Autres Ecoconditionnalité

Travailler ensemble, c’est tout

Mots clés : Efficacité énergétique - Réglementation thermique et énergétique

Du fait des nouvelles exigences en matière de performance énergétique, l’offre globale semble de plus en plus incontournable.

«On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe !, l’Europe !, l’Europe ! mais cela n’aboutit à rien. » Ainsi le général de Gaulle taquinait-il ceux qui en appelaient à l’Europe de façon incantatoire. Aujourd’hui, ne pourrait-on pas dire que des idées comme celles de « travailler ensemble » ou d’« offre globale » sont évoquées de la même manière ? La collaboration entre corps d’états est souvent présentée comme la voie royale pour répondre aux exigences d’efficacité énergétique, tant en neuf (RT 2012) qu’en rénovation énergétique (esprit « RGE »). Qu’en est-il dans la réalité ?

La RT 2012 est entrée dans les mœurs.

Dans le neuf, les entreprises semblent avoir rapidement pris le pli du travail collaboratif. Pour une raison simple : elles sont jugées sur la perméabilité à l’air. « Ceux qui n’étaient pas persuadés qu’il fallait travailler ensemble l’on vite compris à leurs dépens : en cas de défaut d’étanchéité, tout est à refaire, résume David Morales, président de l’Union nationale artisanale (UNA) des métiers et techniques du plâtre et de l’isolation de la Capeb. Chacun a pu se rendre compte qu’une meilleure coordination entre entreprises était nécessaire, et nos réunions de préparation de chantier ont davantage de contenu. » « Nous devons travailler plus en amont, confirme Pascal Texereau, électricien, dirigeant de la société Saint-Eloi Fougère (Maine-et-Loire, 50 salariés). Ce niveau de mise au point des travaux n’existait pas auparavant. »

Rénovation énergétique : là où ça coince

En revanche, côté rénovation énergétique, domaine où la bonne coordination entre corps d’états est capitale pour obtenir de bons résultats, la situation semble beaucoup plus contrastée. Tout d’abord, parce que le marché reste segmenté. Le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), qui ne devait concerner que les bouquets de travaux, peut finalement être obtenu pour des opérations uniques, ce qui n’encourage pas l’offre globale. La mention Reconnu garant de l’environnement (RGE) reste néanmoins une porte d’entrée pour l’esprit collaboratif. Mais la vision qu’ont les entreprises de bâtiment de ce label est à géométrie variable. D’après un récent sondage Ipsos réalisé auprès de 501 artisans (voir ci-dessous), l’écoconditionnalité est une contrainte pour 43 % des sondés (18 % en 2013). Reste que, selon un entrepreneur chevronné et proche du terrain, « pour un client sur deux, l’entreprise n’est pas au rendez-vous sur le plan de la qualité des prestations d’efficacité énergétique ; et de nombreux acteurs se soucient autant du RGE que de l’an 40 ».

Certains, néanmoins, saisissent la balle au bond. « Nous ne pouvons plus nous permettre d’avoir recours au système D qui fait florès sur les chantiers », explique Eric Bétrancourt, P-DG de la société Seeb (Seine-Saint-Denis, électricité, 40 salariés), qui a axé son activité sur la rénovation énergétique en groupement d’entreprises. La société est en train de tester un métier qu’elle qualifie de « nouveau », celui de « coordonnateur chantier ». « Ce dernier vérifie notamment les concordances entre DTU, explique Eric Bétrancourt. Car il règne parfois un flou artistique sur les limites des prestations des uns et des autres. Le marché de la rénovation énergétique a mis du temps à partir. Mais notre effort collaboratif fait que nous nous connaissons bien entre collègues, et nous savons trouver des prix communs sans que chacun cherche à tirer la couverture à lui. » L’entrepreneur est sceptique sur la survie des nombreuses entreprises qui négligent l’approche globale. « Elles pourront vivre sur des niches ; mais ces niches risquent d’être de plus en plus petites. »

S’engager sur la facture énergétique du client.

« Ce qui a changé, ces derniers temps, c’est l’obligation de résultat. Le client demande une performance énergétique. L’aspect esthétique n’est plus toujours sa priorité », affirme de son côté Philippe Caillol, président de l’Union des métiers du plâtre et de l’isolation (UMPI). Gaël Parrens, gérant de la société Aqua Sun (Pyrénées-Atlantiques, 5 salariés), affirme « s’engager auprès de [ses] clients sur des économies sur la facture énergétique à 150 euros près », avec un taux de réussite de 100 %. « Aujourd’hui, les entreprises de bâtiment sont moribondes. L’offre globale est d’autant plus un passage quasi-obligé. On en parle depuis 2007, et si nous avions tous tiré dans ce sens, le label RGE n’aurait peut-être pas été inventé. »

De forts retours sur investissement

La manne de la rénovation énergétique aiguise bien évidemment les appétits : grandes surfaces de bricolage, fournisseurs d’énergie, négoce… « Celui qui croit que le niveau d’activité des années 1980 va revenir se trompe, affirme Jean-Jacques Châtelain, président de l’UNA peinture-vitrerie-revêtements de la Capeb. Collaborer avec les autres, cela signifie aussi que votre voisin vous apporte du travail. On peut aujourd’hui dégager de forts retours sur investissement en se diversifiant, par exemple, dans l’isolation des combles ou l’isolation thermique par l’extérieur. Le marché existe. » Et pour que ce marché passe à la vitesse supérieure, il faudra aussi travailler ensemble, mais à plus grande échelle, selon Arnaud Berger, directeur développement durable du groupe BPCE. « Nous déployons, en France, le programme pilote européen KfW-Elena, qui vise à organiser un parcours client pour des projets d’efficacité énergétique, coordonnant sur le plan local pouvoirs publics, entreprises et banquiers. » Plusieurs banques du groupe ont déjà noué des partenariats de ce type. L’Europe ? Pourquoi pas, après tout !

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L’écoconditionnalité : opportunité ou contrainte ?

Selon un sondage Ipsos réalisé en janvier 2015 auprès de 501 artisans, les avis des entrepreneurs du bâtiment au sujet de la mention RGE sont contrastés, et le taux d’indécis est élevé.

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« Une trentaine de nos coopératives sont RGE »

« Mi-2014, une première coopérative d’artisans parmi nos 130 adhérents a obtenu le RGE. Une trentaine d’autres ont suivi cette voie. Pour autant, les artisans n’en sont pas encore à créer une coopérative spécialement pour obtenir des travaux liés au RGE. Il y a beaucoup de groupements d’entreprises informels en France, mais ils subsisteront difficilement sans obtenir le statut. Etre en coopérative nécessite toutefois un état d’esprit particulier : il y a un règlement intérieur à respecter et il faut désirer travailler avec les autres. »

Anne-Marie Becker, secrétaire générale de la Fédération française des artisans coopérateurs du bâtiment (FFACB).

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« Ce label, c’est comme le bac ! »

« Si l’on est un vrai professionnel, il faut savoir dire au client que la plus belle chaudière au monde ne servira à rien s’il vit dans une passoire thermique. Les entreprises doivent apprendre à travailler ensemble, sinon les marchés d’efficacité énergétique leur échapperont. Le label RGE n’est qu’une étape, comme le bac. Il faut à présent officialiser le fait que nous travaillons en collaborant entre corps d’états. Le marché tarde à décoller, mais notre société a tout de même plus de 30 dossiers d’offre globale en attente de subventions de l’Ademe et de l’Anah. »

Pascal Housset, dirigeant de Realitherm (Seine-et-Marne, 15 salariés).

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