Autres LA MAISON DES SCIENCES DE L'HOMME

UN ÉDIFICE MIESIEN À PARIS

Mots clés : Architecture - Béton - Façade légère - Innovations - Produits et matériaux - Structure métallique

Avec sa silhouette en métal, la Maison des sciences de l’homme est considérée comme l’immeuble le plus « miesien » du cœur de Paris. Construit entre 1965 et 1969, ce manifeste de l’architecture fonctionnaliste métallique est l’œuvre d’un trio : Marcel Lods, Paul Depondt et Henri Beauclair.

Sa structure métallique et ses planchers en béton précontraint, sa façade en mur-rideau avec des volets mobiles extérieurs et la modularité des espaces ont constitué de véritables innovations. Près de cinquante ans plus tard, l’édifice où enseignèrent notamment Fernand Braudel, Claude Lévi-Strauss et Roland Barthes vient d’être réhabilité par les architectes François Chatillon (ACMH mandataire) et Michel Rémon. Lesquels ont fait le choix d’une minutieuse restitution intégrant les standards actuels.

Avec ses ateliers d’artistes et son front haussmannien ponctué de deux fleurons de l’architecture du XXe siècle, le boulevard Raspail a de la chance. Il fait mentir ceux qui prétendent que Paris peine à intégrer la modernité architecturale. En 1969, un quart de siècle avant le bâtiment paysage de Jean Nouvel pour la fondation Cartier, le trio d’architectes Marcel Lods, Paul Depondt et Henri Beauclair ancrait une première icône, la Maison des sciences de l’homme (MSH), au numéro 54, à l’angle de la rue du Cherche-Midi, sur le site de l’ancienne prison du même nom, face à l’hôtel Lutetia.

Une vitrine pour les sciences sociales

La création de l’institution, en 1969 à Paris, est le fruit du rayonnement croissant des sciences humaines et sociales et de leur articulation. En France, l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) est créée en 1868, sous l’égide de Victor Duruy qui souhaite adjoindre l’étude des sciences économiques et sociales aux autres matières : mathématiques, physique et chimie, sciences naturelles, historiques, philologiques et religieuses. Mais ce n’est qu’en 1947 qu’un décret fondera cette VIe section de l’EPHE, dite des « sciences économiques et sociales ». Celle-ci montera en puissance sous l’impulsion de l’historien Fernand Braudel, son directeur de 1956 à 1985, pour devenir, en 1975, un établissement indépendant de renommée internationale : l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

En 1947, l’Etat n’attribue ni locaux ni aide financière à la nouvelle entité. Le mécénat de la fondation Rockefeller y palliera, cette dernière ambitionnant déjà, avant la Seconde Guerre mondiale, de créer en France un institut général des sciences sociales. L’Amérique craint l’essor des idées marxistes en Europe ; la fondation est présente pour aider à la reconstruction de la vie universitaire européenne. Après l’octroi d’une subvention triennale de la fondation à la VIe section, l’Etat devait prendre le relais. Les premiers directeurs d’études seront Lucien Febvre et Fernand Braudel. Ce dernier lance, en 1956, l’idée de la création d’une Maison des sciences de l’homme. « Le choix du site a donné lieu à de longues hésitations, entre une implantation en banlieue parisienne et le terrain du boulevard Raspail. Mais l’autorité de Fernand Braudel, qui tenait à placer les sciences sociales au cœur de Paris, a été décisive », témoigne Anne-Charlotte Depondt-de-Ruidiaz,historienne, qui a travaillé aux côtés de son oncle Paul Depondt et auteure d’une thèse sur son œuvre(1).

Une culture du métal

Le site parisien, qui allait être libéré du fait de la démolition de la prison du Cherche-Midi (1961), est retenu en 1958. Trapézoïdale, la parcelle est bornée par une église, une station-service détruite en 1961 et l’immeuble de la Banque de France. La MSH comprend un édifice principal à R+9 sur plan rectangulaire à deux niveaux de sous-sol, face au boulevard Raspail, raccordé par une passerelle de liaison (R+4) à un bâtiment de cinq étages sur la rue du Cherche-Midi. Le plan-masse préserve deux espaces verts, l’un en cœur d’îlot ; l’autre au creux de l’angle aigu de la rue du Cherche-Midi. A l’autre extrémité, une maison de gardien jouxte l’immeuble de la Banque de France. Le programme consistait à accueillir sous un même toit la VIe section, les bureaux des chercheurs de la Fondation maison des sciences de l’homme (FMHS) et une grande bibliothèque de sciences sociales inspirée de celles des universités américaines – en particulier celle de Harvard ( Massachusetts) que Lods et Depondt ont visité lors d’un voyage d’études en 1962. Propriétaire du terrain, le ministère de la Justice occupera jusqu’en 1974 les quatre derniers étages de bureaux du bâtiment principal.

L’écriture architecturale tient surtout au rationalisme constructif d’une structure métallique apparente associée aux panneaux de façade en aluminium à double vitrage qui préservaient les chercheurs du bruit du boulevard. Déjouant toute raideur fonctionnaliste, l’accordéon des volets extérieurs en lames d’aluminium embouties souligne la pureté volumétrique et la rythmique des poteaux noirs. Portés par les châssis répétitifs de la façade et mobiles au gré des occupants, ils animent d’un jeu cinétique les grandes façades vitrées. Depuis le boulevard Raspail, la transparence du rez-de-chaussée happe le regard vers un hall limpide qu’anime un escalier à double volée et vers le jardin. A l’angle de la rue du Cherche-Midi, le 1 % artistique transforme le triangle de verdure en paysage inédit : l’abstraction des menhirs de granit du sculpteur Shamaï Haber donne la réplique au bâtiment, tandis qu’une fontaine et des bancs instillent une touche minérale jusque dans le hall.

Le choix des architectes par le rectorat de Paris, maître de l’ouvrage, a lieu en 1958. Entre cette date et l’obtention du permis de construire, en 1965, le projet évoluera. « Paul Depondt est entré chez Lods en 1957, précise Anne- Charlotte Depondt-de-Ruidiaz. Formé auprès de Mies Van der Rohe à l’institut de technologie de l’Illinois et ayant poursuivi en 1956 un PhD en architecture [équivalent de la thèse de doctorat], sous la direction de José Luis Sert à l’école supérieure de design de Havard, il était attaché à la culture du métal et à la vérité des matières et des procédés constructifs. » Son rôle majeur...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 260 du 17/05/2017
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