Architecture

Sous les ors de Dufour, le public est roi

Mots clés : Architecte

Le pavillon a été transformé pour devenir l’accès principal du palais. L’architecte Dominique Perrault y réinterprète les fastes de la cour.

Avec « amour et une certaine liberté ». C’est l’état d’esprit dans lequel Dominique Perrault s’est emparé d’une part de Versailles. En 2011, l’architecte avait remporté le concours lancé pour le réaménagement du pavillon Dufour. Pour établir le nouvel accueil du château dans cet édifice qui borde la cour royale au sud, il a réinterprété les codes royaux pour en donner une version plus actuelle.

L’opération, menée avec l’architecte en chef des monuments historiques (ACMH), Frédéric Didier, pour le volet restauration, a représenté une étape décisive du grand programme de travaux engagé en 2003 à Versailles. Entre autres objectifs, ce schéma directeur visait à améliorer les conditions de visites du monument. Le château, qui offrait alors un confort plutôt spartiate au public, semblait se plaire à le perdre entre ses multiples points d’accès. Pour rendre les circuits plus fluides, la cour royale a donc été fermée avec la restitution – souvent décriée – de sa grille depuis longtemps disparue, la billetterie a été déplacée et les services administratifs ont quitté le pavillon Dufour.

Gageure. Cette aile est alors entrée en chantier en 2013 et depuis février dernier, elle est devenue l’unique porte d’entrée pour les visiteurs individuels, mais aussi la seule sortie pour l’ensemble du public, groupes compris. Ce changement d’usage relevait de la gageure tant l’espace était restreint et le flot des touristes considérable. En 2015, ils ont ainsi été 4,39 millions à passer le seuil du château. Pour pallier cette exiguïté, le programme du concours d’architecture avait autorisé les candidats à créer une extension sur la cour des Princes, pour épaissir le bâtiment. « Cette suggestion nous avait paru étrange, raconte Dominique Perrault. D’ailleurs, si nous n’avions pas trouvé une autre solution, nous n’aurions pas rendu le concours. » A Versailles, l’architecte a donc envisagé un de ses terrains d’exploration privilégiés : la profondeur.

Tandis que le rez-de-cour du pavillon a été réservé au hall d’accueil, le sous-sol a été creusé pour aménager les espaces de sortie. Le projet se permet finalement une seule intervention visible de l’extérieur : un grand escalier s’est glissé dans le retrait de la façade sud. A la fin de leur parcours, les visiteurs débouchent ainsi dans la cour des Princes. L’élément s’est voulu discret malgré les dimensions de son garde-corps. Large d’un peu plus d’un mètre, ce long caisson vitré permet en effet de faire descendre de la lumière naturelle jusque dans les nouveaux locaux souterrains. Quant à la couleur dorée de sa structure, elle est comme le prolongement extérieur de l’ambiance choisie pour l’ensemble du projet par Dominique Perrault.

L’esthétique précieuse s’est propagée jusque sous les toits du pavillon Dufour.

Eclat. L’architecte a, là, eu recours à ses ingrédients de prédilection que sont le métal et les teintes dorées. Le nouvel espace d’accueil apparaît éclatant avec son dais en maille en aluminium anodisé et ses lustres aux pétales d’or. « Il n’y a aucun doute possible : dès que l’on pousse la porte, on est à Versailles, assure l’architecte. Mais il n’était pas question de tomber dans des tonalités vulgaires. Au contraire, ces matières dorées n’empêchent pas une certaine douceur. » Pour Gaëlle Lauriot- Prévost, la directrice artistique de l’agence Dominique Perrault Architecture (DPA), les formes ondoyantes ou florissantes font aussi écho « à l’exubérance versaillaise, celle des robes d’autrefois ou du drapé des rideaux ». L’esthétique précieuse du projet, mené sous la maîtrise d’ouvrage de l’établissement public du château de Versailles et de son mandataire, l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (Oppic), s’est propagée jusque sous les toits. Dominique Perrault a aménagé un restaurant pour Alain Ducasse au premier étage et glissé, dans les combles, un auditorium de 150 places. Le métal a alors cédé le pas au bois : le chêne de l’enveloppe en forme de coque de bateau renversée de la salle de conférences ou les boiseries conservées dans les salons du restaurant.

Maîtrise d’ouvrage : Etablissement public de Versailles ; mandataire : Oppic.

Maîtrise d’œuvre : Dominique Perrault Architecture ; Frédéric Didier, ACMH ; Gaëlle Lauriot-Prévost, design, mobilier et lustrerie ; Khephren, génie civil ; Inex, fluides ; Lamoureux, acoustique/éclairage. Surface : 2 000 m² SDO environ.

Principales entreprises : Lainé Delau et Degaine/Vinci (gros œuvre, second œuvre, pierre) ; EPH/Setelec (lustrerie). Budget : 26 M€ TTC.

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