Enjeux Coup de chapeau

T’as voulu voir Royan

Que reste-t-il d’un architecte ? Je me posais cette drôle de question en ce délicieux vendredi d’avril, me promenant au hasard des rues de Royan après avoir visité l’exposition du dessinateur Philippe Reyt consacrée au remarquable patrimoine bâti de la station balnéaire charentaise. Sorte de Brasilia français, Royan est un exemple unique dans l’Hexagone d’une ville nouvelle bâtie sur les préceptes d’un Le Corbusier « tropicalisé » par les maîtres brésiliens des années 1940 (Oscar Niemeyer, Lucio Costa… ).

Très singulière histoire que celle du Royan d’après-guerre. Une cité détruite en quasi-totalité par les bombardements alliés, dont la reconstruction fut confiée par l’Etat, en juillet 1945, au Bordelais Claude Ferret. Ce dernier a l’intuition qu’il ne faut pas reconstruire le centre-ville à l’identique, mais faire de Royan un manifeste du Mouvement moderne. Pour cela, il s’entoure tout au long des années 1950 d’une soixantaine de jeunes architectes qui s’inspireront beaucoup, de leur propre aveu, du numéro de septembre 1947 de la revue « L’Architecture d’aujourd’hui » consacré au Brésil.

Que reste-t-il de ces architectes alors âgés de 30 à 40 ans, dont certains n’étaient pas encore diplômés ? Soixante-dix ans après, la plupart sont décédés et aucun d’eux n’est réellement devenu célèbre.

Que reste-t-il d’eux ? Vraiment, curieuse question que voilà. Mais leurs bâtiments, voyons ! Pourtant, on en voudrait un peu plus. Des photos sur la plage, une fête comme seuls savent en organiser les étudiants en archi… Mais non, rien. A la mairie, on avoue qu’il n’existe aucun cliché connu de cette époque. En leur rendant hommage à travers cette exposition et un livre regroupant les dessins de Philippe Reyt et des poésies de Thomas Grison, en menant depuis des années une politique de mise en valeur de ce patrimoine bétonné, longtemps critiqué et dont on loue à présent la paradoxale légèreté des formes, la mairie de Royan les ressuscite un peu.

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