Référence

Roland Simounet Maisons de vacances en Corse

Mots clés : Architecture

Entre 1969 et 1971, l’architecte Roland Simounet signait la réalisation d’un groupement de quatre maisons de vacances sur l’île de Beauté. Éloge du matériau brut, cette réalisation puise ses références spatiales et techniques dans les formes d’un vernaculaire méditerranéen. D’un grand dépouillement de moyens, ces architectures domestiques du sud apparaissent aujourd’hui comme un véritable manifeste environnemental. Soucieux d’un écosystème naturel et attentif aux activités des usagers, Simounet y dévoile une démarche constructive pragmatique et minimale. Par le métissage de lieux de villégiature avec un habitat d’allure rudimentaire, et grâce à la mise en place d’une étroite relation entre paysage et architecture, il parvient à prodiguer du sens à ce morceau de territoire méditerranéen.

Des quatre habitations pour la villégiature, bâties à Ghisonaccia en Corse par l’architecte Roland Simounet, entre 1969 et 1971, il en subsiste deux, tapies à l’ombre d’une pinède, face à la mer Tyrrhénienne. Icônes du mouvement brutaliste français de la fin des Trente Glorieuses, établies sur le domaine de Pinia, elles sont pourtant considérées par l’histoire contemporaine comme des œuvres disparues. Aujourd’hui bardées d’oripeaux constructifs, transformées ou détruites, elles doivent à leur iconographie d’avoir perduré dans la mémoire du patrimoine architectural. Simounet affirmait que la première maison de plage avait « valeur de prototype »(1). Ironie du sort, cette dernière a disparu et n’a jamais été localisée avec précision.

Postérieures à la carrière algérienne de l’architecte, ces maisons sont les héritières de son apprentissage de l’habitat minimum, acquis lors d’enquêtes sociales sur l’habitat spontané algérois. Dans le sillage du neuvième Congrès international d’architecture moderne (CIAM 9, 1953), l’édification, en 1957, de la maison Bernou pour une famille algérienne modeste constitue un jalon important. œuvre méditerranéenne contemporaine et minimale (2), elle est une traduction du vernaculaire local. Antérieures au premier choc pétrolier, ces maisons corses font déjà preuve d’une grande économie de ressources. Nombreux y sont les dispositifs thermique et solaire puisés dans des références méditerranéennes. Si la mise en œuvre est « brutaliste », elle pourrait tout aussi bien être aujourd’hui qualifiée de « durable », tant ces vestiges s’apparentent à un manifeste rétroactif d’une écologie de l’architecture.

Ces habitations de villégiature sont pour la première fois révélées au public en 1973 sous forme monographique dans les colonnes de Techniques et Architecture. En 1974, c’est la revue l’Architecture d’aujourd’hui qui les publie aux côtés des logements d’Évry et de Tananarive. « Roland Simounet ou le luxe de la simplicité », est d’ailleurs le titre retenu pour caractériser l’image brute de la petite maison.

Création d’un prototype

La première commande émane d’amis de l’architecte qui veulent édifier une habitation préfabriquée sur catalogue. En réaction, Simounet relève le défi de leur présenter un projet de mêmes surface (environ 50 m2)et prix. Pour ce familier des programmes domestiques nord-africains, les données de cet habitat se trouvaient d’abord dans les caractéristiques du site : une étendue de plage procurant un isolement complet à la future habitation et la coupant de toute viabilité. Dans ses descriptions sur l’élaboration du projet, il vante l’importance accordée par les commanditaires – une famille de quatre personnes – aux usages d’un lieu de villégiature. Il fallait conjuguer intimité et convivialité, prendre en compte les repas en commun et l’isolement pour la sieste. Aux contraintes climatiques et aux aspects fonctionnels de cet habitat de vacances isolé s’est ajoutée une réflexion sur la géographie du littoral corse. Simounet décrit ainsi le contexte : « À Ghisonaccia, la dune était absolument vierge avec peu de repères, le volume à bâtir était peu consistant, le problème de l’ancrage s’est posé avec beaucoup d’intensité. Le rivage de la mer assez rectiligne, un cordon littoral créé souvent par les dernières vagues d’hiver formant un léger bourrelet de sable, un ou deux pins isolés et coiffés par le vent étaient les seuls éléments à prendre en compte. S’y ajoutait à revers la silhouette de montagnes assez présentes et souvent enneigées. C’est en effet par ces quelques jalons, et à la recherche d’une juste mesure, que j’ai pu installer cette « petite » maison dans son vaste paysage. »(3) Pour cette habitation temporaire, le confort devait donc être élémentaire et l’entretien réduit. Minimale, l’esquisse du projet – ayant en...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 241 du 14/04/2015
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