Enjeux

Tchernobyl sous cloche

Mots clés : Entreprise du BTP

Réalisée par Bouygues et Vinci, l’arche de confinement du réacteur endommagé est désormais en place.

Le passant égaré dans la zone interdite de Tchernobyl, à 110 km au nord de Kiev, la capitale ukrainienne, se sent vraiment minuscule. Ce n’est pas tant le poids de la dramatique histoire du lieu qui se fait écrasant que la masse de métal qui domine désormais l’ancienne centrale nucléaire. Pas moins de 108 m de hauteur et 267 m de largeur, l’arche de confinement impressionne par ses dimensions titanesques.

Empêcher tout dégagement de poussières. Montées patiemment pendant six années à l’écart de la centrale, afin de protéger les travailleurs des radiations, ses 36 200 tonnes ont récemment été poussées sur 327 m. Une tâche délicate qui interdisait de dépasser la vitesse de 10 m par heure. « L’enceinte de confinement est tout simplement la plus grande structure métallique mobile du monde », a rappelé Xavier Huillard, le P-DG de Vinci, partenaire à parts égales avec Bouygues du groupement Novarka, à l’occasion de la cérémonie d’inauguration, le 29 novembre.

Désormais, l’arche et sa double peau en inox couvrent le réacteur numéro 4, celui-là même qui a connu une violente explosion le 26 avril 1986. Les mois suivant l’accident, les autorités soviétiques avaient entrepris d’ériger un sarcophage au-dessus des restes du bâtiment endommagé. Une structure imparfaite, construite dans l’urgence et dans des conditions extrêmes, et dont il est impossible de garantir la pérennité. La nouvelle enceinte répond donc à un double défi : empêcher tout dégagement de poussières contaminées et permettre le démantèlement ultérieur du réacteur. Près de 10 000 travailleurs, essentiellement ukrainiens, se sont relayés sur ce chantier, cumulant 25 millions d’heures de travail. Le tout sans accident grave. « La politique santé-sécurité mise en place sur ce projet est exemplaire », s’est félicité Philippe Bonnave, le P-DG de Bouygues Construction, qui participait lui aussi à la cérémonie, aux côtés du président ukrainien, Petro Porochenko.

Un succès français. Une fierté tricolore, cet ouvrage ? « C’est un succès français, oui, a assuré son homologue de Vinci. Mais l’enceinte de confinement constitue avant tout une immense aventure collective inscrite dans une échelle de temps qui se mesure en décennies. » Sa genèse remonte en effet à 1994. Vinci n’existait pas à l’époque, mais l’une de ses composantes, Campenon Bernard SGE remporte alors le concours d’idées ukrainien concernant cette enceinte. Etudes, appel d’offres… le projet avance année après année, même s’il prend du retard et voit sa facture grimper de 440 millions à 1,5 milliard d’euros. L’Ukraine indépendante ne pouvait assumer seule cette dépense hors normes. C’est donc la communauté internationale, à commencer par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), qui a mis la main au portefeuille.

Mais ça y est, l’immense dôme est en place. Le temps d’installer et de connecter les équipements électriques, l’ouvrage sera livré par les majors françaises à l’exploitant ukrainien du site dans un an. « L’aventure du financement international arrivera à son terme en novembre », confirme Pierre Heilbronn, vice-président de la Berd. Et après ? Les travaux de démantèlement de la centrale rendus possibles par ce bijou technologique ne sont toujours pas programmés. Vu le rythme de ces projets, il faut se dépêcher : l’arche est conçue pour durer seulement cent ans.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
Votre avis ?
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X