Architecture et urbanisme Rénovation urbaine

Un éco-îlot pour résorber l’insalubrité

Mots clés : Efficacité énergétique - Gestion immobilière - Logement social - Qualité environnementale - Rénovation d'ouvrage - Rénovation urbaine

Le secteur Fréquel-Fontarabie (Paris, XXe) comporte une part importante d’habitat insalubre. Sa rénovation vise à l’inscrire dans l’environnement architectural hétérogène existant avec des objectifs ambitieux de réduction de consommation énergétique.

Initié en 2002 par la Ville de Paris, et confié à l’architecte-urbaniste Eva Samuel pour son aménagement, le projet Fréquel-Fontarabie (Paris, XXe arrondissement) répond d’abord à une mission de résorption de l’habitat insalubre : 109 logements sociaux – neufs et réhabilités – sont en voie de réalisation, sous la double maîtrise d’ouvrage de la Siemp et de Paris Habitat ; ils sont accompagnés d’une crèche, d’une PMI et d’un jardin public municipal, qui doivent lier le nouveau secteur aménagé au quartier existant.

De fait, dans le tissu dense de cet arrondissement, qui pâtit d’une importante carence en espaces verts, l’architecte Eva Samuel, chargée du projet, profite de l’aménagement de cette friche pour créer une respiration au bénéfice de tout l’environnement. Elle choisit ainsi « d’asservir les espaces bâtis aux espaces non bâtis », en délimitant au préalable les espaces publics à partir desquels l’implantation des bâtiments va s’organiser.
Ce principe, fut-il contraire à une logique de rendement au m2 habitable, se concrétise par la création d’un espace vert d’une surface d’environ 1 000 m2 qui s’étend en longueur d’un bout à l’autre du terrain. Longé d’une allée, il débouche sur une petite place à l’un des angles du périmètre. Entre les bâtiments, de longues et étroites venelles piétonnières sont ménagées, filant les images pittoresques du XXe arrondissement parisien. Ce parti de porosité entre l’îlot et la rue écarte de la manière la plus sûre le danger de voir surgir, en plein cœur d’un arrondissement qui garde encore son identité populaire, un « écoghetto », au lieu de l’écoquartier souhaité. Avant son achèvement, le projet Frequel-Fontarabie a d’ailleurs déjà été couronné en 2009, dans le cadre du Grand prix des écoquartiers décerné par le ministère de l’Ecologie, d’une mention spéciale pour la qualité de ses réponses apportées sur le volet énergétique.

S’insérer pour durer

En cours d’études, les objectifs environnementaux sont venus se greffer à la résorption de l’habitat insalubre, faisant de cette opération le premier projet d’écoquartier de Paris. L’immeuble conçu par Pascal Gontier, aujourd’hui achevé (« Le Moniteur » du 27 août 2010, p. 32), devrait ainsi se limiter à une consommation énergétique en chauffage de 15 kWh/m2.an, soit celle de l’habitat passif.
Cependant, le développement durable a d’abord consisté à inscrire le projet dans l’histoire du quartier, en tenant compte de ses caractéristiques sociales et culturelles (voir encadré). Or, l’histoire du vingtième arrondissement de Paris est loin d’être linéaire et monolithique : depuis des décennies, l’éclectisme architectural en est la marque de fabrique. Anciens ateliers, bâtiments bas de type faubourg, immeubles hauts des années quatre-vingt… vont dans le sens d’une hétérogénéité qu’il est nécessaire, selon Eva Samuel, d’accepter et de poursuivre à l’intérieur du périmètre de l’opération. La conception des logements sociaux joue donc la carte de la fragmentation et de la diversification : 109 logements en huit lots et presque autant d’architectes assurent la pluralité des styles ainsi que la petite échelle des réalisations. Cela sur une surface de terrain modeste (1 ha) qui apparente l’opération davantage à un éco-îlot plutôt qu’un écoquartier. Sur un site à la géométrie complexe, il faut s’insérer entre les bâtiments existants, tenir compte de leur échelle disparate, habiller de hauts pignons et marquer des accès depuis la rue ; ce n’est alors pas seulement une affaire de style propre à chaque architecte mais de singularités adaptées à des parcelles à chaque fois particulières. Les paysagistes (Exit Paysagistes associés), en charge des voiries jouent aussi de l’hétérogénéité avec des mises en scène paysagères conçues en relation avec les différentes identités du quartier. Comme les perspectives arborées mises en place dans les venelles qui, avec une atmosphère champêtre propre aux passages de l’Est parisien, irrigueront l’îlot.

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ENCADRE

L’EXPERT - Eva Samuel, architecte-urbaniste - « Le développement durable est d’abord un enjeu social et culturel »

« Le développement durable est trop souvent réduit à un résultat de performances énergétiques. Or, avant de se poser des questions techniques, il faut d’abord analyser la dimension sociale et culturelle du site dans lequel on intervient, c’est-à-dire son histoire, ses spécificités, sa population… C’est pourquoi, en urbanisme, une ‘‘opération durable’’ est une opération qui rayonne au-delà de son propre périmètre : dans l’opération Fréquel-Fontarabie, les cheminements créés concernent les habitants de l’ensemble du quartier, qui sont alors les bienvenus pour profiter des nouveaux équipements et espaces publics. De cette façon, le projet n’est pas en rupture avec l’histoire du quartier. »

ENCADRE

Fiche technique

Programme : 109 logements (PLA-I, PLUS, PLS), une crèche de 60 berceaux, une PMI, un jardin, deux passages et une place publique.
Aménageur : Siemp.
Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat OPH, Siemp, Ville de Paris.
Architecte coordonnateur : Eva Samuel.
Architectes : Lan Architecture ; Babled Nouvet Reynaud ; Bob 361/J.-M. Culas ; Avenier Cornejo ; Pascal Gontier ; Truelle architecture ; Equateur.
BET environnemental : Terre Eco.
Voiries : Exit Paysagistes associés.
Jardin : Ville de Paris.
Calendrier prévisionnel : achèvement des travaux fin 2012.

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