Architecture Technique Construction bois

Un théâtre tiré du songe d’une nuit d’été

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Bois - Manifestations culturelles - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

Avec le Globe du château d’Hardelot, Andrew Todd signe un petit chef-d’œuvre architectural.

Oh my God ! Devant la cage de bambous qui s’élève jusqu’à 28 m de hauteur, l’idée de la perfection se fait soudain plus nette. Tout semble relever de l’évidence : l’inscription dans le paysage (pour la petite histoire, ce serait le chien de race japonaise de l’architecte Andrew Todd qui l’aurait attiré à cet endroit !) comme la matérialisation et la fonctionnalité d’un bâtiment à la fois hors du temps et dans son temps. D’ailleurs, c’est bien simple, le théâtre élisabéthain du château d’Hardelot (situé à Condette, dans le Pas-de-Calais) est premier en tout ! Premier théâtre de forme néoshakespearienne en France ; premier du genre en Europe à disposer d’une fosse d’orchestre permettant de donner des opéras ; premier bâtiment au monde construit avec des panneaux CLT (cross-laminated timber, bois lamellé-croisé) courbes bruts sans finitions ; premier équipement culturel majeur français à ventilation naturelle.

Un mur scénique mobile.

Pour ceux qui ne seraient pas des spécialistes de Macbeth, rappelons que le théâtre élisabéthain est un concept datant du règne d’Elisabeth Ire (1558-1603), même si un prototype démontable avait déjà été érigé sous Henri VIII, en 1520, pour le Camp du Drap d’Or, dans ce qui n’était pas encore le Pas-de-Calais. Les affinités franco-britanniques de la région ne se limitent pas à cette rencontre diplomatique : la bataille d’Azincourt (1415) a eu lieu à 42 km et, en 2014, on a même retrouvé dans les archives de la bibliothèque de Saint-Omer un exemplaire du « First Folio » de Shakespeare (première édition de ses œuvres théâtrales). Sur le modèle des cours d’auberge où les comédiens posaient leurs tréteaux, le genre élisabéthain est de forme circulaire et à ciel ouvert. Pas ou peu de décor, juste un mur scénique mobile, l’imaginaire se charge du reste. Au château d’Hardelot, il ne s’agit pas de jouer uniquement l’après-midi ni sous la pluie ! Un toit vient couvrir la salle cylindrique de 388 places, dont la plus éloignée se situe à 10 m seulement de l’avant-scène. Autant dire que la visibilité et la sonorité riment ici avec l’intimité.

Dans ce théâtre premier en tout, c’est le minimalisme qui commande. « Pas de bar, pas de boutique, on revient à l’essentiel », explique Andrew Todd, qui voit là l’aboutissement de la recherche qu’il a menée sur l’espace théâtral depuis une vingtaine d’années. Son travail dans le Pas-de-Calais repose sur trois piliers. Le bois, en premier lieu, épicéa en majorité, sans traitement. « Les dorures figent, matériellement et socialement. Je prône ici un nouveau brutalisme du bois, clame Andrew Todd. Ce qui n’empêche pas de réaliser des constructions très complexes. On a monté la structure en sept semaines. » Au bois vient se mêler la lumière naturelle, contrôlée par un système de stores motorisés. Le troisième volet du tryptique tient au rapport à l’environnement. Dans l’esprit de Shakespeare, le théâtre est un espace de démocratie, il s’inscrit donc ici dans une continuité entre extérieur et intérieur. Cela nous ramène aux détails de la construction : « Pas de plinthes, pas d’encadrements de porte », souligne Andrew Todd. Le geste juste.

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L’œil de la rédaction.

Equipement d’un rayonnement exceptionnel, ce théâtre mérite le déplacement par sa seule présence, à l’instar du Centre culturel Tjibaou en Nouvelle-Calédonie.

Maîtrise d’ouvrage : conseil départemental du Pas-de-Calais. Maîtrise d’œuvre : Studio Andrew Todd, architecte mandataire. BET : LM Ingénieur, Laurent Mouly (TCE) ; Charcoalblue (scénographie et acoustique), bmf – Bureau Michel Forgue (économie du bâtiment). Entreprises : Cruard (charpente), Ramery (gros œuvre), Engie (chauffage, ventilation). Surface : 1 233 m². Coût des travaux : 4,3 M€ HT.

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