Territoires Lille

Un chantier de réhabilitation très innovant pour le futur tribunal administratif

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires - Jurisprudence - Rénovation d'ouvrage

Dans quelques semaines, après seize mois de chantier, l’ancienne bourse du travail de Lille, un majestueux bâtiment en briques de 1894 dessiné par le gadzart Alfred Mongy, entamera sa nouvelle vie de tribunal administratif. L’opération a fait l’objet d’un montage singulier : la Ville de Lille a signé un bail emphytéotique avec le financeur SNI, lequel a passé un contrat de promotion avec le développeur immobilier Cirmad, maître d’ouvrage, qui a lui-même mandaté Bouygues Bâtiment Nord-Est pour effectuer les travaux, d’un montant de 9,5 millions d’euros HT. « Pour nous, ce chantier est très atypique, explique Stéphane Garzino, chef de travaux. Il est rare, en effet, d’atteindre un tel niveau d’industrialisation dans l’organisation sur de très grosses réhabilitations comme celle-ci. » Les pratiques de gestion lean ont été adoptées en conception comme en fabrication. Et la scannérisation 3D du bâtiment a valu aux opérateurs d’être distingués au palmarès des BIM d’or 2015, organisés à la mi-septembre par « Le Moniteur » (voir encadré ci-contre).

Attaques de champignons et de xylophages.

Le bâtiment a d’abord fait l’objet d’un curage complet, qui a nécessité l’évacuation de 900 m3 de gravats. La mise à nu de sa structure a réservé quelques surprises, notamment au niveau des boiseries, dégradées par des attaques de champignons et de xylophages. Si l’immeuble n’est pas classé au titre des monuments historiques, il est situé dans un périmètre de protection. Tous les choix du clos couvert ont donc été validés par l’architecte des Bâtiments de France. La maîtrise d’œuvre a, elle, été confiée à l’architecte du patrimoine Etienne Sintive, par ailleurs en charge de la couverture du palais des Beaux-Arts de Lille, après avoir notamment participé à la réhabilitation de la Condition publique, à Roubaix.

Chantier sans grue.

65 % des joints de façade ont été repris suivant la technique hollandaise. La toiture a, quant à elle, été refaite en intégralité avec de l’ardoise naturelle, ainsi que les chéneaux et les décorations côté rue. Les membrons ont été reproduits à l’identique par les Ateliers d’art français, le détail étant poussé jusqu’à la conservation des mitrons de cheminée. Les menuiseries extérieures ont été changées en totalité, le RAL Mars sablé venant se substituer au bois. Seule modification apportée au plan d’origine, un cube vitré fait désormais office d’accueil pour le public.

A l’intérieur du bâtiment, si certaines salles ont conservé leur grande hauteur, la surface de sol a été doublée pour atteindre 4 700 m2 en R + 3. Fondations et cages d’ascenseur ont été reprises en sous-œuvre, tandis que 25 tonnes de poutres métalliques ont été rajoutées. « L’approvisionnement en matériel a été compliqué, les camions ne pouvant pas passer dans la rue, souligne Stéphane Garzino. Le chantier a en outre été réalisé sans aucune grue. Nous avons utilisé des monte-charges ainsi que des chariots fabriqués sur mesure afin de gérer les contraintes d’ergonomie. Et la mise en œuvre du béton s’est effectuée par pompage. » Au niveau de l’habillage, les bois d’époque ont été conservés et les corniches en staff renforcées à l’aide de fibre de verre et de résine. Un procédé, également utilisé sur les appuis de poutre bois, qui permet de désétayer au bout de 48 heures. Enfin, trois cages d’escalier ont été créées.
« Au final, l’anticipation nous a fait gagner un mois et demi de chantier », résume Stéphane Garzino. Quelque 45 entreprises sous-traitantes, pour la plupart de la région, sont intervenues sur l’opération, qui a par ailleurs cumulé plus de 5 000 heures d’insertion.

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ENCADRE

Le scanner 3D pour ajuster au mieux la maquette numérique

Cirmad, Sintive Architectes et Bouygues Bâtiment Nord-Est ont reçu un BIM d’argent dans la catégorie « Rénovation entre 5 000 et 40 000 m2 » pour les apports du scanner 3D à la maquette numérique. Sur cette opération, le nuage de points a servi à établir des plans intégrant l’ensemble des contraintes de la réhabilitation : déformations de plancher, conduits de cheminée, murs hors d’aplomb, etc.
« La scannérisation 3D, qui offre une précision de l’ordre de 2 mm, permet d’ajuster au mieux la maquette numérique, explique Stéphane Garzino, chef de travaux. Il suffit de superposer les deux et on constate les différences. Toutes les difficultés sont donc détectées en amont. Cette organisation garantit également une vraie démarche collaborative avec la maîtrise d’œuvre. » Le témoin numérique venant en l’occurrence faciliter la validation des choix par les architectes.

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