Métier Accessibilité

Une architecte à l’épreuve du handicap

Mots clés : Accessibilité - Architecte - Handicap

Durant vingt et un jours, Cécile Brégeard s’est déplacée en fauteuil roulant pour identifier tous les freins à l’accessibilité.

Comme tous les matins depuis bientôt trois semaines, Cécile Brégeard s’installe dans son fauteuil roulant et entame son parcours du combattant. Bureaux, services publics, voirie, magasins… Cette architecte d’une trentaine d’années a décidé de tester méthodiquement l’accessibilité de la ville de Tours où elle a créé son agence en 2014, BL Atelier, avec un architecte d’intérieur. Pourtant, la jeune femme est parfaitement valide et arpente habituellement les rues à pied. Mais, en cette rentrée 2016, elle s’est glissée dans le quotidien d’un handicapé moteur. « Tant qu’on ne l’a pas vécu, on n’imagine pas ce que ressent une personne incapable de franchir le seuil d’une boutique, en perdition sur un bateau en pente, ou sans force pour monter une rampe trop abrupte », raconte Cécile Brégeard, mobilisée depuis 2010 pour une meilleure prise en compte de l’accessibilité.

Parmi les gros points noirs, l’architecte a relevé l’accès aux commerces, les obstacles sur l’espace public, comme un panneau de chantier posé au milieu d’un trottoir ou une voiture mal garée, mais aussi la dure réalité de logements inadaptés et inadaptables, à commencer par le sien…« J’ai le sentiment qu’on essaie de bien faire, mais qu’on s’y prend mal et qu’on est souvent dans la remédiation, alors que les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre ont les moyens de se faire accompagner bien en amont des projets », constate Cécile Brégeard au terme de ses vingt et un jours en fauteuil roulant. Et d’ajouter : « C’est le cas pour les salles de bain. On prévoit des baignoires, sans penser au siphon de sol, si bien que le jour où il faut installer une douche, cela devient si compliqué que les gens doivent parfois déménager ! »

Précurseur d’un nouvel habitat.

Avec cette expérience, Cécile Brégeard, militante active de l’Association des paralysés de France, espère faire avancer la cause de l’accessibilité, y compris au sein de sa profession : « Les promoteurs estiment que ces normes leur font perdre des mètres carrés et coûtent cher. Or nous pourrions, nous architectes, réfléchir à des logements prototypes et devenir précurseurs d’un nouvel habitat à la fois plus pratique et plus économique. A titre personnel, je suis par exemple prête à travailler avec des bailleurs pour réfléchir au coût des surfaces. »

En deux ans, l’accessibilité est devenue la marque de fabrique de son agence, un choix qui lui vaut aujourd’hui de monter en puissance, avec des projets comme la mise en accessibilité de l’hôpital de Saumur (Maine-et-Loire). « Il faut commencer à réfléchir autrement, non pas seulement en termes de normes, mais aussi en termes de confort pour l’usager », martèle l’architecte. Pour mobiliser davantage ses confrères ainsi que les collectivités et le monde du BTP, elle s’apprête à créer une association. Objectif : prolonger le travail de l’agence par des collaborations avec l’université et les écoles d’architecture, proposer des animations, des conférences, etc. Lancement prévu début 2017.

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ENCADRE

Chiffre d’affaires de BL Atelier : 82 000 euros. 90 % de marchés privés. 70 % dans l’accessibilité.

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