[TO] Règles techniques

Système de normalisation

Décret n° 2009-697 du 16 juin 2009 – Ministère de l’economie, de l’industrie et de l’emploi – JO du 17 juin 2009 – NOR : ECEI0909907D

Le Premier ministre,

Sur le rapport de la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi,

Vu les directives 98/34/CE du Parlement européen et du Conseil du 22 juin 1998 prévoyant une procédure d’information dans le domaine des normes et réglementations techniques et des règles relatives aux services de la société de l’information et 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur, ensemble la notification n° 2008/0042/F du 1er février 2008 adressée à la Commission des Communautés européennes ;

Vu la loi n° 41-1987 du 24 mai 1941 relative à la normalisation ;

Vu la loi n° 94-665 du 4 août 1994 modifiée relative à l’emploi de la langue française ;

Vu le décret du 5 mars 1943 portant reconnaissance d’utilité publique de l’Association française de normalisation ;

Vu le décret n° 55-733 du 26 mai 1955 modifié relatif au contrôle économique et financier de l’Etat ;

Le Conseil d’Etat (section des finances) entendu,

Décrète :

Chapitre Ier  Le système françaisde normalisation

Article 1

La normalisation est une activité d’intérêt général qui a pour objet de fournir des documents de référence élaborés de manière consensuelle par toutes les parties intéressées, portant sur des règles, des caractéristiques, des recommandations ou des exemples de bonnes pratiques, relatives à des produits, à des services, à des méthodes, à des processus ou à des organisations.

Elle vise à encourager le développement économique et l’innovation tout en prenant en compte des objectifs de développement durable.

Article 2

La normalisation et sa promotion sont assurées par l’Association française de normalisation et les organismes agréés par le ministre chargé de l’industrie comme bureaux de normalisation sectoriels afin d’organiser ou de participer à l’élaboration de normes françaises, européennes ou internationales.

Article 3

Un délégué interministériel aux normes désigné par décret assure, sous l’autorité du ministre chargé de l’industrie, la définition et la mise en œuvre de la politique française des normes. Il peut, à compter de la publication au Journal officiel de la République française du décret de nomination ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, signer, au nom du ministre ou du secrétaire d’Etat, par délégation, l’ensemble des actes, à l’exception des décrets, relatifs à la définition et à la mise en œuvre de la politique française des normes.

Article 4

I. – Il est institué auprès du ministre chargé de l’industrie un groupe interministériel des normes composé des responsables ministériels aux normes, désignés, après avis des ministres concernés, par un arrêté du ministre chargé de l’industrie. La liste des responsables ministériels est publiée au Journal officiel de la République française. Le groupe interministériel des normes est présidé par le délégué interministériel aux normes.

II. – Le responsable ministériel aux normes coordonne dans son département ministériel le suivi des travaux de normalisation, la promotion de la normalisation comme moyen de répondre aux exigences fixées par la réglementation et la vérification de la cohérence des projets de normes en cours d’élaboration avec les objectifs de la réglementation.

III. – Le groupe interministériel des normes propose au ministre les orientations de la politique française des normes et, sur saisine du ministre, rend des avis sur toute question relative aux normes et à la normalisation.

Chapitre II La mission d’intérêt général confiée a l’association française de normalisation

Article 5

L’Association française de normalisation oriente et coordonne l’élaboration des normes nationales et la participation à l’élaboration des normes européennes et internationales.

Elle est le membre français des organisations non gouvernementales de normalisation européennes et internationales. Elle peut se faire représenter au sein de leurs organes délibérants par les bureaux de normalisation sectoriels.

Un comité, créé auprès de l’Association française de normalisation et aux travaux duquel le délégué interministériel aux normes ou son représentant participe, élabore et arrête, en concertation avec toutes les parties prenantes, les positions exprimées par le représentant français au sein des organisations non gouvernementales de normalisation européennes et internationales.

Article 6

L’Association française de normalisation assure :

1° La programmation des travaux de normalisation laquelle vise :

a) A identifier, sur la base des besoins recensés auprès des partenaires économiques et sociaux et des contributions des bureaux de normalisation, les normes à élaborer en France ou au sein des organisations non gouvernementales de normalisation européennes et internationales ;

b) A sélectionner les travaux d’élaboration de normes européens et internationaux justifiant une participation française ;

c) A réaliser des études d’impact économique ;

2° L’organisation des enquêtes publiques sur les projets de normes élaborés par les bureaux de normalisation en application de l’article 15 ;

3° L’homologation et la publication des normes.

Article 7

L’Association française de normalisation est destinataire des documents relatifs à la normalisation adressés aux organes délibérants des bureaux de normalisation sectoriels. Elle peut, à la demande de ces bureaux ou à son initiative, participer à leurs travaux.

Article 8

Un comité d’audit et d’évaluation auprès de l’Association française de normalisation est chargé d’organiser l’évaluation de l’activité des bureaux de normalisation prévue à l’article 11 et de contrôler la conformité et l’efficacité de l’activité de l’Association française de normalisation prévue à l’article 6. Il vérifie en particulier la bonne association de toutes les parties intéressées dans les travaux des bureaux de normalisation, notamment les associations de consommateurs, les syndicats représentatifs de salariés et les petites et moyennes entreprises.

Article 9

La mission d’intérêt général confiée par le présent décret à l’Association française de normalisation fait l’objet d’une comptabilité distincte de celle de ses autres activités.

Cette comptabilité distingue en outre en son sein les comptes de l’activité d’orientation et de coordination de l’élaboration des normes de ceux de l’activité de bureau de normalisation prévue au IV de l’article 11.

L’Association française de normalisation tient une comptabilité analytique permettant de retracer la décomposition des coûts et de l’affectation des différentes ressources des activités d’intérêt général.

Article 10

I. – Le délégué interministériel aux normes exerce les fonctions de commissaire du Gouvernement auprès de l’Association française de normalisation.

L’inscription d’un point à l’ordre du jour du conseil d’administration de l’Association française de normalisation est de droit lorsque le délégué interministériel aux normes le demande.

Il peut s’opposer aux délibérations du conseil d’administration de l’Association française de normalisation dans un délai de huit jours ouvrés si elles sont contraires à des dispositions législatives, réglementaires, aux orientations de la politique française des normes ou lorsqu’elles sont de nature à compromettre l’exercice de la mission d’intérêt général qui lui est confiée.

En cas d’empêchement, le commissaire du gouvernement peut se faire représenter aux séances du conseil d’administration par un agent placé sous son autorité.

II. – L’Association française de normalisation est soumise au contrôle économique et financier de l’Etat prévu par le décret du 26 mai 1955 susvisé.

Chapitre III L’élaborationet l’homologationdes projets de normes

Article 11

I. – L’élaboration des projets de normes est assurée, par délégation de l’Association française de normalisation, par les bureaux de normalisation sectoriels agréés dans les conditions prévues au présent article.

II. – L’agrément des bureaux de normalisation sectoriels est accordé, par délégation du ministre chargé de l’industrie, par le délégué interministériel aux normes pour une durée maximale de trois ans au vu d’une évaluation de leurs activités organisée conformément à l’article 8.

L’agrément précise le champ d’intervention du bureau de normalisation sectoriel et ses obligations, lesquelles peuvent être modifiées après le recueil des observations du bureau.

III. – Le délégué interministériel aux normes est habilité, par délégation du ministre chargé de l’industrie, à suspendre ou retirer l’agrément prévu au II.

Si un bureau de normalisation sectoriel ne respecte pas ses obligations, le délégué interministériel aux normes l’informe que l’agrément peut être suspendu ou retiré. L’agrément ne peut être suspendu ou retiré qu’après avoir mis à même le bureau de présenter ses observations sur la mesure envisagée et ses motifs.

IV. – Dans les domaines communs à un grand nombre de secteurs et dans les secteurs pour lesquels il n’existe pas de bureau de normalisation sectoriel agréé, l’élaboration des projets de normes est effectuée par l’Association française de normalisation dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l’article 9. Dans l’exercice du rôle de bureau de normalisation l’Association française de normalisation est soumise aux mêmes obligations que les bureaux de normalisation sectoriels à l’exception de celle d’agrément prévue au II.

Article 12

I. – Pour l’élaboration des projets de normes nationales, européennes et internationales, l’Association française de normalisation délègue sa mission aux organismes bénéficiant de l’agrément du ministre chargé de l’industrie prévu à l’article 11 qui l’exercent au nom et pour le compte de l’Association française de normalisation.

II. – Les normes nationales sont élaborées par les bureaux de normalisation agréés conformément à l’article 11 avec le concours de commissions de normalisation regroupant toutes les parties intéressées qui souhaitent participer à cette élaboration.

III. – Lorsque les travaux de normalisation relèvent de plusieurs bureaux de normalisation, l’Association française de normalisation, en concertation avec les parties concernées, détermine le bureau de normalisation assurant la coordination des travaux.

Article 13

I. – La délégation de mission fait l’objet d’une convention entre l’Association française de normalisation et le bureau de normalisation concerné approuvée par le délégué interministériel aux normes.

La convention prévoit, pour les bureaux de normalisation qui disposent des capacités pour exercer ces missions, la délégation de la conduite et de l’animation, confiées à la France, des travaux d’élaboration de normes européennes ou internationales.

II. – La convention prévoit les conditions dans lesquelles l’Association française de normalisation rémunère le bureau de normalisation au titre de la participation de ce dernier à l’élaboration de normes.

Article 14

Il peut être demandé une participation aux frais d’élaboration d’une norme aux membres des commissions de normalisation prévue au II de l’article 12.

Toutefois, il ne peut être demandé de participation aux frais d’élaboration d’une norme aux associations de consommateurs et aux associations de protection de l’environnement agréées compte tenu de leur représentativité sur le plan national, aux syndicats représentatifs de salariés, aux petites et moyennes entreprises de moins de 250 salariés ne dépendant pas à plus de 25 % d’un groupe de plus de 250 salariés, aux établissements publics d’enseignement et aux établissements publics à caractère scientifique et technologique, ainsi qu’aux départements ministériels au titre de la participation de leur responsable ministériel aux normes et de leur suppléant.

Article 15

L’homologation d’une norme par l’Association française de normalisation est précédée d’une enquête publique. Celle-ci consiste en la mise à disposition gratuite du projet de norme, comprenant au moins une version française, sur le site internet de l’Association française de normalisation pendant la durée de celle-ci, qui ne peut être inférieure à quinze jours, afin de permettre à toutes les parties intéressées de faire valoir leurs observations. L’organisation des enquêtes publiques est précédée d’une publicité suffisante.

Article 16

Le délégué interministériel aux normes est consulté par l’Association française de normalisation avant l’homologation de normes. Il peut s’opposer à l’homologation de celles-ci dans le délai d’un mois à compter de la transmission qui lui est faite par l’Association française de normalisation pour les mêmes motifs que ceux énumérés au I de l’article 10 et pour défaut de version française de la norme.

Il veille à l’emploi de la langue française.

Chapitre IV L’application des normes

Article 17

Les normes sont d’application volontaire.

Toutefois, les normes peuvent être rendues d’application obligatoire par arrêté signé du ministre chargé de l’industrie et du ou des ministres intéressés.

Les normes rendues d’application obligatoire sont consultables gratuitement sur le site internet de l’Association française de normalisation.

Chapitre V Dispositions finales

Article 18

Le décret n° 84-74 du 26 janvier 1984 fixant le statut de la normalisation est abrogé.

Article 19

Les agréments délivrés antérieurement à l’entrée en vigueur du décret restent valables jusqu’au 1er janvier 2010.

Article 20

Chargés de l’exécution…

Fait à Paris, le 16 juin 2009.

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ENCADRE

COMMENTAIRE

Abrogeant le décret du 26 janvier 1984, ce décret vient définir le nouveau système de normalisation. On remarque, que désormais la normalisation «vise à encourager le développement économique et l’innovation tout en prenant en compte des objectifs de développement durable». L’Afnor est donc chargée de représenter le système français de normalisation en visant à unifier la représentation à l’international et d’en assurer sa promotion. Est revu l’accès à la normalisation, avec la gratuité de participation pour les PME, aux commissions de normalisation, ou encore la gratuité de la consultation des normes rendues d’application obligatoire par la réglementation. Enfin, est renforcée la professionnalisation des bureaux de normalisation, qui passe par l’évaluation de leur activité.

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