Technique et chantier Métal peint

Une boîte à musique polyédrique

Mots clés : Acier - Architecte - Chapiteaux, tentes, structures - Manifestations culturelles - Second oeuvre

Aux portes de Bordeaux, les architectes Bernard Tschumi et Véronique Descharrières ont conçu un nouveau pôle culturel dédié aux musiques du monde, le « Rocher de Palmer », vaste chapiteau de métal…

Sur les hauteurs de Bordeaux (Gironde), dans la commune de Cenon, un énorme bloc métallique opaque, à la géométrie irrégulière, semble avoir atterri là presque par hasard, entre une voie rapide et un vaste parc de style romantique. Comme un éboulis rocheux qui, en se détachant, aurait naturellement fini sa course ici. Le « Rocher de Palmer » – c’est son nom – est le nouvel équipement culturel de l’agglomération entièrement dédié à la musique, que vient de livrer l’agence d’architecture de Bernard Tschumi.

Cet édifice singulier, à première vue non identifiable, entend « frapper l’imaginaire des habitants et donner une identité forte à ce site éloigné du centre historique de Bordeaux », précise Bernard Tschumi. Et pour mieux affirmer l’appartenance du bâtiment à la région bordelaise, l’architecte et son associée, Véronique Descharrières, ont comparé quatre flacons de vin de Bordeaux : quatre nuances de rouge se sont ainsi dégagées, venant légitimer le parti d’une décomposition colorée du volume. Ceci afin de souligner ses arêtes et de percevoir ses différentes facettes, surtout lorsque le soleil à son zénith écrase le relief. Relief que les architectes, sous l’apparence d’une coque de forme organique et aléatoire, ont en réalité très précisément réglé pour contenir, sous une enveloppe unique, trois entités de spectacle distinctes, par leurs dimensions et leur configuration : une salle avec gradins (1 200 places), une deuxième pouvant contenir 650 spectateurs debouts et une troisième (300 spectateurs) avec studio d’enregistrement intégré.
Ces variations de programme ont guidé le tracé du volume, chaque panneau de métal triangulaire reliant les trois salles en de longues obliques. Une solution qui, en digérant les différences de hauteurs, évite, comme on le voit souvent au sommet des lieux de spectacle, l’émergence de pans de béton aveugles.

Panneaux sandwiches

Comme sous la tente d’un chapiteau de cirque, la sous-face de l’enveloppe fait partie de l’espace intérieur. Ainsi, sur tous les plafonds, les panneaux de métal nervurés, fixés à une charpente tridimensionnelle en acier, accompagnent le public, depuis le hall d’entrée jusqu’aux salles et au foyer. Ces panneaux sont tantôt pleins, tantôt perforés pour laisser filtrer la lumière au travers de plaques de polycarbonate translucides qui forment des ombrières.
Pour distribuer les salles, une longue circulation en vitrage fumé s’enroule au rez-de-chaussée autour du bâtiment, selon une promenade intérieure avec vue sur le parc.
Dans la salle de concerts avec gradins, le déploiement des plaques de métal assemblées pour former le plafond est spectaculaire : pouvant atteindre jusqu’à sept mètres de long, les panneaux sandwiches, composés de couches superposées de plaques de métal et d’isolant, flottent au-dessus des spectateurs comme une immense aile d’oiseau. Ces panneaux sont accrochés par des tiges d’acier assujetties à la charpente, découplées de la structure par des disques acryliques antivibratoires.
L’acoustique justifie pleinement la complexité formelle du polyèdre métallique : la morphologie chahutée du volume intérieur permet en effet de panacher le son réverbéré depuis le plafond, dans toutes les directions de l’espace, sans risque d’écho. Un dispositif qui assure une bonne homogénéité d’écoute entre le spectateur du premier rang et celui assis au fond de la salle.

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Cenon. Maîtrise d’œuvre : Bernard Tschumi avec Véronique Descharrières, architecte associée BTuA. Technip TPS, BET. Scene, scénographie. Cial, acoustique. Michel Desvigne, paysagiste. Principales entreprises : GT Construction (gros œuvre), Renaudat (charpente métallique), Soprema (enveloppe métallique), Garrigue (façades vitrées, serrurerie). Surface : 7 500 m 2 HON. Coût des travaux : 15,80 millions d’euros HT.

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