Architecture Rénovation

Un quadrilatère pour trois

Mots clés : Bibliothèques, centres de documentation et de consultation d'archives - Manifestations culturelles

En travaux depuis 2010, le site Richelieu de la Bibliothèque nationale, à Paris, abrite désormais trois institutions.

Le site du quadrilatère Richelieu de la Bibliothèque nationale de France, à Paris (IIe arr. ), fait l’objet d’un projet global de rénovation conduit depuis 2010 et dont la première phase vient d’être livrée. Les architectes Bruno Gaudin et Virginie Brégal, à qui cette mission a été confiée dans le cadre d’un marché négocié, se sont livrés à un travail de réinterprétation, à la fois dans le respect de leurs prédécesseurs et en rupture avec les transformations successives effectuées au cours des trois siècles d’existence de cette institution.

La construction progressive et les transformations continuelles, souvent partielles, du bâtiment par ajouts, démolitions, remodelages avaient complexifié l’organisation interne et le fonctionnement de la bibliothèque. « Le site apparaît homogène depuis l’extérieur, alors qu’il est très composite, souligne Bruno Gaudin. Il s’agissait de créer des vides, des parcours, un hall d’accès. Chaque pièce est un projet à part, inséré dans le projet d’ensemble. Par ailleurs, pour les trois institutions qui se partagent désormais le lieu – la Bibliothèque nationale de France, l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) et l’Ecole nationale des Chartes -, il fallait trouver les conditions spatiales et techniques de leur cohabitation pour qu’elles puissent se croiser et échanger. »

Mise en valeur patrimoniale. Les contraintes de sécurité, d’accessibilité et de fonctionnalité telles qu’exigées de nos jours représentaient sans doute le défi majeur de ce projet. « Il a fallu inventer hors normes et faire de ces contraintes un outil du projet », précise l’architecte. Les nouvelles circulations, horizontales – nord-sud et est-ouest – et verticales avec certains escaliers transformés en puits de lumière, clarifient les déplacements des usagers et organisent l’innervation technique.

« Il a fallu inventer hors normes et faire des contraintes techniques un outil du projet d’architecture. »

Une galerie transparente, placée sur le toit de l’aile Labrouste, au-dessus de la cour d’honneur, crée une liaison entre les deux rives du site, rue V ivienne et rue de Richelieu, jusque-là séparées par un grand mur mitoyen longitudinal. Intégrée au parcours public, elle offre aussi un point d’appréhension du site. Les interventions les plus spectaculaires se trouvent certainement au niveau des salles de lecture et des magasins, dont certains ont été ouverts aux lecteurs, une nouveauté.

La salle Labrouste, œuvre d’Henri Labrouste, l’architecte chargé au milieu du XIXe siècle du chantier de reconstruction et d’extension de la Biblio thèque impériale (qui sera rebaptisée nationale sous la IIIe Répu blique), a retrouvé sa splendeur. Baignée de lumière zénithale grâce aux oculi, cette immense nef sur plan carré, prolongée au sud par un hémicycle, a été restaurée par l’architecte Jean-François Lagneau.

Le magasin attenant de quatre niveaux, construit à la même époque par Labrouste et étendu de deux niveaux en sous-œuvre et de cinq en surélévation dans les années 1930 et 1950 par l’architecte Michel Roux-Spitz, concentre l’ensemble des enjeux de rénovation architecturale rencontrés par l’Atelier Bruno Gaudin sur le site. Ces espaces consacrés au classement rationnel des ouvrages s’organisent en mezzanines superposées reliées entre elles par des passerelles, des escaliers, des ascenseurs. Pour les quatre niveaux d’origine, tous les éléments ajoutés au fil du temps ont été retirés – rayonnages, plaques sur les caillebotis, etc. – et la structure métallique qui traverse cet espace pour supporter les niveaux supplémentaires est désormais à nu et soulignée par une peinture noire. Comme ceux en fonte qu’ils remplacent, les caillebotis en aluminium laissent passer la lumière et les fumées en cas d’incendie. Les garde-corps ont été rehaussés par une simple barre en inox. L’éclairage par leds venant du plafond assure un confort de lecture. Enfin, ventilation et chemins de câbles ont été intégrés.

Le choix de mise en valeur patrimoniale parvient à s’accorder avec la création d’espaces et de salles contemporaines dans d’autres parties du bâtiment, offrant une suite à l’histoire de la bibliothèque, qui s’ouvre à de nouveaux publics et aux modes de travail actuels. Une deuxième phase de travaux a été enclenchée et devrait s’achever en 2020.

Maîtrise d’ouvrage : ministères de la Culture et de l’Education nationale, Oppic (MOA déléguée). Maîtrise d’œuvre : Bruno Gaudin et Virginie Brégal (architectes), Raphaële Le Petit (chef de projet), Casso & Associés (coordination SSI, préventionniste), L’Observatoire 1 (lumière), J. F. Lagneau (ACMH), Cizel (économiste), Planitec (OPC), Egis Bâtiments (BET). Principales entreprises : Pradeau Morin (démolition, gros œuvre, charpente, couverture, restauration des façades), SNCP (couverture, plomberie), DGC (curage, démolition). Pour les salles Labrouste et Manuscrits : Mériguet-Carrère (décors), Pierrenoël (maçonnerie, plâtrerie), Balas (couverture), Aubert+Labansat (menuiserie). Surface : 35 000 m2 Shon pour la phase 1 (sur 68 000 m2 ). Montant des travaux : 70,8 M€ HT (hors locaux classés) + 5,5 M€ HT pour la restauration des salles Labrouste et Manuscrits.

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