[TO] Règles techniques Ouvrage d’art

Un pont sauvé des eaux

Mots clés : Ouvrage d'art

Dans la nuit du 16 au 17 décembre 2011, la pile P1 du pont de Bainville-aux-Miroirs (ouvrage en béton armé de 67,60 m de longueur totale), situé à proximité de Nancy (Meurthe-et-Moselle), s’enfonce de 80 cm sous l’assaut des fortes crues dues à la tempête Joachim. L’affaissement provoque l’effondrement du tablier, la partie centrale et la travée rive gauche basculant dans le lit de la Moselle. « Le pont, constitué de trois travées isostatiques indépendantes, était très peu abîmé, explique Guillaume Perraudin, responsable de l’agence Freyssinet région Est, d’où l’idée de relever les deux parties affaissées, puis de venir reconstruire un appui en dessous. »

Deux pieux pour relever et recréer un appui

« Plutôt que de dissocier les deux interventions, comme le prévoyait la solution de base, nous avons imaginé un dispositif unique permettant d’optimiser le projet en termes de coût et de délais », commente Guillaume Perraudin. Deux pieux métalliques de 17 m de longueur (diamètre 912 mm) ont tout d’abord été ancrés à 11 m de profondeur par vibro-fonçage de part et d’autre de la pile endommagée, puis ferraillés et remplis de béton. Pour ce faire, une piste d’accès provisoire à dû être aménagée dans le lit de la rivière. Pour ne pas risquer d’introduire de nouvelles espèces de faunes et de flores dans cette zone située dans une Réserve régionale et classée Natura 2000, la piste a été réalisée à partir de matériaux sélectionnés provenant de carrières situées à moins de 10 km.
Les deux pieux ont ensuite été utilisés pour supporter la structure de relevage, en l’occurrence un portique métallique de 21 tonnes, venant enjamber le tablier à 3 m de hauteur. La traverse centrale était équipée de barres de précontrainte, traversant le hourdis et venant ceinturer chacune des poutres en béton. Les barres étant reliées à douze vérins de 60 tonnes de capacité, pilotés par LAO (1), l’ensemble disposait d’une capacité de levage de 330 tonnes. « La charge théorique à reprendre était de 110 tonnes pour chaque travée en considérant que chacune d’elles était encore en appui à l’une de ses extrémités, justifie Guillaume Perraudin, et un coefficient de sécurité de 1,5 a été appliqué, afin de tenir compte des efforts de frottement parasites. »
Autre avantage du système : il permettait le « vérinage » latéral de l’ouvrage, autrement dit la possibilité de réaligner les deux travées qui s’étaient décalées d’une trentaine de centimètres vers l’aval. Les deux éléments ont alors été relevés de 2,17 m par passes de 100 mm, en deux jours. Le pont ainsi mis en sécurité, l’ancienne pile a alors pu être détruite, sans danger, à la pelle mécanique. L’appui a été recréé par un chevêtre mixte, constitué de deux HEB 900 enrobés de béton, en appui sur les pieux métalliques – ceux-ci ayant été préalablement recépés sur un demi-diamètre côté intérieur. Ne restait plus qu’à reposer l’ouvrage sur ses appareils d’appui, démonter le portique et recéper les pieux à la cote.

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ENCADRE

Fiche technique

Maître d’ouvrage : commune de Bainville-aux-Miroirs. Maître d’œuvre : conseil général 54 et Cete de l’Est. Entreprise : Freyssinet.

(1) Le système de levage assisté par ordinateur permet de coordonner automatiquement la totalité des vérins.

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