[TO] Environnement Recyclage

Sortie du « statut de déchet » : l’arrêté du 2 août 2012 est annulé

Mots clés : Démarche environnementale - Environnement - démarche environnementale - Gouvernement - Jurisprudence

Arrêt du 29 janvier 2014 Conseil d’état CE du 29 janvier 2014, n° 363299, « Fédération des entreprises du recyclage c/ ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie »

Vu la requête, enregistrée le 8 octobre 2012 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, présentée par la Fédération des entreprises du recyclage (Féderec) ; la Féderec demande au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 2 août 2012 du ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie relatif aux principes du système de gestion de la qualité mentionné à l’article D. 541-12-14 du code de l’environnement ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la directive 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil du 19 novembre 2008 ;

Vu le code de l’environnement, modifié notamment par l’ordonnance n° 2010-1579 du 17 décembre 2010 ;

Vu le décret n° 2009-697 du 16 juin 2009 ;

Vu le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

– le rapport de M. Jean-Baptiste de Froment, Maître des Requêtes,

– les conclusions de M. Xavier de Lesquen, rapporteur public ;

1. Considérant, d’une part, qu’aux termes de l’article L. 541-4-3 inséré dans le code de l’environnement par l’ordonnance du 17 décembre 2010 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne dans le domaine des déchets : « Un déchet cesse d’être un déchet après avoir été traité dans une installation visée à l’article L. 214-1 soumise à autorisation ou à déclaration ou dans une installation visée à l’article L. 511-1 soumise à autorisation, à enregistrement ou à déclaration et avoir subi une opération de valorisation, notamment de recyclage ou de préparation en vue de la réutilisation, s’il répond à des critères remplissant l’ensemble des conditions suivantes : / – la substance ou l’objet est couramment utilisé à des fins spécifiques ; / – il existe une demande pour une telle substance ou objet ou elle répond à un marché ; / – la substance ou l’objet remplit les exigences techniques aux fins spécifiques et respecte la législation et les normes applicables aux produits ; / – son utilisation n’aura pas d’effets globaux nocifs pour l’environnement ou la santé humaine. / Ces critères sont fixés par l’autorité administrative compétente. Ils comprennent le cas échéant des teneurs limites en substances polluantes et sont fixés en prenant en compte les effets nocifs des substances ou de l’objet sur l’environnement. / Les modalités d’application du présent article sont fixées par décret. « ; qu’aux termes de l’article D. 541-12-14 du code de l’environnement, créé par le décret du 30 avril 2012 relatif à la procédure de sortie du statut de déchet et pris en application de l’article L. 541-4-3 : « Les exploitants des installations mentionnées à l’article L. 214-1 ou à l’article L. 511-1 qui mettent en œuvre la procédure de sortie du statut de déchets appliquent un système de gestion de la qualité couvrant les processus de contrôle des critères de sortie du statut de déchet. Le système de gestion de la qualité est défini dans les arrêtés mentionnés aux articles D. 541-12-10 ou D. 541-12-15. » ; qu’aux termes de l’article D. 541-12-15 : « Des arrêtés du ministre chargé de l’environnement fixent le contenu du dossier mentionné à l’article D. 541-12-6 et les principes du système de gestion de la qualité mentionné à l’article D. 541-12-14. » ;

2. Considérant, d’autre part, qu’aux termes de l’article 17 du décret du 16 juin 2009 relatif à la normalisation : « Les normes sont d’application volontaire. / Toutefois, les normes peuvent être rendues d’application obligatoire par arrêté signé du ministre chargé de l’industrie et du ou des ministres intéressés. (…) » ; qu’il résulte de ces dispositions que sont entachées d’illégalité les dispositions réglementaires qui renvoient à tout ou partie d’une norme, en des termes qui imposent le respect de celle-ci, sans avoir été signées par le ministre chargé de l’industrie ;

3. Considérant que, pour l’application des dispositions de l’article D. 541-12-15 du code de l’environnement, l’arrêté du 2 août 2012 relatif aux principes du système de gestion de la qualité, dont la Fédération des entreprises du recyclage (Féderec) demande l’annulation pour excès de pouvoir, se borne à énoncer que ces principes « sont constitués par les exigences de la norme NF EN ISO 9001 homologuée le 5 novembre 2008 » et à indiquer que « Le système de gestion de la qualité est certifié au titre de cette norme par un organisme d’évaluation de la conformité ayant obtenu une accréditation pour procéder à l’audit et à la certification de systèmes de management. » ; que, contrairement aux prescriptions de l’article 17 du décret du 16 juin 2009, l’arrêté attaqué n’a pas été signé par le ministre chargé de l’industrie, alors que ses dispositions imposent le respect de cette norme aux exploitants des installations mentionnées à l’article L. 214-1 ou à l’article L. 511-1 du code de l’environnement qui mettent en œuvre la procédure de sortie du statut de déchets ; qu’il est, par suite, entaché d’incompétence ;

4. Considérant qu’il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de sa requête, la Féderec est fondée à demander l’annulation de l’arrêté qu’elle attaque ; qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros à verser à la Féderec au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Décide :

Article 1er : L’arrêté du 2 août 2012 du ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie relatif aux principes du système de gestion de la qualité mentionné à l’article D. 541-12-14 du code de l’environnement est annulé.

Article 2 : L’Etat versera à la Féderec une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la Fédération des entreprises du recyclage et au ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.

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ENCADRE

COMMENTAIRE

Le Conseil d’État a annulé l’arrêté du 2 août 2012, qui soumettait les entreprises de recyclage à la norme qualité NF EN ISO 9001 (article D. 541-12-14 du Code de l’environnement). La Fédération des entreprises du recyclage faisait valoir que seul le ministre chargé de l’industrie pouvait rendre obligatoire le respect d’une norme volontaire définissant le système de gestion de la qualité que doivent établir les exploitants des installations mettant en œuvre la procédure de sortie du « statut de déchet ». Or, l’arrêté litigieux était signé par le ministère de l’Écologie.

Cette annulation, motivée par des règles de légalité externe, ne porte pas sur la justification du recours à la norme ISO 9001. Le gouvernement pourrait donc de nouveau imposer par arrêté un dispositif similaire, signé par le ministre compétent. Les requérants précisent toutefois qu’ils sont associés à la rédaction d’un nouvel arrêté qui n’imposerait pas le recours à la norme ISO 9001 mais permettrait de recourir à des certifications moins coûteuses.

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