Architecture Maquette numérique

SPÉCIAL NUMÉRIQUE – Le BIM avance à grands pas sur les petites opérations

Mots clés : Logiciels - Outils d'aide

D’abord utilisé pour des projets de grande ampleur, le BIM commence à être employé avec succès dans des constructions ou des rénovations de taille modeste.

Entre février et décembre 2016, la part de professionnels utilisant le building information modeling (BIM) a fortement augmenté. Selon le baromètre établi par le Plan de transition numérique dans le bâtiment (PTNB), elle a progressé de 8 points, pour s’établir, tous acteurs confondus, à 35 %. Un tel niveau, bien qu’encore faible, signifie que l’outil numérique commence à être pris en compte par les TPE-PME du bâtiment qui représentent la grande majorité des entreprises du secteur. Ces petites structures travaillent principalement sur des chantiers de taille modeste. Et quand elles s’approprient le BIM, il apparaît clairement qu’il apporte un plus à leurs prestations.

C’est l’une des motivations de Renocoop lancée en juin 2016. L’association, qui compte dans ses rangs Promodul, la Capeb, Saint-Gobain, Qualitel ou encore la CDC, a en effet mis en place une plate-forme web qui vise à fiabiliser et à industrialiser la rénovation énergétique des maisons individuelles, du petit collectif et même des petits commerces (lire p. 68). Renocoop utilise les technologies numériques – scanner laser 3D et photogrammétrie en tête – et fournit aux artisans les informations nécessaires à leur corps de métier dans une maquette simplifiée. Dans cette optique, le numérique n’est qu’un outil au service de la rénovation énergétique. « Nous avons déjà réalisé 12 chantiers-tests, essentiellement en Picardie et dans le Nord », indique Dominique Lefaivre, cofondateur et président de l’association. L’objectif de Renocoop est maintenant de réaliser une centaine d’opérations dans toute la France, puis de déployer une offre commerciale dédiée aux TPE et aux PME.

Corriger les erreurs avant la mise en chantier. Patrick Riedo est le représentant suisse de BIM & Co, une plate-forme collaborative de création et de publication d’objets pour la maquette numérique. Selon lui, « les capacités des bases de données associées à la maquette numérique améliorent l’analyse des performances énergétiques et permettent la conception de meilleurs bâtiments. » Patrick Riedo préconise ainsi le BIM comme aide à la conception même pour les maisons individuelles. A ses yeux, un modèle virtuel en 3D permet de détecter des interférences entre les différents lots techniques et de corriger les erreurs avant la mise en chantier. Sur le terrain, il voit déjà des entrepreneurs réaliser de tels modèles basés sur les plans d’architecte afin de vérifier la constructibilité du bâtiment concerné.

Fort de son expérience comme pilote de l’Atelier BIM virtuel (ABV) pour le PTNB – un projet qui compare les méthodes traditionnelles et l’approche BIM dans la construction d’un immeuble collectif de 30 logements ( lire p. 69) –, Christian Herreria a acquis une conviction : « Le BIM va progressivement s’imposer à tous, dans le neuf comme dans la rénovation, car il est plus efficient, anticipe les problèmes, réduit les déplacements, évite les malfaçons et accroît la qualité de la construction. » Ainsi, dans la mesure où chaque objet s’accompagne de ses propriétés, en particulier géométriques, il est plus facile de détecter les collisions entre une gaine et une poutre, par exemple.

Des visionneuses gratuites. Ce qui n’empêche pas Christian Herreria de lister quelques freins. Pour les maîtres d’œuvre, il cite la nécessité d’acquérir un logiciel qui coûte, formation comprise, quelque 15 000 euros, de disposer d’ordinateurs puissants et de spécialiser un collaborateur. De leur côté, les TPE-PME de travaux et les artisans n’ont pas systématiquement besoin de posséder un logiciel spécifique. Recevant une maquette d’exécution, ils peuvent la lire à l’aide de visionneuses souvent gratuites et y récupérer les informations dont ils ont besoin.

Quant à l’architecte Enri Chabal, un autre fervent partisan du BIM (lire p. 67), il énumère les quatre principales conditions pour que cet outil se développe rapidement : « D’abord, il faut que les maîtres d’ouvrage s’y mettent. Ensuite, il est nécessaire que toute la chaîne fonctionne. Par exemple, tous les documents doivent être édités en 3D dès le départ. Le succès du BIM impose également que le personnel soit formé et, enfin, que l’on vainque les peurs. » Rien d’impossible a priori.

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Groupe scolaire - L'interopérabilité prend vie autour d'une maquette commune

Alors que le maître d’ouvrage, la région Rhône-Alpes, ne l’exigeait pas dans l’appel d’offres, le cabinet Chabal Architectes a choisi d’expérimenter le BIM sur un chantier grenoblois : la construction du groupe scolaire Simone-Lagrange, sur une sur-face de 2 500 m² avec, comme principale difficulté à gérer, le passage des lots fluides dans les plafonds et les cloisons du bâtiment.

Anticipation des problèmes. Le bilan est positif. « Le BIM nous a permis d’anticiper les problèmes avant le démarrage du chantier et de dessiner réellement le projet en tenant compte des contraintes de pose », indique Enri Chabal, le gérant du cabinet. A cet effet, chaque entité a utilisé son propre logiciel, comme l’économiste qui a eu recours à un programme d’Attic+. Les résultats obtenus ont ensuite été assemblés pour ne former qu’une seule maquette visualisable dans Tekla BIMsight. Quant aux intervenants sur le chantier, ils ont pu s’y connecter avec leurs propres logiciels ou presque. Le plaquiste Laye Plâtrerie a utilisé les services de BIM Cloisons, dédié aux produits Siniat.

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Maisons individuelles - Quand le BIM s'adapte aux TPE

Deux des chantiers expérimentés en Picardie par l’association Renocoop, qui porte assistance aux PME sur les chantiers de rénovation énergétique, démontrent les avantages du BIM sur des petites opérations. Ainsi, à Valenciennes (Nord), un immeuble en R + 2 a fait l’objet d’un scan 3D pour créer une maquette numérique. Or, le logiciel Revit nécessaire à l’utilisation de celle-ci étant onéreux pour une petite entreprise – quelque 5 000 euros auxquels il faut ajouter près de 300 euros par mois d’abonnement -, une solution alternative a été proposée par Renocoop : créer une plate-forme à partir de photos numériques, lisibles à 360° avec une visionneuse, qui permet de visiter virtuellement le bâtiment. Et de gagner du temps pour la prise de cotes, en particulier.

De 10 à 15 % moins chère. Autre exemple : la rénovation d’une maison picarde avec l’installation d’un escalier entre les combles et l’étage inférieur. En mettant en œuvre le BIM, la petite entreprise générale de trois personnes chargée du chantier s’est montrée de 10 à 15 % moins chère. Deux raisons à cela : d’une part, elle a adapté exactement la quantité de matériaux nécessaire aux besoins du chantier ; d’autre part, elle a gagné 2,5 jours de travail après seulement une demi-journée de formation.

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Logement collectif - Des PME se prêtent au jeu de la reconception virtuelle

Comparer un projet déjà construit de manière traditionnelle avec celui qui aurait pu voir le jour grâce au BIM avec des TPE/PME et en suivant les étapes de la loi MOP : telle est l’expérience menée par l’Atelier BIM virtuel (ABV) qui vient de s’achever. Appliqué à un ensemble de 30 logements à La Rochelle (Charente-Maritime), il a réuni 130 participants dont la grande majorité n’avait encore aucune expérience du BIM : architectes, bureaux d’études, économistes, etc.

Travail collectif. D’autres sont montées en compétences. Ainsi, Isore Bâtiment, une PME spécialiste des travaux de façades et l’isolation par l’extérieur, ne travaillait jusqu’alors qu’en BIM niveau 1, soit une base de données et une visualisation 3D sans échanges avec d’autres acteurs. « Cette expérience nous a obligés à être rigoureux. Nous avons appris à travailler collectivement avec des entreprises de différents corps d’état et nous pourrons désormais répondre à des appels d’offres en maquette numérique », se félicite Anne Manier, directrice technique adjointe de la société.

L’atelier va se poursuivre, avec la même résidence (ABV+). Il s’agit maintenant de voir comment optimiser le chantier grâce à la 4D, c’est-à-dire la prise en compte des approvisionnements et du phasage des opérations. Autre point clé, l’ABV+ utilisera le BIM afin de réaliser l’analyse du cycle de vie du bâtiment.

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