Architecture Innovation

SPÉCIAL NUMÉRIQUE – Le numérique imprime sa marque

Mots clés : Innovations

A l’origine réservée au prototypage d’objets, l’impression 3D s’étend peu à peu au bâtiment.

Et permet aux concepteurs toutes les audaces.

Le cinéma, disait Jean-Luc Godard, c’est « imprimer une expression et exprimer une impression ». Et l’architecture ? Les technologies numériques au service de la discipline ont bouleversé la conception des édifices mais, paradoxalement, encore assez peu leur construction. La disruption espérée (redoutée ?) viendra peut-être de la banalisation de l’impression 3D qui pourrait permettre, à terme, d’assurer une véritable continuité entre processus de conception/modélisation et procédé de fabrication in situ.

Un circuit court, du BIM à l’immeuble « clés en main », somme toute ? On en est encore loin… A la confluence du design et de l’architecture, la récente exposition « Imprimer le monde » au Centre Georges-Pompidou (Paris) montre que, dès les années 1990, des architectes pionniers s’emparent des technologies robotiques et numériques pour développer simultanément de nouvelles approches de conception (outils de CAO en 3D) et de fabrication.

Biomimétisme. La question de la grande échelle, propre à l’architecture, donne lieu au développement d’imprimantes XXL en même temps que le langage architectural évolue vers des structures plus complexes et/ou plus performantes en s’inspirant, par exemple, de la nature et de ses lois (biomimétisme). L’imbrication des sciences et des technologies, aussi bien que la combinaison des mathématiques et de la biologie, ouvre également la voie à des possibilités de conception quasi autonomes, par la mise au point d’algorithmes et de systèmes génératifs. De nouveaux matériaux font leur apparition (composites), tandis que les matériaux traditionnels – bois, pierre, brique – voient leur assemblage, leur usinage et/ou leur mise en œuvre réinventés par le numérique.

Chemins de grue. Côté réalisation, l’impression de structures béton à grande échelle, destinée à réduire les coûts de construction autant qu’à optimiser la ressource en matière première, est au cœur des expérimentations conduites notamment par EZCT Architecture & Design Research (Paris), la start-up XtreeE (Paris), Gramazio Kohler Research (Zürich) ou encore l’architecte Achim Menges (Francfort). Pour leur part, designers et plasticiens, délivrés des contraintes propres à l’architecture (accessibilité, habitabilité, isolation, etc. ), poussent le procédé jusqu’à des états limites ( voir photos sur cette page ). Les prototypes spectaculaires ainsi réalisés, via des imprimantes ou des machines de découpe à commandes numériques, apparaissent comme la visualisation des algorithmes qui leur ont donné naissance. On est ici loin, très loin des rares bâtiments « imprimés » exhibés ici où là. Par leur pauvreté conceptuelle et formelle, ils tiennent encore souvent de l’architecture des « chemins de grues » de la Reconstruction, transposée à l’ère du tout-numérique…

Catalogue de l’exposition « Imprimer le monde », 332 p., 24 €. Editions du Centre Pompidou /Editions HYX.

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