Technique et chantier

SÉCURITÉ INCENDIE La détection de fumée se généralise

Mots clés : Normalisation - Marquage CE - Sécurite civile - Sécurite des ouvrages

Les fumées seront d’ici peu pourchassées jusque chez les particuliers au moyen de capteurs optiques économiques, hélas pas toujours irréprochables. Côté professionnel, les fabricants rivalisent d’ingéniosité pour rendre la détection toujours plus sûre.

En matière d’incendie, les grands désastres commencent presque toujours par de petites fumées. Des flammèches, voire de simples échauffements de câbles électriques, simples à combattre pour peu qu’on les détecte à temps, c’est-à-dire dans les premières minutes. De jour, la vigilance peut suffire à éviter le pire. C’est donc de nuit qu’ont lieu 70 % des décès imputables aux incendies domestiques, faute d’un système capable d’alerter les occupants durant leur sommeil. Or ce système existe : c’est le DAAF (détecteur avertisseur autonome de fumée), un capteur bientôt obligatoire dans le résidentiel (lire « L’avis de l’expert » p. 80) et dont l’alarme sonore très puissante peut protéger tout un étage d’habitation. Selon des études menées dans les pays anglo-saxons où ces matériels sont banalisés, on estime que la mortalité incendie est réduite de moitié lorsque le taux d’équipement passe de zéro à 80 %. Avec de bons matériels du moins !

En effet, lors de tests réalisés sur un échantillonnage de produits commerciaux dans des conditions réelles de feu domestique, la commission de sécurité des consommateurs a mesuré des temps de réaction généralement compris entre 1 et 3 minutes pour les feux déclarés, mais pouvant aller jusqu’à 10 minutes sur feu couvant. « Seule une minorité de détecteurs se montrent suffisamment actifs sur les feux localisés », regrette l’organisme, qui demande aux pouvoirs publics une intensification des opérations de contrôle. « Dans les grandes surfaces de bricolage, on trouve 25 % à 30 % de produits douteux. Bien souvent du matériel chinois très peu coûteux, parfois vendu moins de 10 euros », prévient Michel Mallard, délégué général de la Fédération française de matériel d’incendie (FFMI). D’où l’importance des marques pouvant apporter des preuves de conformité à des référentiels techniques connus. « Au-delà du marquage CE et de l’EN 14 604, il y a la marque NF qui applique des critères supplémentaires garantissant la qualité et l’efficacité des produits », plaide ainsi l’Afnor, créateur du label NF DAAF. Ces critères portent, entre autres, sur l’aptitude à l’emploi, l’ergonomie et la qualité de fabrication (audits indépendants en usine).

Un secteur en mutation

Pas de souci de qualité en revanche dans le domaine professionnel où les spécialistes de la détection, pour la plupart présents au prochain salon Expoprotection (du 4 au 7 novembre à Paris-Nord Villepinte), développent des produits toujours plus performants, faciles à utiliser et esthétiques. Pour preuve la sensibilité et le silence de fonctionnement du nouveau système aspirant Titanus Silent de Wagner Group, la convivialité repensée de la centrale incendie Sensea de Nugelec ou encore le design verre-acier des détecteurs de la gamme Architecture d’Aviss. Pour ne citer que ces quelques exemples.

En réalité, du détecteur domestique à la centrale haut de gamme, c’est tout un secteur qui est en train de muter, porté par le formidable développement de l’électronique et des liaisons sans fil. Il y a plusieurs années déjà, les fabricants avaient opéré une importante reconversion industrielle en remplaçant les détecteurs de particules de fumée à l’américium 241 – l’élément radioactif présent dans les « vieilles « chambres d’ionisation – par des capteurs d’opacité basés sur l’effet photoélectrique. Désormais interdits à la vente en France pour le neuf, les détecteurs « ioniques » ne sont plus autorisés que dans le cadre de la maintenance (remplacement, rajout de capteurs) sur les systèmes de sécurité incendie (SSI) existants, et cela jusqu’en juillet 2009. Par la suite, seul le reconditionnement des sources sera possible, pour au maximum deux cycles supplémentaires de quatre ans. Plus aucun détecteur ionique ne devrait donc être en service à compter de 2017, année du passage au « tout optique ».

« Notre gamme de détecteurs s’étend des modèles ponctuels filaires, vendus autour d’une centaine d’euros, jusqu’aux détecteurs linéaires, dix fois plus chers mais capables de scruter des espaces mesurant 100 m de longueur sur 10 m de largeur », détaille Michael Auffret, spécialiste de la sécurité incendie chez Siemens Building Technologies. Entre ces deux extrêmes, l’industriel propose des détecteurs radio capables de fonctionner en réseau et à différentes fréquences (pour s’affranchir des problèmes de propagation électromagnétique), ou d’étonnantes centrales à aspiration (technologie dite « multiponctuelle »). A chaque famille ses avantages et ses inconvénients : simplicité de mise en œuvre mais volume assez important pour le « sans-fil » ; intégration architecturale et rapidité de réaction, mais véritable travail de plomberie (jusqu’à la chambre de détection) pour le multiponctuel… Avec un émetteur/récepteur infrarouge d’un côté, un réflecteur de l’autre (tous deux à 1 m du plafond), la détection linéaire exige, quant à elle, une mise en œuvre soignée et des supports rigides et stables. En cas contraire, le désalignement du faisceau de surveillance peut provoquer de fausses alarmes. Mais cette technologie est la plus avantageuse pour les grands volumes (entrepôts, musées, etc.) et parmi les plus fiables grâce à la possibilité d’asservir le récepteur aux déformations mécaniques.

« Les détecteurs évoluent au rythme des progrès de l’intelligence embarquée, souligne Régis Cousin, président du Gesi (Groupement français des industries électroniques de sécurité incendie). Des produits dits « multicritères » combinent plusieurs modes de détection, fumée et chaleur (statique ou dynamique) ou fumée et flamme par exemple, ce qui était assez compliqué autrefois. » La modélisation des phénomènes, l’algorithmique, le traitement par logique floue, constituent aussi de puissants leviers d’amélioration dans le domaine de la détection. A l’image de la Sinteso de Siemens, les centrales de détection peuvent distinguer à coup sûr (ou presque) un véritable incendie d’une simple perturbation liée à la présence de poussière, de gaz d’échappement ou d’humidité. En plus d’être de plus en plus sensible, la détection se fait sûre. Un progrès considérable pour les professionnels.

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Patrimoine Un palais sous haute surveillance

Inestimable, fourmillant de visiteurs et éminemment fragile : le château de Versailles et ses dépendances réclament une vigilance de tous les instants. « Avant 1985, il n’y avait aucune détection de fumée sur le site », concède Olivier Jauneau, chef du Département de prévention et de sécurité incendie du musée et du domaine national de Versailles. Mais, depuis, la situation a bien changé. « Si tout n’est pas protégé, il y a une logique. Aujourd’hui, nous avons des détecteurs dans les locaux à risques, ceux qui possèdent des installations techniques en particulier. Mais aussi, et de plus en plus, dans les salles précieuses. » Pour les trois ou quatre années à venir, le domaine est engagé dans un vaste programme d’extension et de remise à niveau de l’installation existante. Ce programme passe notamment par la refonte complète du PC sécurité et par le passage aux fibres optiques en remplacement d’une partie des transmetteurs téléphoniques. « Actuellement, seuls les capteurs du château sont en liaison « directe » avec les baies de détection du PC. Mais, à l’avenir, grâce au réseau sur fibre, il y en aura trois fois plus, explique Olivier Jauneau. En cas d’alarme, nous saurons précisément où se situe le problème, ce qui n’est pas le cas avec le téléphone. » Sur ses écrans, l’équipe de sécurité aura en outre à sa disposition une interface graphique évoluée capable de représenter pièce par pièce l’évolution du sinistre. « Ce système facilitera nos interventions. Nous serons plus facilement guidés depuis le PC en fonction de l’évolution du sinistre, nous gagnerons en efficacité », se félicite Marc Nizan, préventionniste.

Un travail de haute couture

Depuis 2000, le château a peu à peu troqué ses anciens détecteurs ioniques pour des modèles optiques plus ou moins sophistiqués en fonction des contraintes. De type « ponctuel câblé » pour les combles, les galeries, les locaux techniques et le sous-sol, les détecteurs deviennent « sans fil » pour l’aile des ministres et l’opéra royal, ou « linéaires » pour la galerie des Glaces et les appartements du roi. « La réglementation ne s’adapte pas au patrimoine ancien. Ici, la sécurité incendie est un travail de haute couture », juge Olivier Jauneau. Principal souci : faire en sorte que les dispositifs se voient le moins possible, quitte à « renifler » l’air des pièces au moyen d’orifices quasiment invisibles et à l’acheminer jusqu’à des centrales optiques déportées au moyen de tuyauteries PVC astucieusement camouflées. Cette détection dite « multiponctuelle » est mise en œuvre dans la garde-robe de Louis XVI et le pavillon Retour de chasse. La même centrale gère en l’occurrence huit points de mesures répartis dans trois pièces voisines.

Relativement discrets, car sans câblage, les détecteurs radio (bande des 868 à 870 MHz) ont, quant à eux, été installés dans le château avant même que la norme les concernant soit publiée. Et ils sont aujourd’hui plusieurs dizaines en exploitation sur le site. Hormis quelques feux de poubelles et alarmes déclenchées par des travaux, Versailles n’a finalement jamais connu de véritable incendie. « Nous avons eu de la chance », reconnaît Olivier Jauneau.

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L’EXPERT Michel Mallard, délégué général de la Fédération française de matériel d’incendie (FFMI)

« Pour l’habitation, la sécurité, c’est avant toutun détecteur de qualité »

« Avec quelques voisins méditerranéens, La France fait partie des derniers pays en Europe où l’on n’équipe toujours pas les maisons de détecteurs avertisseurs de fumées. Or il faut savoir que 50 000 habitations brûlent chaque année sur le territoire. Après dix ans de tergiversations, la proposition de loi adoptée le 10 juillet dernier par le Sénat est une bonne chose dans la mesure où l’obligation d’installer de tels détecteurs dans tous les foyers va sauver plus de 500 vies par an. Reste que cette proposition ne reprend pas exactement les termes du texte de l’Assemblée nationale quant aux obligations respectives des propriétaires et des occupants notamment, et qu’une commission paritaire entre les deux chambres va devoir concocter un document définitif. Tout ne sera pas réglé pour autant compte tenu des piètres qualités d’une partie des détecteurs domestiques vendus dans le commerce et fabriqués dans les pays émergents. En la matière, notre position est que le marquage CE n’est pas suffisant et que la sécurité ne peut être garantie qu’avec un marquage supplémentaire du type NF ou équivalent, plus rigoureux en termes d’assurance qualité. Rien ne serait pire en effet que de créer chez le consommateur un sentiment de sécurité injustifié avec un matériel qui ne serait pas à la hauteur des attentes. »

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Le DAAF mode d’emploi

L’efficacité du détecteur avertisseur autonome de fumée (DAAF) dépend du respect des principes suivants :

fixation au plafond de préférence, en évitant les angles morts (un détecteur par étage au minimum) ;

présence dans les chambres, en particulier dans celles des fumeurs ;

à éviter : les cuisines, les garages et les salles de bains (risque de déclenchement intempestif) ;

test périodique de l’alarme ;

changement annuel de la pile.

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