Enjeux 3/4

Sous le chantier, un cadavre

Mots clés : Réseau routier

Plusieurs dépouilles de jeunes femmes ont été retrouvées le long du tracé de l’autoroute A 26. De quoi suspecter les ouvriers ayant construit ce que les médias ont surnommé la « voie maudite ».

Ce matin d’avril, les ouvriers s’affairent au terrassement du chantier. Tout à coup, le conducteur du bouteur s’arrête, choqué par ce qu’il vient d’apercevoir. Sous la caillasse, le bulldozer a déterré un bras humain. Une scène de film d’horreur ? Pas du tout, c’est ce qu’ont vécu les salariés chargés du terrassement du chantier de l’autoroute A26, le 11avril 1986, à Anguilcourt-le-Sart (Aisne). Ce matin-là, ils ont exhumé une partie du corps de Christel Oudin, 13ans, disparue cinq mois plus tôt. Une gourmette gravée au nom de l’adolescente, retrouvée quelques mètres plus loin, contribuera à l’identification de la dépouille.

Ce n’est pas le premier cadavre trouvé sur le tracé de l’autoroute. En juin 1985, le corps de Sophie Borca avait déjà été découvert dans un bois d’Homblières (Aisne). Et en octobre 1988, Marie-Thérèse Borde, kidnappée sur une aire de repos de l’A26, est trouvée sans vie non loin du tracé, à Ployart-et-Vaurseine (Aisne). La réputation de l’autoroute est faite : l’A26 est surnommée « la voie maudite ».

Ouvriers « oisifs ».

Face à cette série noire, les soupçons des enquêteurs se sont tournés vers les ouvriers chargés de la construction de l’autoroute. A l’époque, « il y avait énormément de travailleurs, et beaucoup d’entre eux étaient oisifs le dimanche, indique l’enquêteur sur les dossiers Borca, Oudin et Borde, lors d’un reportage de France 2. Il y avait des campements d’ouvriers qui habitaient dans des camping-cars… Parmi ces gens-là, il y avait certainement des personnes enclines à faire des conneries. » Pourtant, les indices récoltés ne donnent rien. Le ou les tueurs de l’A 26 courent toujours. Et selon les rumeurs, d’autres disparues de la région pourraient être ensevelies sous l’asphalte…

La semaine prochaine, « Meurtre à la fourgonnette ».

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ENCADRE

« Geler les lieux à la manière d’un policier »

Les découvertes de corps sur des chantiers sont nombreuses. Au premier semestre 2015, le cadavre d’une jeune femme a été retrouvé sur un chantier maritime à Dieppe (Seine-Maritime) ; à Viry-Châtillon (Essonne), un corps sans mâchoire ni pieds a été découvert sur le chantier d’un immeuble en construction… Face aux ouvriers sous le choc, il faut « geler » les lieux (écarter les employés, leur interdire l’accès, tout contact et déplacement du corps) et délimiter un périmètre défendu aussi étendu que possible. Ces précautions éviteront une éventuelle infraction pénale pour modification de l’état des lieux et altération de preuves. Il faut aussi tenir le personnel à disposition des enquêteurs, stopper l’activité, alerter la police ou la gendarmerie, le procureur de la République et les autorités locales. Les conséquences d’une telle découverte seront diverses : a minima, on recherchera si le chantier a été correctement sécurisé ; au pire, on évaluera la responsabilité des entreprises intervenantes.

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