigués par un orifice semblant communiquer avec une cavité profonde, se glissent dans un étroit boyau, dévalent un éboulis et découvrent la grotte de Lascaux. Soit 235 mètres de galeries ornées de 1 400 représentations – taureaux, cerfs, bœufs, vaches, chevaux, etc. , saisis en plein mouvement -, l’ensemble formant, d’un bout à l’autre de l’anfractuosité, une ronde animale colorée d’une vivacité époustouflante, comme un long plan-séquence cinématographique vieux de quelque 18 000 ans.

Ce 15 décembre 2016 s’est ouvert au public le Centre international de l’art pariétal, dit « Lascaux 4 ». Les visiteurs pénètrent dans le nouveau bâtiment muséal, conçu par les architectes de l’agence norvégienne Snøhetta en remplacement de celui construit en 1983 sur la colline, baptisé « Lascaux 2 ». Ce dernier, qui proposait déjà un fac-similé, vingt ans après la ferme-ture de la grotte au public (en raison de graves altérations des peintures pariétales), avait fini par mettre en péril le site tout entier, par les flux de véhicules circulant à travers les bois pour y accéder.

Recréer le miracle. A demi enterré dans la pente en contrebas de la colline, le nouvel édifice vient donc se caler à la limite de l’espace boisé, laissant intact au-dessus de lui l’écrin végétal dans lequel la grotte est enfouie. Côté route, il se présente comme une immense caverne en béton brut d’environ 250 mètres de long et 70 m de large, dont l’unique façade émerge du sol par des lignes brisées. « Le visiteur perçoit d’abord une grande fissure dans le terrain, comme si le sol s’était soulevé sous l’effet d’un séisme, laissant pénétrer la lumière », explique l’architecte Kjetil Thorsen.

Passé l’entrée, il ne restait plus qu’à recréer « le miracle de Lascaux », selon les mots de l’écrivain Georges Bataille, miracle « qui tient d’abord à l’extrême chance de la découverte [où] l’humanité juvénile, la première fois, mesura l’étendue de sa richesse » (1).

C’est ce même processus de découverte et l’émerveillement ressenti par les quatre jeunes gens, il y a près de quatre-vingts ans, que Snøhetta a cherché à retranscrire. A peine franchis les portillons d’accès, le public emprunte un ascenseur qui le conduit en toiture. Végétalisée, parcourue de sentiers, elle se fond dans la colline, faisant disparaître le bâtiment sous les pieds des visiteurs. Avant qu’ils n’y pénètrent à nouveau par une longue rampe dite « chemin de la découverte » qui aboutit environ 5 mètres plus bas à l’entrée du fac-similé. Tout y a été reproduit au millimètre près. Les dessins, mais aussi le relief de la roche au moyen de béton architectonique, renforcé par une ossature métallique pour réaliser les voûtes. La température y est maintenue à 15 °C, tandis que l’éclairage, par des détecteurs de présence, illumine les fresques par intermittence, tout en créant la pénombre. Le XXIe siècle est entré dans la grotte, notamment par les normes pour personnes à mobilité réduite (pente adoucie, élargissement de passages).

Au sortir du fac-similé, une faille en béton brut, couverte d’une verrière, distribue les salles du centre d’interprétation : la première, où sont suspendus dans le vide des fragments de grotte, éclairés par des puits de lumière naturelle, ressemble à s’y méprendre à celle d’un musée d’art contemporain. Puis suivent les espaces pédagogiques avec dispositifs numériques, interactifs, films en 3D, etc. , où le mirage high-tech prend le pas sur le miracle de Lascaux.

Maîtrise d’ouvrage : conseil départemental de la Dordogne.

Maîtrise d’œuvre : Snøhetta, architecte et paysagiste ; Duncan Lewis Scape Architecture, architecte associé (études) ; SRA, architecte d’opération ; Casson Mann, scénographe ; Jangled Nerves, parcours virtuel. BET : VPEAS (économiste), Khephren (structure), Alto (fluides, VRD), RFR (façades, verrières), 8’18 » (lumière), Commins dBlab (acoustique). Principales entreprises : Lagarrigue (gros œuvre), Atelier des fac-similés du Périgord (fac-similé), Coveris (façade, verrières, menuiseries extérieures). Montant des travaux : 50 M€ HT (bâtiment), 7 M€ HT (paysage). Surface : 8 635 m2 Shon.

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(1) « Lascaux ou la naissance de l’art », éditions Skira, 1955.
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