Autres Résultats annuels 2014

Touchés en France, les majors du BTP misent sur l’export

Mots clés : Entreprise du BTP

En 2014, l’activité travaux de Vinci, Bouygues et Eiffage aura été, en France, le reflet de la crise du secteur. Tous ont voulu sauvegarder leurs marges. Tous ont eu la tentation de l’étranger.

Face à la baisse du volume d’affaires en France, tenter de maintenir ses marges et aller chercher la croissance là où elle se trouve – c’est-à-dire à l’international -, aura été l’attitude générale des trois majors français, Vinci, Bouygues et Eiffage, dans leurs activités de BTP, en 2014. Une stratégie qui aura été plus ou moins couronnée de succès. Car, au global, seules les filiales construction de Bouygues auront réussi à croître (+ 2 %) l’année dernière, quand celles de Vinci (- 5 %) et d’Eiffage (- 3,3 %) auront essayé de limiter la baisse. Pour ce qui est de l’Hexagone, le constat est le même pour tous : les filiales travaux ont toutes connu une baisse d’activité l’année dernière. Sans surprise, ce sont les entités dédiées aux travaux publics et à la route qui ont le plus souffert : – 11 % d’activité pour Colas (Bouygues), - 8,7 % pour Eiffage Travaux publics ou encore – 6,6 % pour Eurovia (Vinci). La faute à un attentisme généralisé de la part des donneurs d’ordre, lié à un ensemble de trois facteurs dont les effets se sont conjugués : une période post-électorale des municipales inhabituellement atone, et l’annonce de la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités, doublée d’une réforme territoriale aux contours encore flous.

Marges dans un mouchoir de poche

Evidemment, cette déprime du marché a exacerbé la concurrence et tiré les prix vers le bas. Difficile, dans ce contexte, de maintenir ses marges opérationnelles. C’est pourtant ce qu’a réussi à faire Eiffage, qui a obtenu une progression à l’arrachée de ses marges (3,3 %, + 0,1 point) au prix d’intenses efforts d’optimisation structurelle. Vinci et Bouygues perdent quant à eux respectivement 0,6 et 0,7 point de marges, mais celles-ci restent encore à un niveau raisonnable, à 3,5 et 3,2 %. Conséquence : les marges opérationnelles des trois majors sont désormais « dans un mouchoir de poche », comme l’observe Pierre Berger, P-DG d’Eiffage.
Pour contrer la mauvaise conjoncture intérieure, les majors ont tous misé sur l’export. Hormis Vinci Energies et Eurovia, toutes les filiales travaux des majors y ont été stables ou en croissance, les percées les plus notables étant celles de Bouygues Construction (+ 13 %), Colas (+ 7 %), et Eiffage Travaux publics (+ 25,9 % hors d’Europe).
Pour l’année qui s’annonce, les majors vont encore parier sur l’export – Bouygues s’attendant même à y réaliser, pour la première fois, la majorité de son activité – et veulent jouer la carte de l’optimisme en France, dans un contexte toujours morose. Le génie civil des trois LGV s’achevant progressivement, le Grand Paris et ses dizaines de milliards d’euros, touchant aussi bien les TP que le bâtiment, pourrait assurer le relais, tout comme la reprise qui pointe dans le logement.
Pour Xavier Huillard, P-DG de Vinci, « les effets cumulés du programme de rachats massifs de dettes publique et privée lancé par la Banque centrale européenne, du plan Juncker pour l’investissement et de la baisse des prix du pétrole », devraient aussi favoriser la reprise pour l’activité de construction.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Vinci - Glisser progressivement vers plus d’international

2014 aura été pour le groupe Vinci « une année de grands contrastes », selon Xavier Huillard. La bonne santé des concessions n’aura pas suffi à compenser une perte d’activité de 5 % dans les branches « contracting » (Vinci Energies, Eurovia et Vinci Construction). Les marges opérationnelles, si elles restent à un bon niveau, ont souffert elles aussi. Dans le contracting, Vinci anticipe une réduction de 5 à 10 % de son chiffre d’affaires en France en 2015, liée notamment à l’achèvement progressif du génie civil de la LGV SEA et à des niveaux de carnet et de prises de commandes faibles dans l’Hexagone, mais qui devraient toutefois atteindre « leur point bas en 2015, sous l’influence positive de plusieurs éléments ». Aujourd’hui tournée vers la France à 62 %, l’activité du groupe devrait aussi « glisser progressivement vers davantage d’international », qui représenterait, à terme, « 50 % de l’activité totale ».

Chiffre d’affaires
Groupe : 38,7 Md€ (-4,1 %)
Travaux : 32,9 Md€ (- 5,0 %)
Marge opérationnelle
Groupe : 9,4 % (+ 0,3 point)
Travaux : 3,5 % (- 0,6 point)
Résultat net (part du groupe)
Groupe : 2,48 Md€ (+ 26,7 %)
Travaux : 588 M€ (- 39,0 %)
Carnet de commandes au 31/12/2014
Travaux : 27,9 Md€ (-5,1 %)
Effectif : 190 000 salariés

ENCADRE

Bouygues - Réaliser la majorité de son activité hors de l’Hexagone

Avec une activité en croissance de 2 % en 2014, le pôle construction de Bouygues (Colas, Bouygues Construction et Bouygues Immobilier) a encore une fois mené la danse au sein du groupe diversifié, dont l’activité globale est restée stable, après une année 2013 où il s’était retrouvé dans le rouge pour la première fois depuis vingt ans. La marge opérationnelle, elle, bien qu’en baisse, reste raisonnable. Le carnet de commandes, stabilisé à un niveau élevé, devrait permettre aux branches travaux de « franchir un cap symbolique », estime Martin Bouygues. A la fin décembre 2014, l’international représentait en effet 53 % du  arnet de commandes de Bouygues Construction et de Colas, contre 50 % un an plus tôt. Et, alors que les deux filiales réalisent déjà 49 % de leur activité à l’export, la majorité de leurs affaires pourraient dès 2015 se dérouler hors des frontières de l’Hexagone.

Chiffre d’affaires
Groupe : 33,1 Md€ (=)
Travaux : 26,5 Md€ (+2,0 %)
Marge opérationnelle
Groupe : 2,7 %(- 1,3 point)
Travaux : 3,2 % (- 0,7 point)
Résultat net (part du groupe)
Groupe : 807 M€ (NS)
Travaux : 939 M€ (+38 %)
Carnet de commandes au 31/12/2012
Travaux : 27,6 Md€ (=)
Effectif : 128 000 salariés
NS : non significatif

ENCADRE

Eiffage - Continuer à améliorer les marges

Après avoir crû en 2013, l’activité travaux d’Eiffage a connu une baisse de 3,3 % l’année dernière. Ce qui n’a pas empêché le groupe d’améliorer sa marge opérationnelle dans le secteur (3,3 %), « pour la troisième année consécutive », note Pierre Berger, grâce à une somme d’optimisations (restructurations, fusions de sites, réductions d’effectifs…). Le dynamisme des filiales européennes et les développements récents au grand international ont tiré la croissance à l’export (+ 8,1 %) du groupe, qui réalise 81 % de son activité dans l’Hexagone. En plus de l’Afrique, qui reste une cible importante pour le groupe, Eiffage va chercher la croissance outre-Atlantique. « Nous avons désormais un pied en Amérique du Nord et un pied en Amérique du Sud : après le rachat du canadien ICCI en 2014, nous venons d’acheter une entreprise spécialisée en ouvrages d’art en Colombie », se félicite Pierre Berger.

Chiffre d’affaires
Groupe : 14,0 Md€ (-1,9 %)
Travaux : 11,6 Md€ (-3,3 %)
Marge opérationnelle
Groupe : 9,6 % (+0,4 point)
Travaux : 3,3 % (+0,1 point)
Résultat net (part du groupe)
Groupe : 275 M€ (+ 7 %)Travaux : NC
Carnet de commandes au 31/12/2014
Travaux : 11,8 Md€ (+ 0,2 %)
Effectif : 67 200 salariés
NC : non communiqué

Le Moniteur Boutique
Accéder à la boutique
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X