Architecture Technique Equipement culturel

Sous le plus simple hangar du monde

Mots clés : Établissements industriels, agricoles, ICPE - Manifestations culturelles

L’extension du Centre national des arts du cirque, inaugurée le 9 octobre à Châlons-en-Champagne, est une fabrique d’artistes. Et elle en cultive l’allure.

«Les architectes aiment les contraintes », rappelle Matthieu Poitevin. Il n’a donc pas été déçu quand, avec son agence désormais dénommée Caractère spécial §, il a remporté en 2011, en association avec NP2F, le concours pour la réalisation de l’extension du Centre national des arts du cirque (Cnac), à Châlons-en-Champagne (Marne). Le site dont l’équipe a alors hérité, au bord du canal latéral à la Marne, est inondable et cisaillé par le viaduc d‘une route départementale ; il est aussi soumis aux règles d’une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP).

Cela ne suffisait apparemment pas. Lors du concours, les lauréats avaient choisi de garder les bâtiments, pourtant sans valeur apparente, de la coopérative agricole qui occupait le terrain auparavant. Ils avaient d’ailleurs été les seuls concurrents à proposer leur conservation. Alors que, depuis sa création en 1985, le Cnac est également installé, tout près de là, dans un beau cirque du XIXe siècle, un monument inscrit, l’architecte Marc Kauffmann, chef du projet d’extension pour Caractère spécial §, explique : « Nous considérions que ces hangars étaient, eux aussi, du patrimoine. »
Il n’était pas question cependant d’y loger les salles d’entraînement et de répétition des apprentis circassiens, ni les bureaux de l’administration, ni les logements étudiants. Les bâtiments existants ont fait l’objet de travaux limités de désamiantage et de couverture – certains d’entre eux attendent encore leur affectation (voir ci-contre) -, pendant que de nouveaux édifices étaient construits. Mais au grand écart périlleux entre le neuf et l’ancien, les architectes ont préféré le jeu de l’illusion.

Morceaux de bravoure.

Les nouveaux locaux dédiés à la formation et à la recherche, qui ont été inaugurés le 9 octobre dernier, ont en effet revêtu les mêmes atours que les hangars. Ils arborent aussi des façades quasi aveugles, de grandes toitures à deux pans et un bardage identique en plaques de fibrociment ondulé (Eternit). « Ces matériaux simples, qu’on détestait jusqu’à présent, ont trouvé là de la noblesse », juge Matthieu Poitevin. Surtout, l’extension du Cnac, avec son allure unitaire et ses angles saillants, simple et sculpturale à la fois, a le mérite « de ne pas raconter de métaphore, assure l’architecte. Il y avait ici des hangars agricoles. Et cela reste aujourd’hui des hangars, mais des hangars à imaginaire. Des lieux de travail et de sueur. »

Le projet n’a donc pas tenté l’évocation naïve des chapiteaux, d’autant que les vrais sont dressés de l’autre côté de la route départementale. Pourtant il ne s’est pas interdit quelques morceaux de bravoure. Telles ses grandes structures préfabriquées et coulées en place, en béton « forain » donc ! (voir le dossier technique du « Moniteur » n° 5798 du 9 janvier 2015). Ou encore l’envolée dessinée par son escalier extérieur. Sans oublier cet ultime exploit, que ne manque pas de souligner le maître d’ouvrage délégué, l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (Oppic) : le chantier, même avec son supplément de surfaces rénovées, a été mené dans l’enveloppe budgétaire prévue.

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Maîtrise d’ouvrage : ministère de la Culture et de la Communication, Oppic (déléguée). Maîtrise d’œuvre : Caractère spécial § Matthieu Poitevin (architecte mandataire), NP2F (associé). BET : DVVD (structure), Elithis (fluides/QE), Lumières Studio (éclairage), Ducks Scéno (scénographie), Orfea (acoustique), Base (paysage). Principales entreprises : Cari (gros œuvre), Cari-Thouraud (charpente métallique), Couvreurs sparnaciens (couverture), HGB (plafonds, doublage, cloisons). Coût des travaux : 5,1 M€ HT. Calendrier : concours, 2011 ; chantier, décembre 2013 ; livraison, juin 2015.

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Programmation - Des usages à inventer pour habiter les surfaces sauvées

Le projet d’extension a permis de construire quelque 3 000 m² SP de bâtiments neufs. Mais le parti pris des agences Caractère Spécial § et NP2F a aussi autorisé un appréciable gain de surfaces grâce à la préservation des bâtiments d’origine. Après une démolition très partielle, il reste ainsi 680 m² du silo Rousseau, auxquels il faut ajouter notamment les 1 851 m² du hangar nord. Les travaux ont consisté à désamianter ces lieux et à refaire leur enveloppe, mais guère plus. D’autant que si certains espaces servent déjà au stockage, l’affectation du silo, par exemple, n’est pas arrêtée. Entre ses anciennes parois en bois, un peu gondolées par le stockage du grain, Gérard Fasoli, le directeur général du Cnac, verrait bien la création d’un lieu de récupération de scénographies de spectacles. « Celles-ci partent le plus souvent, explique-t-il. Nous pourrions donc les inventorier et les transformer afin de permettre leur réemploi. » Autre piste possible : en faire un lieu d’exposition.

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