Architecture Technique Patrimoine

Traiter les arènes de Nîmes minées par la pluie

Mots clés : Conservation du patrimoine - Produits et matériaux - Sport - Tourisme

Après un diagnostic pierre à pierre, les arrivées d’eau seront bouchées pour remédier aux dégradations.

Les arènes de Nîmes (Gard) se dégradent. Certains des blocs de pierre calcaire qui constituent l’amphithéâtre romain ont tendance à se fissurer et à éclater en esquilles, sans que la charge qu’ils ont à reprendre justifie ce phénomène. L’ouvrage perd ainsi 1,5 tonne de pierre par an. La coupable ? L’eau de pluie, qui s’infiltre dans le monument et fragilise la pierre de Barutel, majoritairement utilisée en façade. La cause de ces dégradations a été mise en lumière lors d’un premier chantier de restauration mené par la Ville de Nîmes entre 2012 et 2014 et portant sur les élévations extérieures de cinq des soixante travées de l’amphithéâtre. « Nous espérions initialement pouvoir généraliser le mode d’intervention testé sur ces cinq travées, explique Henri Westphal, DG adjoint Rayonnement territorial et proximité à la Ville de Nîmes. Mais cette expérimentation a fait apparaître la nécessité d’une approche sur mesure, passant par un examen pierre à pierre de l’édifice. Elle a aussi montré que nous devions nous intéresser au cheminement des eaux pluviales. » La Ville a donc confié en 2014 une mission de maîtrise d’œuvre sur quinze ans à une équipe pluridisciplinaire conduite par Michel Goutal, architecte en chef des Monuments historiques. Le coût global des travaux est estimé à 40 millions d’euros.

Techniques des ingénieurs romains.

Un diagnostic global, réalisé en 2015, a confirmé le rôle des eaux pluviales dans les dégradations constatées, et montré qu’il importait de prendre en compte toute la couronne du monument et non plus simplement les façades extérieures. Il a mis également en évidence le rôle des techniques de construction utilisées par les ingénieurs romains. « Les blocs étaient montés à joints secs, explique Michel Goutal. Des carottages ont révélé, à notre grand étonnement, la présence de calcite dans ces joints. L’eau pénètre dans le monument comme dans un massif karstique, déposant du calcaire au passage et imprégnant la pierre. » Depuis la fin 2015, les équipes de Michel Goutal ont entrepris un diagnostic pierre à pierre de l’édifice, qui devrait s’étaler sur deux ans. « Nous créons un système d’information géographique, explique l’architecte. Chaque bloc est identifié, localisé et fait l’objet d’une fiche qui recensera les observations et interventions réalisées. » « Le diagnostic pierre à pierre permettra d’approfondir la connaissance technique et archéologique du monument », précise Henri Westphal.

Les travaux de restauration devraient débuter à la mi-2017 sur une première série de six travées. Ils viseront d’abord à boucher les arrivées d’eau sur la couronne, puis à assurer la réception, l’écoulement et l’évacuation des eaux pluviales.

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ENCADRE

Des méthodes de restauration douces

Les techniques de restauration qui seront appliquées sont en phase de test. Elles visent une intervention a minima. « J’aimerais changer le moins de pierres possible, dit Michel Goutal, architecte en chef des Monuments historiques. L’idéal serait de n’en remplacer aucune. » Les consolidations ou remplacements seront donc limités aux éléments qui menacent de chuter. Les fissures et les joints seront bouchés au mortier, avec un léger retrait pour éviter un alignement avec le nu de la pierre. La façade fera aussi l’objet d’un nettoyage par nébulisation. Ce brouillard d’eau doit dissoudre les traces noires qui recouvrent la pierre. Elles seront ensuite éliminées à la brosse. « Mais nous n’essaierons pas d’enlever les oxalates qui laissent des traces orangées, précise Michel Goutal. Si l’on reblanchit trop la façade, les creux apparaissent très durement, et vient alors la tentation de combler ces trous. Je veux éviter de trop “ retendre ’’ la façade. Il est important que l’on ressente l’épaisseur du temps. »

ENCADRE

Maître d’ouvrage : Ville de Nîmes. Maîtrise d’œuvre : Michel Goutal, architecte en chef des Monuments historiques (mandataire), Hades Archéologie (bureau d’investigations archéologiques), Lerm (investigations sur site et essais en laboratoire conseil), Unanimes (BET structure), Asselin (économiste), Carlo Usai (restauration). Durée de l’accord-cadre de maîtrise d’œuvre : 15 ans.

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