Architecture Technique Equipement culturel

Une cathédrale des arts

Mots clés : Architecte - Établissements de culte, funéraire - Manifestations culturelles

La Cité de la musique et de la danse de Soissons réunit la quintessence de l’univers de l’architecte Henri Gaudin.

Inaugurée en février dernier, la Cité de la musique et de la danse de Soissons (Aisne) répond à la volonté de la communauté d’agglomération d’impulser une dynamique de développement et de requalification dans cette région fragilisée de longue date : « En rayonnant à l’échelle départementale, cet équipement porte la charge symbolique du renouveau territorial. Il dépasse en effet sa simple fonction de conservatoire puisqu’il conjugue les missions de diffusion, de pédagogie et d’échanges pour former une société plus cultivée », souligne son président, Jean-Marie Carré. Lauréat du concours en 2008, l’architecte Henri Gaudin a conçu « l’esprit » du projet avant d’appeler son fils, confrère – et ancien collaborateur -, Bruno Gaudin, pour la mise au point et le suivi du chantier. « Plus complémentaire que clone, mon rôle a été d’approfondir la pensée d’Henri sans la dénaturer, explique Bruno Gaudin. Un travail d’interprétation et de traduction qui a suscité de nombreuses questions… Et, comme nous avons chacun nos propres hésitations et questionnements, leur résolution a soulevé bien des débats… »

L’édifice, à la charnière du centre historique, est implanté au fond de l’esplanade de l’ancienne caserne Gouraud, entre deux rangées de bâtiments. Son orientation, l’ordonnancement du plan et la modénature de la façade principale à l’ouest sont conditionnés par les vestiges gothiques proches de l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes : un tympan surmonté d’un œil de cyclope (la rosace) entre deux flèches découpant le ciel. « Ce n’est pas l’objet qui fait le sens et la syntaxe de l’architecture mais les affinités électives qu’il entretient avec les autres, rappelle Henri Gaudin. Cette présence m’a donné un élan considérable. Si je devais appartenir à une couche géologique, ce serait celle du médiéval avec ses mouvements, ses plis, ses points de tangence, ses touchers de ciel… Comme c’est mon dernier projet, j’ai essayé d’y mettre ce qui me semble primordial : l’évidence des mathématiques dans le tracé, l’importance des intersections, l’une et l’autre ne retirant rien à la part sensible. » Successions de plans, formes prismatiques, diversité de matériaux… L’architecte aime tant les limites qu’il les cultive avec cette « connaissance intime » de la géométrie qui caractérise son travail. Rien d’étonnant, dès lors, si cet équipement fait penser à la Cité de la musique de Strasbourg (2005).

Sculpteur d’espaces.

A l’intérieur, l’espace est façonné par la conjugaison des lignes. Là encore, le vocabulaire religieux est perceptible : une haute nef traverse le bâtiment en direction de l’édifice gothique. Eclairée par une verrière zénithale surplombant les bassins de l’esplanade, elle déploie des portions d’arcs qui magnifient les volumes. Traitée comme une rue intérieure, elle dessert en rez-de-chaussée les espaces ouverts au public : auditorium (530 places), salles d’art dramatique (120 places), d’orchestre, d’orgue… Un escalier à double volée et deux passerelles transversales au 3e étage distribuent habilement les fonctions. Et partout cette manière de sculpter l’espace « qui est à l’architecture ce que le silence est à la musique ». Un acte jamais gratuit qui, au-delà de son expressionnisme, apporte lumière et qualité acoustique. C’est avec cette « cathédrale des arts » qu’Henri Gaudin clôt sa vie d’architecte. Reste le dessinateur, « l’écrivain qui bâtit avec le béton, la pierre ou les mots », selon l’expression de l’essayiste Paul Virilio.

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : communauté d’agglomération du Soissonnais. Maîtrise d’œuvre : Henri Gaudin, Bruno Gaudin, Olivier Peyrard, architectes. BET : Sibeo (TCE), RPO (économiste), Peutz & Associés (acoustique), Lemoine (coordination SPS), Prévention Incendie (SSI), Scène (scénographie), IRB (signalétique). Contrôle technique : Bureau Veritas. Principales entreprises : Rabot-Dutilleul (gros œuvre, clos couvert), PIM (cloisons, doublages, plafonds), JMS (planchers de danse), AMG-Féchoz (équipements scénographiques). Surface : 4 118 m² SU. Coût d’opération : 19 millions d’euros HT.

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