Architecture Technique Façade

Un voile de céramique habille un parking urbain

Mots clés : Acier - Produits et matériaux - Stationnement

A Montpellier, des briques insérées dans une maille Inox forment une enveloppe ventilée.

Le parking Saint-Roch, qui desservira la gare centrale et le quartier du Nouveau Saint-Roch à Montpellier, est un monument de neuf étages. D’une capacité de 850 places, il déploie une façade de 29 m de hauteur et 170 m de longueur. Pour intégrer ce monolithe dans le paysage du cœur de ville, l’architecte Carmen Santana, lauréate du concours de maîtrise d’œuvre lancé par la Serm (Société d’équipement de la région montpelliéraine), l’a habillé d’un voile de céramique presque diaphane.

Faite de briques enchâssées dans une maille Inox, cette façade ajourée laisse entrer la lumière mais forme, côté extérieur, un écran semi-opaque qui estompe la lecture des niveaux et redessine l’échelle du bâtiment grâce à de grands aplats colorés de densités différentes.

Trois couleurs, deux niveaux de densité.

La façade céramique, déployée sur 7 400 m², a fait l’objet d’un calepinage minutieux. « Trois membres de l’agence y ont travaillé pendant deux mois », précise Carmen Santana. L’élément de base de la composition est un module de 1,20 m de hauteur défini par le jeu de trois paramètres : la largeur (60 ou 80 cm, soit trois ou quatre briques), la couleur des briques (blanc, saumon ou rouge) et la densité (50 % d’ouverture sur les modules blancs, 64 % sur les modules colorés). « Il s’agissait d’obtenir de grands aplats colorés de plusieurs hauteurs d’étage pour éviter une pixellisation de la façade et pour donner au bâtiment une échelle urbaine », souligne l’architecte. « La façade, dans son ensemble, devait être ouverte à 50 % pour assurer une ventilation naturelle et éviter le recours à un système de désenfumage. »
« Pour donner à cet ouvrage un caractère urbain, il fallait quelque chose de sensible, qui amène de la légèreté, explique Carmen Santana. La céramique est un matériau local, pérenne et peu coûteux. Elle renvoie au langage vernaculaire du sud de la France, avec des couleurs qui évoquent les toits en tuile de Montpellier ou les vignes à l’automne. » Cette résille est constituée de lés de 1,20 m de largeur, suspendus en partie haute et déroulés sur toute la hauteur de la façade. Jamais mis en œuvre sur un bâtiment de cette importance, le procédé Flexbrick, d’origine espagnole, a dû faire l’objet d’une Atex (appréciation technique d’expérimentation).
Légère et simple à mettre en œuvre, la façade a l’avantage d’être facilement démontable. Car l’architecte a cherché à concevoir un bâtiment reconvertible. Dans cette perspective, les planchers ont été renforcés et les hauteurs sous plafond relevées à 2,60 m (au lieu de 2,20 m). La structure — des dalles de grande portée soutenues par des poteaux périphériques — contribue à rendre l’édifice évolutif. « Il s’agit d’un bâtiment plug and play qui intègre le facteur temps, explique Carmen Santana. Nous ne savons pas quelle sera demain la place de la voiture. Le bâtiment doit pouvoir accueillir d’autres usages : bureaux, hébergements, espaces de coworking, plate-forme logistique… Il suffira de glisser des modules préfabriqués entre les poteaux. »
Intervenant sur un site stratégique, l’architecte s’est par ailleurs attachée à dépasser le programme fonctionnel pour proposer un « bâtiment relationnel ». Le niveau supérieur, rendu accessible, pourra accueillir des événements ponctuels. Le bâtiment a également été flanqué d’une « rue suspendue », ouverte en balcon sur la ville, connectée au parvis de la gare, et appelée à recevoir l’ensemble des circulations piétonnes.

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ENCADRE

Maître d’ouvrage : Serm. Concédant : Ville de Montpellier. Maîtrise d’œuvre : Carmen Santana, Archikubik (Barcelone), architecte ;Factors de Paisatge, paysagiste. BET : PER Ingénierie,RFR (façade). Acousticien : Atelier Rouch. Entreprise : Fondeville (gros œuvre, façade). Surface : 23 680 m². Coût des travaux : 17 millions d’€ HT. Mise en service : juin 2015.

ENCADRE

Accrochage - De briques et d’Inox

Les briques de 20 x 10 cm sont insérées dans une maille Inox constituée de câbles torsadés de 2 mm de diamètre. Cette maille, mise en œuvre sous forme de lés de 1,20 m, est suspendue en partie haute à des équerres qui reprennent la totalité de la charge verticale (25 kg/m²). Les efforts au vent sont repris par les câbles horizontaux qui les répercutent sur des plats métalliques verticaux de 50 x 6 mm, fixés sur les nez de dalle à intervalles de 0,60 m. « Le CSTB a demandé des essais au vent sur un prototype grandeur nature de 3 x 3 m, explique Grégory Barrau, directeur de travaux de l’entreprise Fondeville. Ces essais ont permis de dimensionner les plats en flexion et de ne pas justifier par le calcul leur résistance au déversement : leur contreventement est assuré par la maille Inox, accrochée tous les 20 cm. » Chaque brique est aussi renforcée par un plat métallique sur la tranche supérieure qui garantit sa tenue en cas de rupture sous choc.

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