Architecture Technique Mémorial

Un monolithe campé entre les vestiges

Mots clés : Béton

Un monumental coffre en béton témoigne du sort des internés de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales).

Au camp de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, le Mémorial, conçu en 2005 et livré en 2015 par les agences d’architecture Rudy Ricciotti et Passelac & Roques, est à la fois monumental et discret. Monumental par ses dimensions – 250 m x 20 m – et discret par son enfouissement partiel dans le sol. Le monolithe de béton émerge d’une terre ocre dont il reproduit la teinte en suivant une pente à 0,4 %, telle « une mémoire qui peine à rejaillir », a souligné Manuel Valls lors du discours inaugural prononcé le 16 octobre dernier.

Le Premier ministre avait alors rappelé que « pendant plus de quatre décennies, des hommes, des femmes, des enfants se sont retrouvés pris au piège de ce camp, regroupés, parqués, humiliés, niés car considérés comme des indésirables, des ennemis, des étrangers dont on ne voulait pas ». Le Mémorial ambitionne d’être un espace de référence de l’histoire des déplacements contraints de populations au XXe siècle et jusqu’à nos jours ( juifs étrangers, républicains espagnols, tsiganes, harkis, etc.). « Il doit être un lieu où les scientifiques, les artistes et les jeunes analysent et interrogent le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain », estime sa directrice Agnès Sajaloli. « Sa violence formelle témoigne de l’impossibilité de l’oubli ! », clame l’architecte Rudy Ricciotti.

Des patios encadrant le ciel.

L’édifice est implanté sur l’ancienne place de rassemblement et entouré par les ruines des baraquements qu’il ne dépasse pas en hauteur, par respect. Il ne dispose d’aucune fenêtre ouvrant sur le camp alentour. Les bureaux de l’administration, les ateliers pédagogiques et l’espace détente des visiteurs sont éclairés par trois patios encadrant le ciel. On entre par une rampe en partie enfouie, trait d’union entre présent et passé. Le hall d’accueil se distingue par son volume généreux, son béton soyeux, sa lumière tamisée et son parfum boisé. Pas de réseaux apparents, les gaines sont sous le plancher. L’isolation est incorporée entre les voiles de béton extérieur et intérieur, coulés en place.

Au bout d’un couloir étroit, long et sombre, le public arrive dans la vaste salle d’exposition permanente qui est illuminée par une table d’information rétroéclairée et par des projections à même les parois. A l’aide d’images d’archives et de témoignages sonores, les histoires individuelles des « indésirables étrangers » croisent l’histoire collective du XXe siècle (fascismes, internements, guerres, etc.). « Dorénavant, estime Manuel Valls, chacun pourra enfin prendre le temps de regarder en face ce qu’ont été les errements de notre passé, ce que furent ces vents infâmes de l’Histoire venus lacérer cette belle terre catalane. »

Portfolio sur www.lemoniteur.fr/rivesaltes

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : région Languedoc-Roussillon/SAEM Roussillon Aménagement. Maîtrise d’œuvre : Rudy Ricciotti/Passelac & Roques, architectes ; In Situ, paysage ; Grontmij, ingénierie ; Cholley Minangoy, économie ; Thermibel, acoustique ; Koya, scénographe ; Studio Totem, mobilier. Principales entreprises : Colas ( terrassement, VRD), Fondeville ( gros œuvre), Soprema ( étanchéité), Carayon (menuiserie extérieure), Vidal ( menuiserie bois), SNP ( cloisons, doublages, plafond et faux plafond), Bareau ( sol souple, plancher technique). Surface : 3 590 m² Shon. Coût des travaux : 14,6 M€ HT.

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