Territoires Sud-Ouest

Une activité BTP contrastée mais sans reprise nette

Mots clés : Entreprise du BTP

Les quatre régions du Sud-Ouest, peu industrialisées, subissent directement les à-coups de la commande privée et l’érosion des investissements publics. Les travaux publics y sont plus dépendants des budgets locaux qu’ailleurs. Mais l’attractivité démographique est aussi plus forte. Les résultats sont à l’image de ce paradoxe : des investissements publics en baisse, une activité de logement soutenue pour une vaste région qui concentre 20 % du parc français (en incluant le Languedoc-Roussillon). Le contraste est aussi territorial : l’activité bâtiment est soutenue dans les métropoles et le littoral. Mais accuse un très net recul dans les régions à dominante rurale : – 22 % en Poitou-Charentes, – 28,6 % en Limousin, contre – 10,2 % en Midi-Pyrénées (ce qui correspond à la moyenne nationale) et – 3,4 % en Aquitaine, selon les cellules économiques. Les pertes d’emplois cumulées depuis 2008 placent Midi-Pyrénées (- 8 600 emplois), Aquitaine (- 7 224 emplois) et Poitou-Charentes (- 6 930 emplois) dans un mouchoir de poche. La baisse des effectifs en Limousin (- 3 010 emplois) est proportionnellement la plus élevée.

Un net recul en Corrèze.

Pour Pierre Massy, président de la fédération régionale des travaux publics (FRTP) du Limousin : « Le chiffre d’affaires s’est de nouveau contracté en 2014. L’activité en termes d’appels d’offres a été particulièrement faible, avec pour conséquence un accroissement exceptionnel des demandes d’activité partielle en 2015 : 765 emplois sur 2 670 salariés des travaux publics. Au-delà des cycles électoraux, les collectivités locales en zone rurale sont inquiètes quant à leurs moyens financiers et investissent peu. Et l’investissement privé reste atone. » La Corrèze est la plus touchée, y compris dans le bâtiment. Pierre Talamona, président de la fédération départementale du bâtiment de Corrèze s’explique : « Les réponses anormalement basses aux appels d’offres représentent un problème majeur, allant jusqu’à moins 30 % par rapport aux estimations… Nos entreprises, souvent familiales, font tout pour éviter de se séparer de leurs compagnons. Mais la baisse des effectifs dans le secteur du bâtiment – 1 200 emplois perdus depuis 2007 (pour 4 146 salariés actuellement) – traduit éloquemment nos difficultés. » Résultat : la relève n’est plus assurée. « La baisse des effectifs au CFA bâtiment de Tulle – 256 apprentis en formation en 2015, contre 351 apprentis en 2010 – entraîne le risque de ne pas pouvoir assurer la relève si la reprise se manifeste enfin », poursuit Pierre Talamona. Si le logement se porte assez bien en Aquitaine et Poitou-Charentes, l’activité se maintient surtout dans les métropoles et les pôles touristiques. L’inquiétude est la même dans les travaux publics. Comme le martèle Christian Surget, président de la FRTP Aquitaine : « L’arbre LGV ne doit pas cacher la forêt des petits travaux, entretien de voirie, assainissement, qui font l’essentiel de notre activité, largement touchée par la frilosité de certaines collectivités. Alors que ces dernières ont la possibilité d’investir, elles préfèrent ne pas s’engager pour ne pas s’endetter. Il faut savoir ce que l’on veut, de l’emploi local, de la formation des jeunes dans nos entreprises, ou bien une France à deux vitesses : les métropoles qui conservent des moyens, et le reste du territoire, où l’activité s’effondre. »

Aucune visibilité après la LGV.

Les indicateurs sont similaires dans les travaux publics poitevins : 500 emplois perdus en un an, un chiffre d’affaires en baisse de 35 % entre 2007 et 2013, et seulement 400 jeunes en formation en 2015. Pour Liliane Baijard, secrétaire générale de la FRTP Poitou-Charentes, « avec la fin du chantier de la LGV, les entreprises de toutes tailles et toutes spécialités n’ont aucune visibilité pour le premier trimestre 2016. Le volume d’appels d’offres lancé en 2015 ne sera même pas suffisant pour terminer l’année ».

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En Midi-Pyrénées, les clignotants ne sont pas au vert dans le bâtiment

La région compte environ 16 000 demandeurs d’emploi dans le secteur du BTP, contre moins de 4 000 en 2008. Par exemple, depuis la crise, le bâtiment a perdu 8 600 des 47 100 emplois, soit une baisse de 5 % dans le gros œuvre. Les perspectives sont à la baisse : – 12 % de logements autorisés entre 2014 et 2015, contre – 4,3 % au niveau national. « Nous avons connu des années fastes avec le boom des opérations de défiscalisation. Le retournement de 2009 a été d’autant plus brutal », raconte Bruno Dumas, le président de la fédération régionale du bâtiment de Midi-Pyrénées. Et le maintien de l’activité sur l’agglomération toulousaine n’est pas suffisant pour porter la filière : « En dehors de Toulouse, cela fait des années qu’il ne se passe rien. C’est le drame de notre région, qui n’a qu’une seule métropole. Dans d’autres régions, il y a une bien meilleure répartition de l’activité », conclut le président.

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