Architecture Exposition

Un passeur entre Orient et Occident

Mots clés : Architecte - Manifestations culturelles

La Maison de la culture du Japon (Paris) expose le parcours de Junzô Sakakura, disciple de Le Corbusier et interprète du mouvement moderne dans son pays natal.

C’est « un jeune homme ému et fort respectueux », note Le Corbusier sur la lettre que lui a envoyée en 1931 Junzô Sakakura (1901-1969). Diplômé d’histoire de l’art à l’université impériale de Tôkyô, le Japonais n’a pas fait d’études d’architecture. Mais « amoureux de l’œuvre de Le Corbusier », comme le raconte Yoshiyuki Yamana, commissaire de l’exposition qui lui est consacrée à la Maison de la culture du Japon (Paris XVe ), il débarque dans la capitale en 1929 avec le rêve d’intégrer le mythique atelier de la rue de Sèvres, l’antre de Le Corbusier.

Il y parviendra deux ans plus tard, après avoir suivi des cours à l’École spéciale des travaux publics (ESTP), sur les conseils avisés du maître de la Chaux-de-Fonds. Sakakura travaillera cinq ans aux côtés de Corbu, notamment pour le Palais des Soviets, l’immeuble de la rue Nungesser-et-Coli ou la Cité de Refuge. En 1937, Sakakura devient le premier architecte japonais à accéder à une reconnaissance internationale en décrochant le Grand prix d’architecture de l’Exposition internationale de Paris pour son Pavillon du Japon. Ce bâtiment aux plans rationnels découle en droite ligne de son expérience, acquise rue de Sèvres, de la construction à sec d’édifices à charpente métallique, composés d’éléments fabriqués en usine. Comme pour imprimer sa marque au disciple, Le Corbusier y greffera au dernier moment un auvent au-dessus de l’entrée. ..

Musée à croissance illimitée. En 1939, Junzô Sakakura rentre dans l’archipel où il ouvre son agence. Pendant la guerre, à la demande de l’armée, il conçoit une architecture en bois, démontable et préfabriquée, nourrie par les recherches de Le Corbusier, Jean Prouvé et Charlotte Perriand. Il invite cette dernière au Japon et organise avec elle l’exposition « Sélection, tradition, création », à Tokyo et Osaka en 1941, étape fondatrice de l’influence de l’artisanat nippon sur la célèbre designer. La guerre terminée, l’élève et le maître auront encore l’opportunité de travailler ensemble sur des projets inspirés par le concept corbuséen de « musée à croissance illimitée ». En 1951, Sakakura construit le Musée d’art moderne de Kamakura. Il intègre alors, au style international, des éléments de l’architecture japonaise. Son plan se développe à l’horizontale, comme dans l’habitat traditionnel, et ses pilotis qui plongent dans un étang évoquent un pavillon de thé. Avec, en son centre, la cour carrée, cœur de l’espace à croissance illimitée. De son côté, Le Corbusier est chargé du Musée national des beaux-arts de l’Occident dans le quartier d’Ueno, à Tokyo, qui sera sa seule réalisation au Japon. Ce dernier confie à Junzô Sakakura et à ses deux autres disciples japonais Kunio Maekawa et Takamasa Yoshizaka, le dessin des plans définitifs et le suivi des travaux qui s’achèvent en 1959. Dans les années 1950 et 1960, Sakakura jouera un rôle prépondérant dans la reconstruction de son pays et contribuera à former la génération suivante d’architectes. Il participera à la conception des quartiers de Shibuya et Shinjuku à Tokyo, et de Namba à Osaka, avec des immeubles de bureaux, des gares et des mairies dont celle, volontiers brutaliste, du quartier d’Hiraoka à Osaka. Une œuvre où rationalité et dimension humaine resteront toujours indissociablement mêlées.

« Junzô S akakura : une architecture pour l’homme », jusqu’au 8 juillet 2017 à la Maison de la culture du Japon, 101 bis, quai Branly, Paris XVe.

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