Architecture et urbanisme Friche industrielle

Un cœur de ville créé sur une ancienne brasserie

Mots clés : Politique de la ville - Rénovation urbaine - Restaurant

Sur le site d’une ancienne brasserie fermée depuis 2001, la Ville de Schiltigheim (Bas-Rhin) s’apprête à construire, autour d’un parc agrandi, un quartier écologique. Celui-ci offrira la centralité qui manquait à cette banlieue strasbourgeoise.

La ville de Schiltigheim, 31 500 habitants, sort par le haut de son passé brassicole : sur le site de l’ex-brasserie Adelshoffen (2,5 ha), fermée en 2001, c’est un quartier écologique qui sortira de terre. S’étendant même au-delà du périmètre de la friche industrielle, sur 4,5 ha, il offrira une nouvelle centralité à cette banlieue nord de Strasbourg.

Coup d’envoi de cette mutation, la construction, à l’été 2011, de deux immeubles de 5 à 6 étages le long de la route de Bischwiller, l’une des principales artères du nord de l’agglomération strasbourgeoise. « Leur architecture tourne résolument le dos aux canons de Schiltigheim et de l’Alsace », revendique Christian Paradon, l’un des deux dirigeants de l’agence d’architecture strasbourgeoise Denu & Paradon, vainqueur du dialogue compétitif (voir encadré) qui a mis en concurrence quatre équipes de maîtrise d’œuvre sur ce projet urbain. Avec des balcons de bois qui soulignent la courbure de leurs façades principales, les deux immeubles phares du nouveau quartier cadreront aussi l’accès à un parc public, en retrait de la route.
La rupture architecturale assumée s’inscrit dans l’empreinte urbaine léguée par l’histoire : à proximité de ses nombreuses brasseries, la ville s’est développée dans les interstices, entre les infrastructures radiales empruntées par les trains, les péniches et les automobiles. Un tissu décousu que le maître d’œuvre a choisi de structurer en s’appuyant sur la « centralité linéaire » offerte par la route de Bischwiller. Sur cette voie élargie (de 14 à 21 m) et remodelée pour accueillir la première ligne de bus à haut niveau de service (BHNS), l’agence Denu & Paradon propose d’adapter le concept de la rambla barcelonaise : le transport en commun en site propre jouxtera un large espace piétonnier et cyclable. Les rez-de-chaussée commerciaux s’ajouteront à la proximité du parc pour donner son attractivité au site. La densité du front urbain sur la route de Bischwiller a d’autant plus séduit le Foyer moderne de Schiltigheim, maître d’ouvrage de l’ensemble de l’opération d’aménagement, ainsi que des bâtiments et infrastructures de la première phase, qu’elle libère et met en valeur l’emprise végétale.

Repousser les limites

Désignés sous le terme de « hameaux », les autres projets immobiliers de faibles hauteurs et ouverts à l’expérimentation (dont l’autopromotion) dessineront, à l’intérieur du nouveau quartier et en bordure du parc, une cité-jardin.
Comme la rambla, l’espace vert central s’inscrit dans une réflexion qui déborde des frontières du site, et même de celles de Schiltigheim : le nord de l’agglomération strasbourgeoise manque de jardins publics de cette ampleur. Pour en optimiser le potentiel, l’agence Denu & Paradon en a repoussé les limites aux deux extrémités du nouveau quartier en forme de triangle isocèle. Sur la pointe sud, le retrait de quelques mètres de la future médiathèque, par rapport à la voirie, dégagera une esplanade paysagère, articulée aux îlots existants. La même idée de transparence verte se matérialisera au nord par un lien entre le parc urbain et le square voisin (square Léo-Delibes). Enfin, dédiée au bus et aux transports doux, une liaison est-ouest traversera le parc. Elle en renforcera la perméabilité, tout en accentuant l’effet de contraste avec le front urbain nord sud de la route de Bischwiller.
Outre la dominante verte, la démonstration écologique du futur quartier central de Schiltigheim repose également sur une innovation technologique adossée à la mémoire du site : Iosis Concept, bureau d’études choisi par les architectes, propose d’attribuer des fonctions de stockage d’énergie solaire et de dépollution des eaux aux cuves de béton léguées par la brasserie, soit 2 500 à 3 000 m 3 . Isolées, étanchées et couvertes de panneaux solaires thermiques, une partie des cuves servira à stocker l’eau chauffée par le soleil, pour alimenter en chaleur les immeubles à basse consommation. Le bureau d’études s’appuie sur l’expérience d’un ancien château d’eau de Montreuil-sous-Bois en région parisienne, en cours de reconversion pour stocker l’énergie solaire.

Mémoire brassicole

A Munich, les élus de Schiltigheim ont également visité un nouveau quartier d’une dimension comparable à celui de la friche Adelshoffen, équipé d’ouvrages neufs dédiés à cette même fonction. Une partie des cuves servira aussi à l’épuration et au recyclage des eaux grises, récupérées dans les toilettes et l’arrosage des espaces verts. Cette deuxième fonction se révèle plus facilement compatible avec la mise en scène de la mémoire brassicole : les architectes prévoient de montrer ce « cœur écologique » du quartier sous les grands immeubles, dans le parking souterrain éclairé naturellement. A côté du clin d’œil à l’histoire, la volonté de réaliser un quartier sans aucun impact sur l’eau se poursuit avec les études sur une unité de méthanisation destinée au traitement des eaux « noires », issues des installations sanitaires.

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ENCADRE

Maître d’ouvrage : Foyer moderne de Schiltigheim. Maître d’œuvre : Denu & Paradon, architectes mandataires ; UHTP, Iosis, Elioth, ingénierie. Programme : 200 logements, dont 20 % au moins en locatif social et 15 en autopromotion, un parc de 18 000 m 2 , une médiathèque, un supermarché et une galerie commerciale totalisant 4 400 m 2 . Calendrier de la première tranche : 2011-2013. Budget total de l’opération : 50 millions d’euros.

ENCADRE

Un projet conduit selon la procédure du dialogue compétitif

Pour choisir le concepteur du plus ambitieux projet de son histoire, tout en laissant ouverte une partie des hypothèses de programmation, le Foyer moderne de Schiltigheim (FMS), maître d’ouvrage de l’opération, a choisi la procédure du dialogue compétitif, débouchant sur un accord-cadre (1). Comme les anciens marchés de définition, ce mode de sélection permet une mise à plat détaillée, sur une longue durée, des équipes présélectionnées. « Après la délibération municipale qui, en juin 2009, avait acté l’idée d’un écoquartier et la cession du site, nous n’arrivions pas à décrire la totalité du programme pour lancer un concours : le dialogue compétitif nous a permis d’engager le projet sous la forme d’un accord- cadre complété par des marchés subséquents », explique Pierre Staub, directeur du FMS, assisté dans ce choix par les programmistes WPi Conseil et AMO Cité. L’accord-cadre porte sur la totalité de la conception et de la réalisation du projet urbain et des bâtiments. Le cahier des charges de la consultation internationale s’est appuyé sur le résultat d’études urbaines précédentes (par Faubourg 234), qui avaient mis en évidence le rôle central d’un parc accessible par la route de Bischwiller, transformée en boulevard urbain. A partir de ce travail, le maître d’ouvrage s’est donné les moyens d’imposer d’autres options lors de la consultation. Parmi les 24 dossiers retenus, les quatre candidatures présélectionnées ont confirmé la diversité des réponses possibles et l’identification des enjeux : Richard Rogers et Nicolas Michelin ont porté deux projets, mais les hésitations finales se sont focalisées sur les études du colmarien Mongiello Plisson et celles du Strasbourgeois Denu & Paradon, déclaré lauréat au printemps dernier. Les derniers mois ont permis au maître d’ouvrage de préciser le contenu des marchés subséquents conclus avec Denu & Paradon, portant sur les immeubles de la première phase et la mission d’architecte conseil pour l’ensemble du nouveau quartier.

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