Edito Coup de griffe

Sans contrefaçon, je suis un bison


Allez, on ne va pas se rejouer la grande scène de l’allégorie de la caverne (Platon). Il n’empêche. En inaugurant en grande pompe, début avril, la caverne du Pont-d’Arc en Ardèche (un fac-similé 3D de la grotte Chauvet), François Hollande a donné un coup de vernis historique à ce qui n’est qu’un faux, plutôt réaliste, mais qui n’en reste pas moins un habile simulacre : 8 500 m2 de la grotte originelle « compactés sur 3 000 m2 », dixit le dossier de presse.
Nous sommes-nous assez gaussés des Venise factices de Las Vegas ou d’ailleurs, des répliques en toc de notre tour Eiffel en Chine ou au Japon, pour ne pas nous laisser totalement berner par une reconstitution-réinterprétation de cet acabit. Certes, on célébrera à loisir le talent des géomètres, l’ingéniosité des modeleurs ou le brio des copistes ; il n’en reste pas moins loisible, là comme ailleurs, de préférer l’original – fut-il à jamais inaccessible – à la copie. Même si, comme le prophétisait Guy Debord en 1967 : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux », une tromperie reste une tromperie.
D’autant que l’ambiguïté est sciemment entretenue en proposant au badaud « fraîcheur, humidité, silence, obscurité, sensations olfactives » afin « de l’immerger dans cet univers si particulier, qui semble encore habité par la présence des hommes mais aussi celle des ours »… Gageons que les cohortes de touristes attendues sur zone (13 euros par adulte pour admirer la copie) seront, à la sortie, peu ou prou intimement persuadées d’avoir visité la véritable grotte Chauvet. Alors si « le beau est la splendeur du vrai » (Platon encore), de quoi le faux est-il le nom ?

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