Architecture et urbanisme

Sèvres Un parc nautique sur les berges de la Seine

Mots clés : Architecte - Architecture - Architecture intérieure - Bois - Droit de l'urbanisme - Energie renouvelable - Sport

La friche de l’île de Monsieur va devenir un espace naturel voué à la pratique des sports nautiques. Ce parc constituera un poumon vert, face au développement urbain des anciens terrains Renault de Boulogne-Billancourt.

L’île de Monsieur, rattachée à la rive gauche de la Seine depuis le début du XIXe siècle, va redevenir un havre de verdure. Un projet de dimension intercommunale programmé sur sept hectares et demi : une base nautique, un centre de loisirs sans hébergement pour les classes scolaires, des espaces naturels, des aires de sports, de plage et de plein air. Les communes de Boulogne-Billancourt, de Saint-Cloud, de Chaville et de Ville-d’Avray participent à son financement avec le département des Hauts-de-Seine et la ville de Sèvres. Le « syndicat mixte pour les activités nautiques, sportives et de loisirs du Val-de-Seine » a déjà acquis le terrain à Réseau ferré de France (RFF) et déposé le permis de construire (1).

Remodelage des infrastructures

L’opération s’étend au remodelage des infrastructures qui l’encadrent.

L’île de Monsieur est, en effet, coupée du parc de Saint-Cloud par une artère routière à 2 fois 2 voies – la RD7 – tandis que la ligne du tramway en bordure de Seine tend à l’isoler du fleuve. On a donc programmé de déplacer la seconde pour l’accoler à la première, laquelle deviendra un boulevard urbain, avec réduction de la vitesse et installation de feux tricolores (2). Il est également question de supprimer l’échangeur routier situé devant la Manufacture de porcelaine et d’améliorer l’entrée de Sèvres, en tête du pont.

Les travaux de dépollution engagés par RFF se terminent actuellement. Mais le sol reste imperméabilisé par l’asphalte, le béton et les hangars existant qui restent à démolir. L’agence 2AD Architecture a remporté le marché de définition avec le parti paysager de ramener à l’intérieur du terrain le biotope de la rive, notamment flore et avifaune. Corridor écologique, gestion différenciée du parc et biodiversité sont au coeur du projet. D’où un important travail de gestion de l’eau pluviale, qui commence dès les parkings aménagés aux entrées nord et sud : noues paysagères, fossés d’orage…

Des niches écologiques

Une portion du site sera protégée. Des niches écologiques seront créées à partir d’un « lacet » d’eau (initialement pompée dans la Seine) et assainie en complément par des plantes microphytes. Le public pourra observer les milieux aquatiques en se promenant sur différentes circulations hautes : ponton-passerelle aérien qui structure le parc ou mail planté sur le remblai désaffecté du tramway. Rempart de l’intimité du quai et des péniches habitées présentes aujourd’hui, cette promenade en balcon sur la berge bifurquera au nord pour desservir une nouvelle entrée du parc de Saint-Cloud. Dans le même souci de maintenir les usages actuels, le site doit permettre l’évolution des rollers et skaters, sur une aire réservée, entre voie ferrée et boulevard.

A un quart d’heure de La Défense

Les concepteurs privilégient les matériaux de construction naturels : murs de gabions, bois, toitures végétalisées : une architecture qui concilie une approche environnementale poussée avec une recherche de transparence et de filtrage des lumières.

Le passé industriel du site n’est pas oublié : les hangars à bateaux s’affichent avec toitures en pente et grands portails coulissants le long d’un vaste deck aux qualités scéniques. Même poétique pour le mobilier urbain : le jeune designer Vincent Dupont-Rougier propose, sur le thème de la fabrique, des plates-formes conviviales regroupant banc, lampadaire, poubelle, claustra -paravent et rambardes.

Dans le cadre du développement urbain des anciens terrains Renault (île Seguin et secteur du Trapèze) sur Boulogne-Billancourt, il est prévu de relier à terme l’île Seguin par une passerelle à la rive de Sèvres. Un accès supplémentaire pour un poumon vert placé stratégiquement, avec le tramway, à un quart d’heure de La Défense comme de la porte de Versailles.

(1) La commission départementale des sites a donné un avis favorable à ce projet inscrit dans la zone de protection du domaine de Saint-Cloud et du Musée national de la céramique. (2)L’obtention du financement complet du projet de dévoiement du tramway n’est pas encore confirmée.

Parc nautique de l’île de Monsieur

Lieu : Sèvres.

Maîtrise d’ouvrage : syndicat mixte pour les activités sportives et de loisirs du Val-de-Seine.

Conducteur d’opération : G3A

Maîtrise d’oeuvre : – 2AD Architecture : Alain Desgroux, architecte mandataire. Lucie Rivault, architecte responsable du projet. – 2AD Ingénierie : Isabelle Pougheon, architecte HQE, Vincent Dupont-Rougier, design mobilier urbain. – Paysagiste : Architecture du Paysage (Jean-François Quesson). – BET VRD : Viatec. – BET Fluides : Pouget Consultants. – BET Structure et bois : Charpente Concept. – Economiste : Cabinet Pigeon.

Coût d’acquisition des terrains RATP – RFF : 10 millions d’euros.

Coût d’objectif travaux (dont 10 000 m2 Shon de bâtiments pour la base nautique) : 29 millions d’euros.

Coût dévoiement tramway : 6 millions d’euros.

Financement : département (51%), Boulogne-Billancourt (24% ), Sèvres (12% ) Saint-Cloud (6% ), Chaville (4%) et Ville-d’Avray (3% ).

DESSIN :

Le projet n’oublie pas le passé industriel du site : toits en pente et grands portails coulissant pour les hangars à bateaux .

PHOTO :

Dans un méandre de la Seine, l’île de Monsieur, au premier plan, et, à droite, l’île Seguin. La reconquête des berges de la Seine est en route.

Entre la Seine et le parc de Saint-Cloud, l’île de Monsieur offrira un havre de verdure de 7,5 ha dans lequel s’installeront une base nautique, un centre de loisirs pour les scolaires, des espaces naturels…

PLAN :

Plan-masse. Des espaces naturels se développent entre la base nautique et le centre de loisirs.

SCHEMA :

Coupes ouest-est. Le parc, à l’abri des infrastructures, favorisera la biodiversité autour d’un «ruban d’eau» filtré par les plantes.

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ENCADRE

Une démarche HQE globale

L’approche HQE est au coeur du projet d’aménagement de l’île de Monsieur. Mais plus qu’une réflexion cible par cible, c’est une démarche globale et concertée entre les différents acteurs du projet, autour de trois thèmes principaux : l’écologie du paysage, les réseaux (eau et éclairage) et leurs options alternatives, la qualité durable de l’architecture (choix des matériaux et des énergies, confort d’ambiance).

La reconquête de l’île suppose de savoir favoriser la biodiversité en respectant le patrimoine végétal existant et de répondre au mieux à la présence de la Seine et de la nappe phréatique. C’est, par exemple, prescrire la récupération et la réutilisation des eaux de ruissellement du site (comme de celles des toitures, plantées pour certaines d’entre elles). Plusieurs méthodes sont à l’étude pour l’entretien du parc, sur le principe d’une gestion différenciée du paysage. Une niche écologique est préservée à l’endroit d’un ruban d’eau filtrée par les plantes. Des études de comparaison énergétique sont également menées pour les bâtiments, avec une approche en coût global. Des capteurs solaires produiront l’eau chaude sanitaire. Il est envisagé aussi de recourir à la géothermie pour le chauffage ou le rafraîchissement intérieur.

En ce qui concerne les choix constructifs, le bois sera prédominant (filière sèche), ne serait-ce que pour réduire notablement les nuisances du chantier sur l’environnement. Cette option concerne également le second oeuvre, pour lequel seront privilégiés les matériaux naturels. L’établissement d’une charte de «chantier vert» compte aussi parmi les objectifs.

On ajoutera le souhait de mettre en place une logistique d’information et de pédagogie sur l’écologie et l’architecture à destination du grand public.

ENCADRE

«Participer à la remise en valeur de ce méandre de Seine»

François Kosciusko-Morizet, maire de Sèvres et président du syndicat mixte pour les activités nautiques, sportives et de loisirs du Val-de-Seine.

Comment la ville de Sèvres a-t-elle porté ce projet ?

Dans les Hauts-de-Seine, la reconquête des berges de la Seine n’est plus une utopie. Les préconisations du schéma directeur du Val-de-Seine commencent à porter leurs fruits. C’est un thème de réflexion sur lequel je travaille pour ma part depuis plus de 10 ans. A Sèvres, les grandes infrastructures de transport ont coupé le fleuve de la ville. Mais au XVIIe siècle, il y avait ici un port de passagers et de marchandises pour desservir le château de Versailles, puis la Manufacture de Sèvres.

Maire depuis bientôt 9 ans, je veux renouer avec le sens de notre histoire locale. A la fin des années 90, le tramway T2 a remplacé la ligne de chemin de fer bordant la Seine. Nous avons déjà pu mettre en place des franchissements pour inviter le public à flâner sur les berges et le chemin de halage a pu être nettoyé avec des moyens souvent modestes, voire des actions bénévoles.

Pourquoi avoir laissé aussi longtemps à l’abandon ces lieux de promenade privilégiés ?

Pour une raison simple : les égouts se déversaient dans la Seine. Résoudre cette question cruciale supposait de très gros moyens. Cela s’est fait en deux étapes : d’abord par la mise en service d’un collecteur en direction de la station de traitement d’Achères ; ensuite par la réalisation par le Syndicat du ru de Marivel, que je préside, d’un bassin de stockage enterré en bordure de Seine. La rive y a gagné un lieu aménagé et éclairé la nuit pour la promenade ; un port fluvial a été réalisé.

Ces aménagements ont été effectués avec le soutien d’une vie associative en plein essor qui fonde son dynamisme sur le potentiel extraordinaire de ce site classé, voué aux activités nautiques.

Il y a eu aussi l’arrivée progressive de bateaux-logements : de nouveaux habitants qu’il a fallu accueillir. Aujourd’hui, le rachat à RFF d’une grande partie de l’île permettra le réaménagement de 800 m de berges, la création d’une base nautique et d’un parc de 7,5 ha. C’est une façon de recréer une liaison verte entre le parc de Saint-Cloud et le fleuve.

Comment les villes partenaires du projet se sont-elles mobilisées?

Ce projet a bénéficié peu à peu de synergies avec les communes voisines, notamment Boulogne-Billancourt et Saint-Cloud. J’ai convaincu finalement 5 communes de nous rejoindre, aux côtés du département avec lequel Sèvres travaillait déjà en relation étroite. On a constitué une intercommunalité avant la lettre avec un projet d’intérêt départemental dans un site exceptionnel. Dans le cadre de la reconquête de ce méandre de Seine, le projet de l’île de Monsieur épaule celui de l’île Seguin. Il fallait que la politique de Sèvres soit à la hauteur de l’enjeu et s’affirme comme l’un des moteurs de la remise en valeur du grand paysage de l’Ouest parisien.

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